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«Qui n’est pas inquiet ?» : Madrid, entre nouvelles restrictions et spectre de la seconde vague

Dans la région de la capitale espagnole, les autorités sanitaires s’avouent débordées et ont annoncé vendredi des limitations de déplacement.

 Des hommes équipés de masques discutent à bonne distance dans un parc de Madrid en pleine épidémie.
Des hommes équipés de masques discutent à bonne distance dans un parc de Madrid en pleine épidémie.  AFP/Gabriel Bouys

Après plusieurs mois de confinement strict et un été de « relâchement », la région de Madrid, en Espagne, connaît de nouvelles restrictions. Ce vendredi, les autorités locales ont en effet annoncé une limitation de la liberté de mouvement dans certains quartiers de la capitale et communes de sa proche banlieue, essentiellement dans le sud. Des mesures qui touchent 13 % de sa population, qui compte 6,6 millions d'habitants.

En cause, la forte hausse de contaminations au Covid-19 dans la zone, qui concentrait un tiers du total des nouveaux cas de tout le pays ce jeudi. Du côté des habitants de la capitale madrilène, on a du mal à accepter le possible retour à une vie isolée. Selon le dernier bilan des autorités régionales, la pression sur le système de santé s'est accrue, avec 2850 personnes hospitalisées dont 392 en soins intensifs. Plus de 20 % des lits des hôpitaux sont occupés par des patients Covid.

Malgré ce constat, ces nouvelles restrictions passent mal auprès des Madrilènes, encore éprouvés par un confinement très strict au printemps dernier. « Un reconfinement local, ça ne sert à rien », réagit Maria, une pharmacienne de 35 ans. « A Madrid, la majorité des gens travaille à des kilomètres de sa maison. A quoi ça sert d'isoler une zone si les gens doivent aller travailler ailleurs ? », se demande-t-elle.

Des emplois en jeu

L'emploi, c'est justement le principal sujet d'inquiétude des Madrilènes. Une bonne partie des contaminations ont été signalées dans les quartiers les plus pauvres de la capitale. Et nombreux sont les Espagnols à avoir perdu leur emploi pendant la crise, comme Verónica : « Je gérais des appartements touristiques dans le centre historique de Madrid, et du jour au lendemain, mes revenus sont tombés à zéro », dit-elle.

Sans emploi depuis le confinement, la mère de 43 ans cherche à changer de secteur. « J'ai deux enfants. Sans école, il faut s'en occuper. J'ai déjà dû abandonner un master que je faisais entre mars et juin, pour être leur prof », ajoute-t-elle.

Ces nouvelles restrictions peuvent aussi avoir un lourd impact psychologique sur les personnes plus isolées, dont la santé mentale a été déjà été fragilisée par le confinement du printemps. « J'ai très peu d'amis qui vivent près de chez moi. Un reconfinement, cela signifierait encore une fois être séparée de ses proches et devoir combattre la solitude », confie Mathilde, une Française de 24 ans installée à Madrid depuis trois ans. En télétravail depuis le début de son contrat dans l'administration d'une grande marque automobile, elle n'a même pas eu le temps de « découvrir ses nouveaux collègues ».

« Il va falloir confiner tout Madrid »

Malgré toutes ces interrogations sur l'intérêt de ces restrictions, les Madrilènes ne nient pas la gravité du virus. « Qui n'est pas inquiet ? Cela fait des mois que ça dure, des mois de peur, de tristesse et d'incertitude aux niveaux sanitaire et économique », confie Maria, la pharmacienne. « Les premières semaines étaient très dures, on travaillait dans la peur, pour nous et nos familles surtout, on faisait tout pour ne pas contaminer qui que ce soit qui ne pourrait pas survivre au virus », poursuit-elle.

De nombreux médecins se disent, eux, sous pression. Avec l'automne qui arrive, et, avec lui, la grippe saisonnière, leurs services risquent à nouveau d'être saturés, lit-on dans El Pais. A l'hôpital Ramón y Cajal, le médecin urgentiste Cesar Carballo dit même qu'il est « déjà trop tard ». « Il va falloir demander un effort à tous les Madrilènes. Il va falloir confiner Madrid tout entière », tonne-t-il à la chaîne Telemadrid.

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Les efforts, Brooke, une professeure d'anglais de 27 ans, veut bien les faire, pour « quelques semaines ». « Mais si ça dure des mois… Ce n'est pas possible », assure-t-elle. « Maintenant, on a besoin d'un peu de normalité, de s'adapter à cette nouvelle vie qu'est la nôtre. »