Réussite, bonne image de soi… tout ce que véhicule une belle écriture manuscrite

Dans le cadre de la semaine de l’écriture manuscrite, une enquête montre à quel point les Français associent cette maîtrise à toutes les réussites.

 Pour 82 % des Français, une belle écriture est le signe « d’un tempérament appliqué ».
Pour 82 % des Français, une belle écriture est le signe « d’un tempérament appliqué ». LP/Guy Gios

Ce « a » que l'on a du mal à distinguer du « o », ce rond au-dessus du « i », hérité de l'enfance, et ce « r » qui a fait dire un jour à cette professeure de français « c'est le R des rois ça! C'est signe d'orgueil ». Unique, personnelle, votre écriture manuscrite renvoie à autrui, presque malgré vous, les traits d'une personnalité. Une nouvelle enquête OpinionWay (étude réalisée les 20 et 21 novembre 2019 et les 1er et 2 juillet 2020 auprès de 2 064 personnes âgées de 18 ans et plus), pour le compte de l'Union de la Filière Papetière (Ufipa), ne dit d'ailleurs pas autre chose.

Réalisée dans le cadre de la semaine de l'écriture manuscrite, organisée jusqu'à dimanche, l'étude montre notamment qu'une belle écriture est, pour 82 % des Français, le signe « d'un tempérament appliqué ». Elle est même perçue comme un outil permettant d'accéder à un statut social supérieur. « Bien maîtrisée, elle confère la réussite matérielle et des traits d'image avantageux », précise le document. C'est dire si une belle écriture manuscrite, lisible et sans fautes d'orthographe, est, dans l'inconscient collectif, synonyme de succès.

Plus précisément, elle semble indispensable pour mieux s'intégrer à la société en général (84 % des Français), pour réussir ses études (82 %) et contribuer à progresser dans sa carrière (83 %). Pour quelles raisons tout cela est associé ? « Les gens qui ont fait des études ont, de fait, beaucoup écrit dans ce cadre académique où l'écriture manuscrite a encore une grande place. Ils ont fini par acquérir une écriture rapide et efficace. Une écriture normée en somme, permettant de faire passer ce qu'ils veulent faire passer. N'oublions pas que l'on écrit d'abord pour être compris de l'autre », précise Maryse Canovas, psycho graphologue. C'est donc le cheminement qui est fait : des diplômes = maîtrise de l'écriture manuscrite = succès professionnels.

Un acte plus complexe qu'il n'y paraît

Etre à l'aise dans cet exercice est donc paré de toutes les vertus. « Notre écriture est une projection de soi. Le mouvement, le rythme d'une écriture reflète notre personnalité et notre caractère. J'ai le souvenir d'avoir reçu une jeune femme d'une vingtaine d'années qui vivait très mal le fait d'avoir une écriture infantile. L'image que cela renvoyait d'elle était un vrai problème », précise l'experte, par ailleurs graphothérapeute.

On n'écrira pas de la même façon, en effet, sa liste de courses et la lettre sollicitant un entretien d'embauche. On ne s'habillera d'ailleurs pas de la même façon pour ces deux rendez-vous. Là aussi pour une question d'image que l'on renvoie à l'autre… qui vous jugera. « Une lettre officielle me demande un vrai effort, c'est beaucoup moins spontané, témoigne Daniel, 42 ans, agent administratif. Je veux être certain de ne pas commettre de fautes, d'abord, mais surtout je veux véhiculer dans ma manière d'écrire mon sérieux, mon investissement… Bref, mes compétences. Je pense effectivement qu'une écriture dit beaucoup de nous. »

« On ne se rend pas compte de tout ce qui se passe au niveau du cerveau lorsque l'on écrit. C'est un acte très complexe qui demande un gros travail, insiste Maryse Canovas. Lorsque l'enfant l'apprend mais que le geste ne suit pas, que le trouble persiste et qu'on lui lance des qu'est-ce que c'est que cette écriture!, il sait qu'il est catalogué. Son image de soi est impactée car il sent qu'il n'est pas dans la norme dite académique. » Un sentiment répandu puisque aujourd'hui, pas moins de 54 % des Français jugent qu'ils n'ont pas une belle écriture.