Confinement retardé : ces indicateurs qui ont pesé dans la décision du gouvernement

Des spécialistes nous décryptent les données qui ont permis à Emmanuel Macron de prendre le risque d’attendre quelques jours encore avant de décider une mise sous cloche du pays.

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 Pour le moment, les services de réanimation des hôpitaux ne sont pas saturés.
Pour le moment, les services de réanimation des hôpitaux ne sont pas saturés. LP/Philippe de Poulpiquet

Une situation « mieux maîtrisée » mais « préoccupante ». Des variants menaçants et un couvre-feu insuffisant. Lorsque le Premier ministre a dressé ce tableau inquiétant à la veille du week-end, chacun s'attendait à ce que le confinement soit annoncé. Sauf qu'à la surprise générale, Jean Castex a préféré jouer la carte de « la dernière chance ».

Quels chiffres ont fait pencher la balance en faveur de ce sursis ? « L'un des marqueurs retenu est probablement la tension en réanimation qui n'est encore que de 61,7 % bien qu'elle ne cesse de croître, même si on gère encore la situation, en tout cas, pour l'instant. De plus, la croissance n'est pas exponentielle comme au printemps », avance l'infectiologue Gilles Pialoux, regrettant que l'exécutif semble attendre « le remplissage des services » pour se décider.

Si les réas ne sont pas saturées, le R0, soit le nombre de personnes contaminées par un malade, est lui aussi bien inférieur à celui d'avant le premier confinement. « Il est de 1,1 contre 3 à cette période, confirme le professeur. Mais est-il fiable lorsqu'on perd la trace des clusters ? » interroge-t-il. Quant au taux de positivité des tests, il n'est aussi que de 7 %. Un chiffre, là aussi à relativiser, prévient Gilles Pialoux car « le nombre de dépistages n'augmente pas ».

Pour l'épidémiologiste Philippe Amouyel, ce ne sont pas tant les chiffres, qu'il juge alarmants avec 23 000 contaminations par jour, qui peuvent expliquer le choix du gouvernement mais davantage la progression de l'épidémie. « On voit que le plateau que l'on observe n'a pas trop bougé d'une semaine à l'autre et on note même une petite régression, dit-il, pourtant favorable à un confinement immédiat mais allégé. Je dois dire que je ne comprends pas vraiment les raisons de ce report. »

« La situation reste instable, elle peut vite se dégrader »

En dehors des conséquences économiques et psychologiques qui ont pesé contre un reconfinement urgent, les propos de Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique, ont sûrement conforté le gouvernement dans ce pari risqué. « Il a dit qu'il fallait des mesures strictes mais qu'on n'était pas à une semaine près et les vacances scolaires arrivent bientôt », rapporte Philippe Amouyel. Il n'est d'ailleurs pas exclu que les congés d'hiver soient prolongés en cas de reconfinement.

« Comme il s'agit d'une hausse et non d'une accélération brutale, le gouvernement a jugé que l'on n'était pas au pied du mur », analyse Anne-Claude Crémieux, professeure en maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis, à Paris. Mais attention, d'autres indicateurs sont attendus, et « ils sont fondamentaux », dit-elle : ce sont les chiffres de la propagation des variants britanniques et sud-africains, qui seront communiqués au président à la fin du week-end. « La situation reste instable, elle peut vite se dégrader dans les jours qui viennent et un confinement paraît inéluctable », prévient Anne-Claude Crémieux.

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Les médecins, eux, espéraient une autre stratégie, visant à prévenir une flambée épidémique que tous redoutent. Bertrand Guidet, chef de la réanimation à Saint-Antoine, met en garde. Pour l'instant, les hôpitaux ne sont pas dans le rouge mais ce n'est peut-être qu'une question de temps. « Si le gouvernement choisit de différer encore le confinement, il y aura forcément une perte de chance pour les malades. En mars, on nous avait reproché de les sélectionner et on a fait ce qu'on a pu, s'exclame-t-il. Cette fois, il y a aura un prix à payer et il ne faudra pas faire porter cette responsabilité aux hôpitaux. »