Combinaison de deux vaccins anti-Covid : «Ce procédé présente plusieurs avantages»

Le Royaume-Uni lance une étude pour savoir si injecter un autre vaccin en guise de rappel apporte la même protection. Selon Colin Harwood, professeur en microbiologie moléculaire, il n’y a, a priori, pas de risque pour le patient.

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Combinaison de deux vaccins anti-Covid : «Ce procédé présente plusieurs avantages»

Le Royaume-Uni, pays d'Europe le plus touché par la pandémie, a fait de la vaccination une cause nationale pour sortir de la crise sanitaire, face à un nouveau variant plus contagieux qui l'a forcé à adopter début janvier un troisième confinement. Le pays, qui a déjà vacciné plus de 10 millions de personnes, et vise 15 millions de personnes d'ici à la mi-février, lance une étude pour tester l'alternance de doses de différents vaccins sur les mêmes patients.

L'objectif est de rendre la campagne plus flexible en utilisant au maximum le stock disponible. Ce test, qui va coûter 7 millions de livres (près de 8 millions d'euros) au gouvernement britannique, vaut le coup d'être lancé, selon Colin Harwood, professeur en microbiologie moléculaire à l'université de Newcastle. Il nous explique pourquoi.

Quels avantages y a-t-il à alterner plusieurs vaccins sur les mêmes patients ?

COLIN HARWOOD. Pour être clair, il s'agit bien de donner d'abord un premier vaccin, type Pfizer, à quelqu'un, puis quelques semaines plus tard d'administrer un booster, type AstraZeneca, à cette même personne et non de mélanger les vaccins entre eux. Ce procédé présente déjà un avantage du point de vue de l'approvisionnement. Il y a parfois des problèmes lors de la production de vaccins. Certains composants peuvent manquer, ce qui entraîne une production de vaccins moins importante que programmée. C'est ce qu'il s'est passé en Europe. Or, cela pose problème si une personne qui a déjà reçu sa première injection ne peut pas recevoir son booster. Si un autre vaccin peut être administré à la place, cela permettrait de se montrer plus flexible et de sécuriser les approvisionnements. L'autre avantage, c'est que la protéine contenue dans chacun des vaccins, l'ingrédient actif, est légèrement différente. Cela signifie que le système immunitaire du patient sera confronté de façon différente au virus et que le spectre de réponses sera plus grand. C'est susceptible de produire des anticorps supplémentaires et donc d'augmenter l'efficacité de l'immunité.

L'étude est censée porter sur 800 personnes. Le service national de santé, le NHS, est en train de recruter des volontaires. Pensez-vous que ce soit suffisant ?

Oui, car cette étude se base sur un savoir déjà existant. Ils vont recruter des personnes en bonne santé, âgées de 50 ans et plus, qui n'ont pas déjà reçu le vaccin bien sûr, ce qui en fait un groupe particulièrement intéressant à suivre. J'imagine que si un clair bénéfice apparaît, alors cette étude sera étendue à d'autres personnes.

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Y a-t-il un risque à panacher un autre vaccin pour le rappel ?

A priori non car on part sur des vaccins déjà existants et sur lesquels il y a déjà eu beaucoup de recherche. Mais c'est aussi ce à quoi va servir cette étude : savoir si le mélange de vaccins est efficace contre le virus et si cela entraîne des effets indésirables.

L'idée d'alterner entre les vaccins avait été avancée en décembre mais les autorités sanitaires britanniques s'étaient prononcées contre et recommandaient d'utiliser le même vaccin. Qu'est-ce qui a changé depuis ?

Je ne sais pas pourquoi les autorités s'étaient prononcées contre. A la base, on ne pensait pas que mélanger les vaccins était justifié et on s'imaginait que les usines de production seraient plus efficaces. Mais comme il y a eu ces problèmes d'approvisionnement, les autorités y ont vu une opportunité. Cela permettrait de s'assurer que toute personne ayant reçu une première injection recevra bien son rappel.

L'expérience va coûter 7 millions de livres au gouvernement. Est-ce que la question du coût a pu représenter un frein ?

J'aurais répondu de façon différente il y a douze mois ! Mais vu les effets économiques de la pandémie au Royaume-Uni, cette somme est relativement raisonnable en proportion des bénéfices que l'on pourrait tirer de l'expérience.

Des alternances de vaccins ont-elles déjà été réalisées pour d'autres maladies ?

Il y a eu des expériences contre Ebola, en effet, mais pas de façon étendue et je ne suis pas au courant d'autres cas où il aurait été nécessaire de mélanger les vaccins. Aujourd'hui, il y a urgence à le faire pour faire face au problème d'approvisionnement. C'est très intéressant car cela montre que les entreprises pharmaceutiques sont capables de mettre de côté les aspects compétitifs et travailler ensemble pour répondre à la crise.

Ne pensez-vous pas qu'il vaudrait mieux s'en tenir à une gestion plus prudente de la vaccination, comme c'est le cas en France ?

Difficile de répondre. Il faut se rappeler que les technologies actuelles sont très modernes. On peut rapidement développer des vaccins, très précis, puis les modifier pour faire face à différentes évolutions, par exemple. Chaque pays est en droit de décider du moment idéal pour lancer sa vaccination mais je suis sûr que les agences qui ont autorisé ces vaccins l'ont fait avec raison. Au Royaume-Uni, plus de 10 millions de personnes ont reçu leurs premières injections et il n'y a pas eu de problèmes. Nul ne sait pour l'instant à quel point l'immunisation est persistante mais il y aura un suivi sur un groupe d'individus pour se faire une idée sur le sujet.