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Religion et confinement : les finances des paroisses sont dans le rouge

Conséquence de la crise sanitaire, les offices sont réduits à la portion congrue et, avec eux, les quêtes et autres offrandes. Depuis le printemps, le manque à gagner serait de près de 90 millions d’euros pour l’Eglise.

 La possible reprise des célébrations publiques religieuses le week-end du 28 novembre soulagerait les paroisses et les diocèses.
La possible reprise des célébrations publiques religieuses le week-end du 28 novembre soulagerait les paroisses et les diocèses. PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/Alexandre Marchi

La fronde des catholiques privés d'eucharistie gagne de plus en plus de parvis. Ce dimanche, plusieurs dizaines de manifestations un peu partout en France devant des cathédrales et des églises sont prévues pour réclamer le retour de la messe, interdite, comme toutes les cérémonies religieuses, depuis le reconfinement. Tous espèrent une reprise des célébrations publiques le week-end prochain, ce que le président Macron pourrait annoncer mardi soir lors de son allocution télévisée. L'enjeu, pour les fidèles, est d'abord spirituel. Mais pour les paroisses et les diocèses, il est aussi financier. Car l'absence de quêtes a plombé les finances.

Face à la crise sanitaire qui pèse lourdement sur le budget des paroisses, les prêtres du diocèse de Perpignan (Pyrénées-Orientales) montrent notamment l'exemple. Ils ont accepté depuis l'été dernier de réduire leurs indemnités d'environ 100 euros par mois, percevant ainsi 1 100 euros au lieu de 1 200 euros. « C'était sur la base du volontariat, à la demande de l'évêque et tous ont accepté. Il s'agit d'un effort conséquent de leur part pour soutenir l'Eglise. On n'est pas une entreprise, on est une famille où l'on se serre les coudes », explique Vincent Bassouls, chargé de la communication du diocèse de Perpignan.

Partout en France, les paroisses sont soumises à une perte importante de recettes, d'un montant d'environ 60 millions d'euros (M€) lors du confinement du printemps dernier et qui devrait atteindre encore quelque 30 M€ pour ce reconfinement automnal. Ce manque à gagner de 90 M€, soit près de 20 % des ressources de l'Eglise catholique, est lié à l'absence de quêtes lors des offices « confinés », à la nette diminution des offrandes de messe (dons réalisés par des paroissiens lorsqu'une messe est célébrée à une intention particulière) mais aussi à la chute, depuis neuf mois, des casuels (offrandes faites à l'occasion des baptêmes, des mariages…) ainsi que des achats de cierge.

Les dons en ligne ne compensent pas

Il est loin d'être compensé par le recul des charges (baisse des factures d'électricité en raison du confinement, travaux repoussés…) et le lancement national d'une quête en ligne. « Au niveau global, l'Eglise de France, à travers sa centaine de diocèses, va subir un déficit de l'ordre de 60 M€ », calcule Ambroise Laurent, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France (CEF), chargé des questions économiques.

Pour faire face, les diocèses puisent dans leurs économies (très inégalement réparties d'un territoire à l'autre), « utilisent les mécanismes de report de charges » ou empruntent en « bénéficiant du prêt garanti par l'Etat ». « Il n'y a pas de diocèse en faillite », rassure l'argentier de l'Eglise de France, qui ne souhaite surtout pas dresser un tableau trop noir de la situation.

Un tiers des diocèses hexagonaux seraient en véritable difficulté financière pendant cette crise sanitaire./LP/Olivier Corsan
Un tiers des diocèses hexagonaux seraient en véritable difficulté financière pendant cette crise sanitaire./LP/Olivier Corsan  

Les diocèses des grandes métropoles, qui ont généralement des édifices bien remplis le dimanche, enregistrent les pertes les plus fortes mais ce sont aussi ceux qui ont généralement le plus de réserves et disposent d'un patrimoine immobilier conséquent. Les petits diocèses ruraux, eux, sont certes moins impactés en valeur absolue mais étaient déjà en proie à des finances très fragiles bien avant la propagation du virus. « Tous les diocèses sont touchés. C'est comme la pandémie, elle touche tout le monde, mais particulièrement les plus vulnérables », décrypte Ambroise Laurent.

« On espère une forte mobilisation »

Dans le diocèse de Valence (Drôme) qui se retrouve « dans le rouge », un « cri d'alarme » et un « appel à la générosité des habitués de l'église mais aussi du grand public, plus ou moins proche de la religion catholique », viennent d'être lancés. Car « il n'y a pas que les entreprises dont les finances et l'activité sont mises à mal par la deuxième vague du Covid-19 et le nouveau confinement ».

Un tiers des diocèses hexagonaux seraient vraiment en difficulté. Pour eux, l'heure est à la réduction drastique des dépenses, et pas seulement celles du chauffage dans les nefs. Parfois, des licenciements, qui étaient envisagés avant l'arrivée du coronavirus, ont été accélérés ces derniers mois. Idem avec les projets de vente de biens immobiliers permettant de renflouer les caisses.

Des chantiers ont pu être gelés. Des départs à la retraite de salariés laïcs ne sont pas remplacés. Des missions d'actions sociales sont revues à la baisse. Pour limiter les dégâts, l'épiscopat mise désormais sur le bon cœur des fidèles à travers les contributions annuelles au denier de l'Eglise. « On sait que les catholiques sont généreux. On espère une forte mobilisation », encourage Ambroise Laurent.

Les autres cultes également touchés

Dans les quelque 2 500 mosquées hexagonales, les fidèles ont l’habitude, généralement lors de la prière du vendredi, de déposer de l’argent dans des petites urnes. « Ça sert à payer l’électricité, le gaz, l’eau, le ménage, le salaire de l’imam… », explique Abdallah Zekri, délégué général du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Mais avec l’interdiction des cérémonies religieuses, ces petits gestes se font beaucoup plus rares. « L’impact financier est très important », alerte-t-il. Selon lui, « des mosquées ont des difficultés pour faire face aux dépenses courantes ». Celles qui « n’ont pas de réserves » se retrouvent à « découvert ».

Face à « l’effondrement des recettes des synagogues », la communauté juive, via le Consistoire de Paris-Ile-de-France et le Consistoire central, a, elle, lancé l’opération « Syna-dons ». Un appel exceptionnel à la générosité, relayé, dans une vidéo, par des personnalités comme Michel Boujenah, Alexandre Arcady, Anne Sinclair, Francis Huster, Yvan Attal ou Marek Halter. « Apportez votre contribution personnalisée à votre synagogue », invitent les organisateurs de cet élan de solidarité, rappelant que « la crise sanitaire a frappé durement les finances de nos communautés dont la survie est parfois menacée ».

Chez les protestants, d’un temple à l’autre, la situation est très variable. « Mais globalement, la baisse des dons est de l’ordre de 5 % », évalue Patrick Lagarde, trésorier de la Fédération protestante de France, « inquiet pour les petites paroisses ».

Les Eglises qui ont mis en place depuis longtemps la collecte de fonds dématérialisée par Internet s’en sortent mieux. C’est le cas de celles qui ont développé le système de la dîme, une sorte de quête en ligne qui consiste en un prélèvement de 10, 20, 50 euros… par mois. Une façon de donner qui s’est accélérée pendant le confinement.