Diplômes, revenus... quelles femmes ont le plus d’enfants en France?

Une étude de l’Insee montre que les femmes les plus modestes et les plus aisées ont plus d’enfants que celles issues des classes moyennes. Voici pourquoi.

 «Les femmes les plus aisées ont leur premier enfant en moyenne à 31 ans, soit 3 ans plus tard que les plus modestes», selon Isabelle Robert-Bobée de l’Insee.
«Les femmes les plus aisées ont leur premier enfant en moyenne à 31 ans, soit 3 ans plus tard que les plus modestes», selon Isabelle Robert-Bobée de l’Insee. LP/Arnaud Journois

A chaque extrémité de l'échelle, un constat : ce sont les femmes les plus modestes et les plus aisées qui ont le plus d'enfants. C'est ce que révèle une étude de l'Insee, publiée ce mercredi, qui s'intéresse pour la toute première fois à ce duo : fécondité et niveau de vie. En se basant sur la fécondité des femmes, de 2012 à 2017, et en faisant des projections, l'Institut a été en mesure de dresser ce profil particulier des mères en France.

En 2019, l'indicateur conjoncturel de fécondité s'établissait à 1,87 enfant par femme dans l'Hexagone. Mais si les plus aisées et les plus modestes ont un nombre similaire d'enfants en moyenne, à savoir deux, « ce n'est pas pour autant que leurs comportements sont les mêmes », précise Isabelle Robert-Bobée, cheffe de la division enquêtes et études démographiques à l'Insee. Par exemple? « Les femmes les plus aisées ont leur premier enfant en moyenne à 31 ans, soit 3 ans plus tard que les plus modestes », ajoute-t-elle. Des naissances plus tardives lorsque le niveau de vie s'élève chez des classes déjà confortables, c'est l'exact opposé constaté chez les plus démunies où de nouvelles sources de revenus entraînent moins de naissances.

Diplômes, revenus... quelles femmes ont le plus d’enfants en France?

Autre différence : pour les 10 % au plus bas de l'échelle, le nombre moyen d'enfants est tiré vers le haut en raison d'une part importante de familles nombreuses. Plus d'un tiers d'entre elles auraient trois enfants ou plus. L'apport des femmes nées à l'étranger, ayant une fécondité plus élevée et plus présentes dans des situations de précarité, est-il une explication ? Oui, mais elle est à relativiser. Car plus elles sont arrivées jeunes sur le territoire, plus leur fécondité est très proche des femmes nées en France. Chez les plus aisées, peu d'entre elles n'auraient pas d'enfant au cours de leur vie. C'est ce qui explique leur fécondité élevée en moyenne.

Les femmes les plus diplômées et celles qui n'ont pas le bac ont davantage d'enfants

L'étude relève aussi un effet croisé entre diplômes et niveau de vie. Chez les femmes aisées, ce sont les plus diplômées qui ont davantage d'enfants. A l'inverse, parmi les femmes ayant un faible niveau de vie, celles qui n'ont pas atteint le bac ont le plus d'enfants. Encore l'exact opposé à chaque extrémité de l'échelle. Et au milieu ? Chez les classes intermédiaires ? C'est là que la fécondité est la plus basse. Précisément chez celles ayant un niveau de vie autour de 1400 euros par mois, soit 1,5 enfant par femme.

Comment expliquer ces variations ? « Chez les classes intermédiaires, qui ont moins d'enfants que les plus aisées, nos résultats peuvent suggérer que le déterminant économique pourrait avoir un effet. Certaines souhaitent peut-être attendre d'avoir un niveau de vie suffisant pour élever un enfant dans les conditions matérielles suffisantes qu'elles aimeraient. On sait notamment que le chômage retarde l'arrivée du premier enfant », reconnaît Isabelle Robert-Bobée, avant de tempérer. « C'est quand même plus compliqué que cela, plus vaste. Il existe quelque chose que nous ne pouvons pas mesurer : c'est le souhait de vouloir un enfant, qui est un élément essentiel. »