Cas de Covid en hausse en région parisienne : «La maladie n’est pas moins grave»

Lionel Lamhaut, responsable de la réanimation adulte à l’hôpital Necker, s’inquiète du rebond épidémique dans la région parisienne.

 « Il y a moins de malades qu’en mars, mais leur nombre ne cesse d’augmenter », s’alarme le docteur Lionel Lamhaut.
« Il y a moins de malades qu’en mars, mais leur nombre ne cesse d’augmenter », s’alarme le docteur Lionel Lamhaut. LP/Frédéric Dugit

Lionel Lamhaut, responsable de la réanimation adulte à l'hôpital Necker, voit arriver les mêmes patients qu'au tout début de l'épidémie, en mars. « Ce sont principalement des hommes, d'une soixantaine d'années, avec le tableau classique qu'on a connu en mars : hypotension, diabète, surpoids… », explique-t-il.

Près d'un tiers des lits de réanimation est occupé par des malades Covid-19. Quelles sont les conséquences à l'hôpital ?

LIONEL LAMHAUT. Forcément, ça complique tout. Il faut bien avoir à l'esprit qu'on rajoute 30 % d'activité à la réanimation. Les malades y restent en moyenne 18 jours. Même s'il y a beaucoup moins de patients Covid qu'en mars, ça met quand même tout le système en tension.

Qui sont les patients que vous voyez ?

C'est strictement le même profil que ceux qu'on avait lors de la première vague. Ce sont principalement des hommes, d'une soixantaine d'années, avec le tableau classique qu'on a connu en mars : hypotension, diabète, surpoids… Ce qui a changé, c'est le parcours de soins. On voit les malades arriver en réanimation plus tôt, ils ne sont pas toujours intubés. En mars, c'était compliqué de trouver des places de réanimation, on gardait les places pour les patients intubés et ventilés. Les malades « intermédiaires » étaient accueillis en unité de soins continus, ce n'était pas le fonctionnement habituel. Désormais, ces malades arrivent directement en réanimation, atteints par une forme grave du Covid. La maladie n'est pas moins grave.

Comment qualifier la situation alors que les indicateurs sont plus rouges que la veille ?

Il y a moins de malades qu'en mars, mais leur nombre ne cesse d'augmenter, c'est très préoccupant pour l'avenir.

Les transferts de patients vers la province, comme ceux que vous aviez supervisés, sont-ils à nouveau envisageables ?

Vu l'incidence sur tout le territoire, le transfert vers d'autres régions par TGV, et l'arrivée de renforts sont difficiles à envisager pour l'heure.

Quel est le moral des blouses blanches six mois après la première vague ?

Les personnels sont éreintés et on ne peut pas dire que les annonces du Ségur de la Santé les aient galvanisés, même s'il y a eu des choses. Ils n'ont pas la sensation d'avoir été remerciés. Ils disent clairement qu'ils ne redonneront pas autant. Même s'ils ne refusent jamais un patient! Un système de santé qui déprogramme des opérations pour absorber 30 % en plus de malades, c'est un système dans lequel il faut investir globalement. Cette crise nous le démontre encore. On ne peut pas faire du « on/off » en permanence, arrêter l'hôpital pour ne faire que du Covid.

Comment anticipez-vous une éventuelle explosion de l'épidémie ?

Au niveau du Samu, on a mis en place des dispositifs pour avoir plus de monde et recruter. On compte aussi sur des cellules d'appui au niveau régional. C'est un jeu de domino, entre les déprogrammations et les jauges de patients Covid qu'on peut prendre par établissement. Mais une jauge se définit toujours au détriment d'autre chose. Et vu l'augmentation des contaminations, le nombre de patients va augmenter, c'est arithmétique. Ce qu'on ne respecte pas aujourd'hui, on le mesurera dans trois semaines à l'hôpital, et là, il y a des risques d'embouteillage… Le seul moyen de casser ça, ce sont les gestes barrière.

Le message a du mal à passer ?

Il faut comprendre que ce n'est pas une liberté individuelle mais pour le bien collectif. C'est sûr que le jeune de 20 ans a peu de chance d'aller en réa. Mais il peut quand même y aller. Et il peut avoir une copine diabétique sans le savoir.