Cancer : «Je suis debout mais le combat continue», explique une ancienne malade

Deux ans et demi après son cancer du sein, Florence, 53 ans, en garde des séquelles : troubles articulaires, fatigue, baisse de la libido. L’Institut national du cancer veut une meilleure prise en charge de ces maux.

 «L’après-cancer est un vide absolu», explique Florence Géricot, qui conserve des séquelles deux ans et demi après avoir vaincu le cancer du sein.
«L’après-cancer est un vide absolu», explique Florence Géricot, qui conserve des séquelles deux ans et demi après avoir vaincu le cancer du sein. LP/Patrick Bernard

Pas de chance, dans sa loterie quotidienne, ce samedi est un jour « sans » pour Florence Géricot. Ses doigts sont gonflés, ses mains engourdies, ses articulations brûlent. Dans ces conditions, faire la cuisine, son passe-temps favori, devient une gageure. La jeune quinquagénaire bordelaise (Gironde), mère de trois enfants, n'est pourtant plus malade.

Le cancer qui sévit dans sa famille et s'est logé dans son sein gauche a été chassé il y a deux ans et demi à coups d'opération et de radiothérapie. Mais la maladie a laissé son empreinte dans son corps de sportive. « C'est très bizarre, je suis debout mais le combat continue. La deuxième bataille, c'est celle des séquelles. Et cela, personne ne vous en parle. L'après-cancer est un vide absolu », lâche cette amoureuse du grand air, qui travaille dans l'hôtellerie.

Dix ans pour passer à un tiers de malades concernés

Deux-tiers des patients gardent pourtant des effets de la maladie ou de ses traitements et, pour 44 % d'entre eux, elles demeurent handicapantes cinq ans après leur diagnostic. Ce sont des troubles auditifs, dentaires, articulaires, des pertes de mémoire, des difficultés sexuelles… Dans son nouveau plan, l'Institut national du cancer veut mettre la guérison sans séquelles au même niveau que la guérison tout court. Revoir cet impensé (ou mal pensé) médical. Son objectif à dix ans : réduire à un tiers la proportion de malades concernés.

« Mettre sur la table ce sujet de société est déjà une bonne chose. Car on est seule face aux interrogations profondes et aux injonctions à aller vite mieux. Par exemple, est-ce une bonne idée de dire qu'on a des pertes de concentration quand on aspire à une vie professionnelle normale ? A qui faut-il parler de cette libido en baisse, des sécheresses du corps ? » interroge Florence de ses immenses yeux clairs.

Elle assure être pourtant une « grande chanceuse ». Le destin l'a fait rencontrer une kinésithérapeute à Bordeaux, spécialisée dans le cancer du sein. Dans son cabinet, les plaies de sa poitrine ont été pansées, elle y a aussi beaucoup pleuré, beaucoup parlé. Ensemble, elles ont monté une association, RKS (le Réseau des kinés du sein), qui fédère les professionnels formés à dans la prise en charge des femmes opérées d'un cancer du sein. « J'y ai repris force et courage. Tous les patients devraient pouvoir prétendre à cela. »