Reconfiner les personnes à risque ? 5 minutes pour comprendre si cette option est envisageable

En attendant d’être vaccinées, les personnes les plus vulnérables face au Covid-19, seniors et malades, doivent-elles se confiner à nouveau ? L’idée, évoquée ce jeudi par l’infectiologue Odile Launay, fait débat.

 Seniors et personnes fragilisées par la maladie doivent-ils rester à domicile le temps d’être vaccinés ?
Seniors et personnes fragilisées par la maladie doivent-ils rester à domicile le temps d’être vaccinés ? REUTERS/Benoît Tessier

Âge avancé, hypertension artérielle, diabète… Le confinement des personnes malades et des seniors, en attendant une généralisation du vaccin, serait-il une solution envisageable? L'idée, évoquée au printemps, à l'aube du déconfinement, revient sur la table ces derniers jours. Ce jeudi, c'était à l'infectiologue Odile Launay, au micro de RMC, de le proposer pour les « gens les plus à risque ».

Le Conseil scientifique défendait cette option dans un avis rendu en avril dernier ( NDLR, en page 15 du document). Objectif : protéger les individus présentant « des risques supérieurs de formes graves et de décès du fait de leur âge ou de leur état de santé », soit « près de 18 millions de personnes », selon les chiffres du Conseil.

Ce qui est proposé

« On peut se poser la question de savoir si ce confinement, dans la mesure où les vaccins arrivent, ne pourrait pas être proposé […] aux gens les plus à risque, qui sont finalement ceux qui vont être très vite vaccinés, qui sont ceux qui sont le plus à risque d'être hospitalisés, de faire des formes graves », avance ce jeudi la Professeure Odile Launay.

Pour Martin Blachier, fervent défenseur d'un confinement partiel des populations présentant des risques, la campagne vaccinale désormais lancée rend le projet d'autant plus pertinent. « Nous avons aujourd'hui un programme de vaccination précisément centré sur ces personnes, donc la durée de leur confinement serait limitée », prévoit-il.

Lorsqu'il défendait cette thèse au printemps, le Dr Blachier se voyait opposer l'argument d'un flou total quant à une date de sortie. « On nous disait : OK, mais combien de temps ça va durer? J'ai toujours accepté cette critique, mais maintenant qu'il y a une campagne de vaccination, nous avons une ligne d'horizon, des doses de vaccins qui vont être livrées en quantité … C'est tout à fait faisable. »

A quoi peut servir le confinement des plus fragiles ?

Avant toute chose, un confinement partiel aurait vocation à stopper l'afflux de patients entrant à l'hôpital. Mercredi soir, 25 650 personnes étaient hospitalisées en France pour cause de Covid-19, soit 915 de plus qu'une semaine plus tôt - un nombre dont la croissance régulière laisse craindre la confirmation d'un rebond épidémique. « On ne se confine pas pour empêcher le virus de circuler, mais pour désengorger les services hospitaliers », affirme Martin Blachier.

Au fil de la campagne vaccinale, la protection des plus vulnérables permettrait de tendre, très progressivement, vers un retour à une vie normale, à en croire la Pr Launay. « Cela permettrait de maintenir une certaine vie économique et, en particulier pour nos plus jeunes, de pouvoir envisager de reprendre une vie, de reprendre la fac, des activités », justifie l'infectiologue sur RMC.

Ce qu'en dit l'exécutif

Le gouvernement, lui, ne l'entend pas tout à fait de cette oreille. En visite dans une maison de retraite des Hauts-de-Seine début novembre, Olivier Véran avait balayé l'hypothèse d'un confinement partiel, « à la fois pour des raisons de faisabilité et à la fois pour des raisons de solidarité entre les générations ».

« Ce n'est pas une solution que nous avons retenue et que nous retiendrons », insistait le ministre, selon lequel fixer une limite d'âge serait « très compliqué ». Olivier Véran ajoutait par ailleurs que 30 % des patients se trouvant en réanimation sont âgés de moins de 60 ans. « Le nombre de jeunes qui ont un problème sévère, des complications, est de 60 au total depuis le début de l'épidémie », lui oppose le Dr Blachier.

Une discrimination envers les seniors et les malades ?

Peut-on décemment contraindre une frange de la population à rester chez elle, au motif qu'elle est plus vulnérable ? Sur cette question, le Conseil d'Etat n'a pas été sollicité et il ne lui est, par conséquent, « pas possible d'émettre un avis », répond-il ce jeudi.

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Les associations de défense des seniors, elles, ont leur mot à dire. En septembre, la Fédération internationale des Associations de personnes âgées (FIAPA) partageait le slogan « #OldLivesMatter » pour demander à mettre fin à la discrimination des seniors, un âgisme exacerbé par la pandémie. « Les 65 ans et + ont payé le plus lourd tribut (92 % de mortalité en France, 90 % en Suède, 89 % au Royaume-Uni) », grondait la FIAPA. Un confinement ciblé sur sa population renforcerait d'autant plus ce clivage.

Martin Blachier invite pour sa part à « se rendre à l'évidence » : « Le facteur âge est déjà un facteur de gravité en soi, même si l'on n'a aucune comorbidité », justifie-t-il. En conséquence, ce dernier envisage parfaitement « une barrière d'âge », qu'il fixe à « 65 ou 70 ans », pour délimiter la population à reconfiner.

Pour les personnes présentant des comorbidités, déterminer si le degré de la maladie impose un confinement semble plus délicat. « On pourrait imaginer que le médecin généraliste puisse déterminer cela en se basant sur des données précises, propose toutefois l'épidémiologiste. Le degré de vulnérabilité en fonction des comorbidités connues n'est pas quelque chose que l'on sortirait du chapeau : on s'en sert déjà pour déterminer les personnes prioritaires pour recevoir le vaccin. »

Est-ce que cela s'est déjà fait à l'étranger ?

Confiner sa population la plus à risque et seulement celle-ci, le Royaume-Uni y a bien songé au tout début de la crise sanitaire. Mi-mars, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, avait invité les plus vulnérables à rester confinés chez eux.

« Ce plan s'est avéré désastreux. Les décès se sont multipliés dans les maisons de retraite et les foyers, et le Royaume-Uni a rapidement inversé la tendance et instauré un verrouillage national le 23 mars », rappellent dans The Guardian Devi Sridhar et Yasmin Rafiei, spécialistes en santé publique.

En Suède, où le gouvernement avait fait le choix de restrictions sanitaires plus souples que dans les pays voisins, seuls les seniors étaient invités à rester chez eux. Le bilan, fin 2020, était déplorable : le pays est accusé par certains professionnels de santé d'avoir laissé mourir ses anciens.