«C’est le calme avant la tempête» : peut-on maîtriser les variants du Covid-19 ?

L’épidémie s’est stabilisée à 20 000 nouveaux cas quotidiens depuis dix jours, semblant démontrer l’efficacité des mesures sanitaires. Mais les variants incitent les épidémiologistes au pessimisme.

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 Ce laboratoire de Lyon traque le variant anglais du Covid-19.
Ce laboratoire de Lyon traque le variant anglais du Covid-19.  LP/Jean-Baptiste Quentin

« J'espère me tromper, ainsi que les épidémiologistes que je connais, mais j'ai peur que ce soit le calme avant la tempête. » A l'image de Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie à l'École des hautes études en santé publique, la prudence domine au sein de la communauté scientifique, alors que la France échappe au confinement et que sa courbe de cas positifs reste plate.

Depuis le 23 janvier, entre 20 000 et 20 500 personnes sont dépistées positives au Covid-19 chaque jour, si on lisse les données sur une semaine pour effacer les variations quotidiennes. Une quasi-stabilité qui s'oppose à la hausse de 13 % au cours des dix jours précédents. Ce sont encore et toujours les variants qui suscitent l'inquiétude des spécialistes de la modélisation de l'épidémie.

Un «trompe-l'œil»

La bonne nouvelle, largement relativisée par 300 décès par jour à l'hôpital et plus de 3 000 personnes en réanimation, concerne la dynamique « plate » de l'épidémie, qui semble confirmer les effets d'un couvre-feu avancé généralisé à 18 heures, annoncé le 14 janvier. « La stabilité des cas indique qu'on prend des mesures relativement strictes, avec des contrôles, explique Renaud Piarroux, épidémiologiste et chef du service de parasitologie de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Si on n'avait que la souche initiale, qui reste très majoritaire, on noterait une certaine efficacité; la courbe serait même en train de baisser légèrement chaque semaine. »

Le médecin évoque cependant « une sorte de trompe-l'œil » : « De l'autre côté, le nombre de cas de variants augmente de 50 % par semaine. On est parti de très bas pour atteindre les 2 000 cas quotidiens, bientôt les 3 000. Au fil du temps, la nouvelle souche va prendre une proportion de plus en plus grande. »

Ces statistiques de progression sont celles dévoilées par le ministre de la Santé Olivier Véran jeudi dernier. Ce mardi, Rémi Salomon, président de la commission médicale de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a indiqué que les derniers résultats n'étaient « pas bons » en Ile-de-France, avec 15 à 20 % de variants anglais.

VIDÉO. Comment ce laboratoire parvient à détecter le variant anglais du Covid-19

Pascal Crépey redoute lui aussi « une baisse, puis d'un coup une remontée forte », selon le même mécanisme : « Il faut considérer que nous avons deux épidémies différentes aujourd'hui, avec des taux de reproduction distincts. On a un plateau ou une baisse parce que les mesures sont efficaces sur le premier variant (NDLR : la version du virus connue depuis l'hiver dernier), mais peut-être pas assez pour le deuxième (NDLR : la version anglaise) ».

Des dizaines de milliers de cas début mars ?

Pour les « prévisionnistes », rien dans les dernières études ne permet d'envisager une stabilisation durable sur ce « plateau haut » de 20 000 cas, voire une descente progressive.

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« On a la certitude que le phénomène redouté se produit, puisque le nombre de variants augmente de manière exponentielle, décrit le Pr Piarroux. Il y a un mois, on ne savait pas qu'ils étaient là, le 7 janvier on était à environ 3 % des 20 000 cas, soit 600 par jours, aujourd'hui on atteint plusieurs milliers. Cela démontre que le variant arrive à progresser fortement malgré les mesures. Tant que l'ancienne souche reste très majoritaire, on garde cette stabilité, mais plus le variant deviendra fréquent, plus il imprimera son rythme. »

Un rapide calcul permet de projeter la montée en puissance du variant anglais s'il poursuit une dynamique identique. En multipliant par 1,5 le nombre de cas quotidiens de VOC202012/01 chaque semaine, on peut estimer que le « mutant » franchira à lui seul la barre quotidienne des 20 000 cas début mars. « Une fois à 20 000 cas par semaine, la suivante vous ajoutez 10 000 cas supplémentaires (NDLR : soit 30 000 cas de variant au total), puis 15 000 celle d'après (NDLR : soit 45 000 cas)… C'est sur cette deuxième partie que les choses changent plus rapidement et deviennent assez dramatiques », développe Pascal Crépey.

L'épidémiologiste rennais incite à ne pas attendre pour lutter contre la propagation, collectivement ou individuellement : « Le feu couve. Mais sa propagation n'est pas inexorable, parce que ce variant se transmet comme le virus actuel. Il faut juste plus de mesures fortes, mieux suivies et plus efficaces. Ça dépend des décisions politiques, mais aussi des comportements de chacun. Il n'y a pas besoin que le gouvernement décrète un confinement dès aujourd'hui pour limiter ses contacts. »

Renaud Piarroux estime lui aussi qu'il faudra bientôt – encore – serrer la vis : « Qu'on appelle cela un confinement ou autre chose, le problème est de fermer les lieux de transmission actuels, en particulier les lycées, les collèges et peut-être les écoles. »