Respect du couvre-feu, gestes barrière… nos efforts payent face au Covid-19 !

On nous dit égoïstes, indisciplinés. Et pourtant, grâce à la bonne volonté d’une grande majorité, nous parvenons à retarder la flambée de l’épidémie, sans confinement. Reste à savoir jusqu’à quand ?

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 Porter un masque, ne plus se toucher, se laver les mains… Face à la pandémie de Covid-19, les Français respectent majoritairement les consignes.
Porter un masque, ne plus se toucher, se laver les mains… Face à la pandémie de Covid-19, les Français respectent majoritairement les consignes.  LP/Delphine Goldsztejn

A Paris, la nuit a déjà jeté son voile sur la place de Clichy (VIIIe). 19h30, les jambes s'activent, des profils s'enfoncent dans le métro. Deux vélos manquent de s'entrechoquer. « Les petites fourmis rentrent chez elles », s'exclame Nina (le prénom a été changé), au volant de son taxi.

Elle qui sillonne la capitale avec sa « vue panoramique » l'assure : « De 18 heures à 20 heures, ça grouille partout, mais ensuite, les rues se vident, presque d'un coup sec. » Comme si les Français, tenus pour grognons, indisciplinés et hors des clous, étaient plus civiques qu'ils ne le laissent paraître.

« C'est simple, si l'épidémie ne flambe pas, c'est que l'immense majorité des citoyens – peut-être 70, 80, 90 % – respectent les règles, résume Enrique Casalino, chef du service des urgences de l'hôpital parisien Bichat. Ils observent le couvre-feu, le port du masque, ne rentrent pas dans une boulangerie si un groupe y est agglutiné. Sans cela, on serait repassé depuis longtemps au confinement », tranche le médecin.

Son espoir : que les vacances de février, commencées dans la zone A, soient teintées de la même « exemplarité » que celles de Noël. « Les Français n'agissent pas par respect de la nation ou de l'ordre établi, ni même par civisme, pose d'emblée le professeur de psychiatrie Michel Lejoyeux. Ils ont pris la mesure de la situation. Déjà, ils ont peur pour eux-mêmes et pour leurs proches. Ensuite, ils entretiennent un sentiment altruiste, solidaire : face au virus, nous avons le devoir d'aider l'autre. » Certes, le renforcement des contrôles et des amendes incitent à se tenir à carreaux, mais pour le psy, ils sont plus un « rappel » qu'un élément réellement dissuasif.

«Les gens en ont marre», admet Olivier Véran

Directrice de recherches au CNRS, spécialiste des attitudes sociales, Marie-Claire Villeval étudie de près l'évolution de nos comportements au cours de cette crise sans précédent. « On voit à la fois une persistance et de gros changements », synthétise-t-elle. Ce qui demeure, c'est notre fond : les égoïstes d'avant Covid le sont restés pendant. Idem pour les dévoués. « La grande surprise est qu'en restant fondamentalement les mêmes, on a su opérer de grands bouleversements, respecter les consignes alors même que le coût est énorme : ne plus se voir, ne plus se toucher, se laver les mains à tout-va, liste la chercheuse de Lyon (Rhône). La pandémie a introduit un changement de normes : on s'y plie et attendons de l'autre qu'il fasse de même. »

Respect du couvre-feu, gestes barrière… nos efforts payent face au Covid-19 !

En clair, on accepte le « compromis collectif », pour ne pas dire sacrifice. Des efforts et une acceptabilité sociale sur lesquelles le gouvernement mise plus que jamais, lui dont la décision de ne pas reconfiner est fortement critiquée par de nombreux médecins et épidémiologistes. Ainsi, Olivier Véran loue la résilience de la population. « Bien sûr que je suis fier de mes concitoyens. Je n'ai jamais douté de leur capacité à être solidaires entre générations, nous confie le ministre de la Santé. Nous n'avons eu ni révolte, ni désobéissance civile. Par contre, il y a une usure. Les gens en ont marre. C'est pourquoi il faut les accompagner et leur donner des perspectives. »

«Le gouvernement prend un risque colossal»

Des perspectives qui font pâlir l'urgentiste Enrique Casalino. « Il y a deux gros problèmes. Le premier, ce sont les petites faiblesses de chacun face aux règles, la pause clope avec les collègues, le dîner exceptionnel avec un vieil ami que l'on embrasse. Plus grave, il y a l'inconscience de gros couillons qui se foutent de tout et, bien que minoritaires, mettent en danger tout le monde. Le second, ce sont les variants! Un phénomène impossible à arrêter. »

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Alors certes, les chiffres sont stables et les hôpitaux tiennent bon. Mais attention à ne pas s'habituer à l'inhabituel. 350 à 400 morts tous les jours, c'est l'équivalent d'un crash d'avion quotidien. « On ne peut pas tout miser sur les Français, lance Casalino. Le gouvernement prend un risque colossal. Si l'épidémie se met à flamber, avec 3 300 lits de réa déjà occupés, en sept à dix jours, on est morts. »