Confinement : «Les Français en ont marre, ils dépriment»

Pour le professeur d’infectiologie François Bricaire, la décision de confiner doit être basée sur les données sanitaires, mais elle ne peut exclure les conséquences économiques, sociales et psychologiques pour la population.

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 Selon François Bricaire, il faut décider d’un reconfinement «lorsqu’on est sûr que ses effets négatifs  ne sont pas supérieurs pour la population à ses avantages».
Selon François Bricaire, il faut décider d’un reconfinement «lorsqu’on est sûr que ses effets négatifs ne sont pas supérieurs pour la population à ses avantages».  LP/Delphine Goldsztejn

François Bricaire répond au téléphone, « contrarié ». Ce lundi matin, la séance de vaccination qu'il assurait a été écourtée, faute de doses suffisantes. Or, pour l'ancien chef du service d'infectiologie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, il n'y a qu'elle qui peut nous éviter des confinements à répétition. Car le professeur de médecine le répète, la mesure est loin d'être anodine, pour l'économie, mais aussi pour la santé!

Un troisième confinement, c'est inévitable ?

FRANÇOIS BRICAIRE. Je le crains autant que je le regrette. Le nombre de cas augmente, les admissions à l'hôpital aussi, la menace des variants se précise … ce n'est pas bon. Mais je suis de ceux qui appellent à ne pas précipiter les choses, à se laisser guider par les chiffres et non par l'émotion. En somme, à y aller au bon moment. C'est-à-dire lorsqu'on est sûr que les effets négatifs du confinement ne sont pas supérieurs pour la population à ses avantages.

A quels effets pensez-vous ?

Trois confinements, un an de crise, c'est terrible. Les Français en ont marre, ils dépriment, les consultations psy explosent, les jeunes n'en peuvent plus, les acteurs économiques et culturels sont désemparés. Des commerces ne rouvriront jamais. Les phénomènes infectieux, j'y ai consacré ma carrière, on doit tout faire pour lutter contre, mais il faut aussi vivre, aller au travail, au théâtre, tomber amoureux…

Le confinement est avant tout une mesure sanitaire…

Qui s'imposera vu la situation actuelle qui se dégrade. Quand il sera annoncé, il faudra s'y plier, malgré la lassitude. Les politiques auront un énorme travail d'explication et de pédagogie. Le Covid, oui, est une urgence, mais je ne veux pas que l'on oublie la santé mentale qui est mise à mal et les autres malades, grands oubliés du premier confinement. En cas de troisième, la mobilisation pour maintenir leurs soins et diagnostics doit être absolue. Sans cela, on se retrouvera à nouveau avec des retards de prise en charge de cancer et autres maladies.

Des pays, comme l'Angleterre ont fermé leurs écoles. Faut-il s'en inspirer ?

En France, la décision de les garder ouvertes est courageuse, tant les conséquences pour les enfants peuvent être importantes. Adapter à la marge les vacances scolaires comme évoqué par Jean-François Delfraissy a du sens, tout comme l'auto-isolement volontaire des personnes très âgées. Mais ce qui aura le plus de sens, ce sera quand on avancera sur la vaccination.

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Plus d'un million de Français sont immunisés…

Il y a les chiffres et la réalité de terrain. Ce lundi matin, je suis rentré deux heures plus tôt chez moi car il n'y avait plus de doses à l'Hôtel-Dieu, l'hôpital où j'ai repris momentanément du service pour la campagne de vaccination. Je suis frustré, attristé. Nos compatriotes sont positifs, ils ont envie de ces injections et c'est génial. L'industrie s'était vantée d'avoir des milliards de doses. Mais le fait est qu'il n'y a pas assez d'essence dans la machine. On perd un temps précieux.