Contre le Covid-19, il faut aérer «au moins quinze minutes, trois fois par jour»

Anne Casetta, cheffe du service d’hygiène hospitalière à l’hôpital Cochin à Paris, rappelle l’importance des gestes barrière contre le coronavirus, du lavage des mains à l’aération des locaux.

 « Les bons gestes, c’est toute une chaîne : lavage des mains, masque, distanciation, aération, nettoyages réguliers des surfaces… », insiste la Dre Anne Casetta.
« Les bons gestes, c’est toute une chaîne : lavage des mains, masque, distanciation, aération, nettoyages réguliers des surfaces… », insiste la Dre Anne Casetta. LP/Frédéric Dugit

Elle-même sait à quel point c'est contraignant. Une fois, seule dans la rue, la docteure Anne Casetta a baissé son masque, une demi-seconde. C'est pile le moment où quelqu'un est passé et a toussé. Si la médecin, cheffe du service hygiène hospitalière à l'hôpital Cochin, à Paris, relate l'anecdote, c'est pour que chacun comprenne à quel point nos gestes individuels peuvent avoir des conséquences collectives. Plus que jamais, elle appelle au respect des gestes barrière contre le Covid-19, comme le lavage des mains, le port du masque mais aussi la bonne aération des lieux clos, au travail ou chez soi.

L'Allemagne ajoute l'aération à ses gestes barrière. Bonne idée ?

DRE ANNE CASETTA. Pour moi, cela va de soi. A l'hôpital, nous mettons en place les mesures d'aération depuis le début de la crise et chacun devrait faire de même chez soi ou au bureau. Ouvrir en grand les fenêtres permet de diminuer la concentration de virus dans l'air. Nous savons que la contamination dépend de la dose infectieuse. Plus on la dilue, moins le risque d'être infecté est grand. Une partie du virus part à l'extérieur.

Faut-il le faire régulièrement ?

Au moins quinze minutes, trois fois par jour et particulièrement si vous vivez dans de l'habitat ancien, avec des systèmes de VMC moins performant. Cela est vrai en temps de Covid, mais pas seulement. Avoir un habitat sain, bien aéré, libéré des poussières et des émanations de produits ménagers permet de se prémunir de maladie. L'épidémie actuelle fait redécouvrir les règles d'hygiène et les recommandations sanitaires de base.

Sont-elles assez respectées aujourd'hui ?

Cela dépend clairement des situations et des personnes. Parfois, elles le sont très bien, d'autres pas du tout. Mais ce qui est sûr, c'est que les messages contradictoires, sur, par exemple, masque ou pas masque, n'aident pas beaucoup à les instaurer. Avec le Covid, nous avons ouvert une parenthèse, certes contraignante, mais qui finira un jour par se refermer, comme dans toutes les épidémies. Mais en ce moment, il faut s'astreindre à ces gestes. Ils sont capitaux. Leur non-respect pèse sur le système hospitalier, de soin, mais aussi économique.

Vous dites « les » gestes barrière. Certains sont-ils plus importants que d'autres ?

Non, c'est un cocktail. En hygiène, on a l'habitude de dire que les mesures fonctionnent lorsqu'elles sont liées et cohérentes. On sait aussi que lorsqu'on relâche sur une, on le fait rapidement ensuite sur une deuxième et ainsi de suite. Regardez les mains, on pense parfois que le masque nous libère de leur lavage régulier. Et on voit des personnes se gratter les yeux, une porte d'entrée pour le virus. Les bons gestes, c'est toute une chaîne : lavage des mains, masque, distanciation, aération, nettoyages réguliers des surfaces…

Pour se protéger soi ou les autres ?

Mais les deux ! On a beaucoup trop entendu, par exemple, et cela me désole, que le port du masque était une mesure altruiste pour ne pas répandre de virus, mais il est aussi protecteur pour soi-même ! Il marche, on le sait, dans les deux sens : pour ne pas projeter de gouttelettes et ne pas en recevoir. Il faut vraiment se dire que les gestes barrière, c'est une mesure collective. On n'est pas seul à bord. Cela nous implique nous, et les autres.