«Ça peut vous tomber dessus» : le témoignage de Sabrina, victime du syndrome du «cœur brisé»

Sabrina a passé plusieurs jours en soins intensifs. Paralysé par une montée de stress, son cœur a gonflé. C’est la deuxième fois que la quadra est victime de ce syndrome de « Takotsubo », dont le nombre de cas se multiplie en cette période de Covid-19.

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 Sabrina a fait deux fois l’expérience du syndrome du « cœur brisé », à 30 puis à 40 ans.
Sabrina a fait deux fois l’expérience du syndrome du « cœur brisé », à 30 puis à 40 ans. LP/Olivier Arandel

Il a beau être tout petit, on ne voit que lui, ce pin's épinglé sur sa robe grise. Un mini-cœur rose qui vient panser les plaies du sien. Après plusieurs jours d'hospitalisation, Sabrina Lamérant-Leduc est enfin de retour chez elle, à Hazebrouck, une ville de briques rouges, à 40 minutes de Lille (Nord). « J'aimerais vous dire que je suis un cas exceptionnel parce que j'ai gagné deux fois au loto, mais non, c'est parce que j'ai eu deux Takotsubo ! » s'exclame cette quadra, optimiste devant l'éternel. Takotsubo, un nom japonais atypique, pour un syndrome qui l'est tout autant : celui du « cœur brisé ». Sous l'effet d'un choc émotionnel, le palpitant gonfle tant qu'une partie ne peut plus se contracter : risque d'insuffisance, d'embolie, voire de mort.

Sabrina, vendeuse de souvenirs dans sa Belgique voisine, en a fait l'expérience, à 30 puis à 40 ans. Il y a dix ans, toute la famille se réunit pour célébrer la communion de l'une de ses nièces. Elle et Sylvie, l'aînée des quatre sœurs, sont particulièrement apprêtées, comme la dernière photo des deux frangines en témoigne. Mais au milieu des danses et des queuleuleus, Sabrina s'inquiète : « Où est passée Vivie ? » Sans explication, le cœur de sa sœur lâche, et s'arrêtera définitivement quelques jours plus tard, à a peine 36 ans. Une douleur indicible pour sa cadette mais que son corps va, lui, bel et bien matérialiser.

«Ça peut vous tomber dessus» : le témoignage de Sabrina, victime du syndrome du «cœur brisé»

Pendant que Sylvie s'éteint, Sabrina est hospitalisée, son organe à elle s'est paralysé. « On m'a dit Takotsubo, mais je ne m'en suis pas tellement préoccupée. Quand j'ai quitté les soins intensifs, j'ai enterré ma sœur, je n'avais pas l'esprit à faire des recherches Google ! » lance-t-elle, la tête de Nelson, son épagneul, posée sur ses genoux.

« Je pense que tu peux appeler les pompiers »

Puis dix ans passent, entre deuil et désir intense de croquer la vie. Avec Jean-François, son « amoureux » depuis le collège, Laly et Elza, ses filles adorées, Francine, sa maman avec laquelle elle partage un café, à 5h30 tous les matins, avant d'« embaucher » au magasin. Mais il y a quinze jours, un mal de dos intense la réveille. Quelque chose cloche, et le « shoot » nocturne de Fleurs de Bach n'y change rien. « Je pense que tu peux appeler les pompiers », glisse-t-elle à son mari.

La suite a un air de déjà-vu, soins intensifs, service de cardiologie, peur que tout s'arrête. « Vous avez un tako costaud », annonce la médecin. Comprendre, avec des séquelles. Dans sa cuisine, trônent désormais les boîtes d'un médicament que la grande brune élancée devra prendre à vie.

« L’expérience de ma sœur m’a sauvé la vie »

« Qu'est-ce j'ai eu raison de m'écouter ! dit aujourd'hui Sabrina. Nous, les femmes avons tendance à dire : deux Doliprane et ça passera. L'expérience de ma sœur m'a sauvé la vie », est-elle persuadée. Mais pourquoi là ? « Je suis stressée, mais comme beaucoup de monde, non ? Il faut juste savoir que ça peut vous tomber dessus », insiste-t-elle. Comme le sien, le nombre de cas s'est multiplié durant la période Covid-19, au point que des médecins lancent l'alerte.

« J'avoue avoir été très déçue de devoir annuler les vacances d'hiver avec notre bande de copains. Et puis, avec l'arrivée du variant, je me suis dit merde, je sers beaucoup de clients anglais au magasin. Sans compter que n'avoir pas embrassé mes parents depuis un an me manque tellement », liste-t-elle. « Tout ça, ça m'a fait mal au cœur. » Sabrina ne croit pas si bien dire.

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Bien vivante, cette marcheuse chevronnée veut tracer un chemin de prévention. « Plus une seule femme ne doit ignorer que chaque jour, 200 meurent d'un problème cardiaque. Et dire qu'on nous pense chochottes ! S'il faut faire du bruit pour sauver des vies, je le ferai. »