Rencontres amoureuses après 50 ans : la fin d’un tabou

Selon un rapport de l’Institut national d’études démographiques à paraître ce mercredi, la vie amoureuse des quinquagénaires s’est libérée. Après avoir travaillé et fait des enfants, ils sont aujourd’hui plus en quête de plaisirs que d’obligations.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Autre élément mis en avant dans cette étude : les quinquagénaires ne veulent plus du couple traditionnel.
Autre élément mis en avant dans cette étude : les quinquagénaires ne veulent plus du couple traditionnel. Istock

« Au moment du divorce, j'avais 55 ans. Je suis resté seul pendant trois ans. » Ayant toujours travaillé sur des chantiers, Hervé explique que son métier ne l'a pas aidé à faire des rencontres amoureuses. Pourtant, il était bien déterminé à trouver une personne pour partager ce qu'il appelle, « le reste de sa vie ». « Après tout, il me reste bien trente ans à vivre. Donc je me suis inscrit sur le site de rencontre Meetic. »

Hervé a divorcé, comme 38 % des hommes de plus de 50 ans. C'est ce qui ressort d'une enquête que publie l'Institut national d'études démographiques (Ined) ce mercredi, sur la hausse des ruptures et des remises en couple chez les personnes de 50 ans et plus.

En 2005, 29 % des quinquagénaires pensaient refaire leur vie. Désormais, ils sont 37 %. « Ce qui a changé c'est qu'avant, les gens arrivaient à 50 ans en ayant connu une seule union. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Un quart des femmes de cet âge en ont connu plusieurs », explique Anne Solaz.

La chercheuse, autrice de l'étude, pointe aussi des différences importantes entre les hommes et les femmes. « Après 50 ans, le marché de l'amour est déséquilibré. D'une part, parce que les hommes décèdent plus rapidement. Et d'autre part, car ils se dirigent vers des femmes plus jeunes. Les femmes ont donc moins de possibilités de se remettre en couple. »

«Fini de partager le même toit»

Autre élément mis en avant dans son enquête, des similitudes avec la vision de la vie à deux chez les jeunes. « Les quinquagénaires ne veulent plus du couple traditionnel », souligne Anne Solaz. « C'est surtout vrai pour les femmes », précise-t-elle. « Fini de partager le même toit, c'est plutôt le chacun chez soi qui est privilégié. »

Une tendance que confirme Blandine, retraitée de 61 ans qui vit à Sainte-Marie-de-Ré (Charente-Maritime). Séparée depuis sept ans du père de ses enfants, elle rêve encore d'amour et d'un engagement à deux, mais goûte peu la perspective d'une cohabitation. « Je n'ai pas envie du quotidien, de me coltiner de faire à manger, les courses et les lessives pour la maison, et de tomber sur une chaussette qui traîne, il y a des concessions que je n'ai plus envie de faire », explique-t-elle.

Quatre ans après son divorce, Blandine est restée un an avec un homme rencontré sur un site, mais estime qu'avoir emménagé ensemble était « une erreur ». « J'ai eu le sentiment de retomber dans la même routine qu'avec mon mari », décrit-elle. « Je recherche de la complicité et des passions communes, mais j'aimerais inventer une autre façon d'être à deux », affirme-t-elle.

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

« C'est une tranche d'âge très hétérogène avec une spécificité majeure : soit le projet d'être parent a déjà été réalisé, soit on a tiré un trait dessus. En découle la volonté de partager davantage des centres d'intérêt qu'un même toit, du moins au début », relève Héloïse des Monstiers, directrice du site de rencontre Disons demain. Cette déclinaison de Meetic créée par le groupe en 2017 s'adresse aux 9 millions de célibataires de plus de 50 ans. Avec l'idée qu'après avoir travaillé et fait des enfants, « les gens veulent aborder cette deuxième partie de vie sous l'angle des plaisirs et non plus des obligations », décrypte Héloïse des Monstiers.

Revendiquer le désir d'être amoureux

De fait, les quinquagénaires et sexagénaires d'aujourd'hui ne sont pas ceux d'hier. A 61 ans, Blandine peut se targuer d'une vie sociale très riche, d'un investissement associatif, de la fierté d'avoir pour la première fois acheté et rénové une maison toute seule, et de ses sorties dansantes le soir à La Rochelle avec ses copines.

« Il y a encore quatre ans, revendiquer le désir amoureux après 50 ans était tabou, mais les gens sont de plus en plus libérés et ce n'est plus le cas », affirme Héloïse de Monstiers. Hervé peut en témoigner, lui qui vit désormais heureux en ménage avec la femme qu'il a rencontrée sur Meetic.