«Qu’ils gardent espoir» : le message de sœur André, 117 ans, qui a vaincu le Covid

Après avoir connu la Grippe espagnole et deux guerres mondiales, la doyenne européenne a réussi à surmonter le coronavirus. De son Ehpad à Toulon, dans le Var, la religieuse nous raconte ce miracle à deux jours de son anniversaire.

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 Aveugle depuis plusieurs années, en fauteuil roulant, Sœur André, de son vrai nom Lucile Randon, a l’esprit très alerte.
Aveugle depuis plusieurs années, en fauteuil roulant, Sœur André, de son vrai nom Lucile Randon, a l’esprit très alerte. PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

Il est 15h30 et sœur André est encore à la sieste. Est-elle réveillée ? Ah, ça y est. On va enfin pouvoir parler à la doyenne de l'Europe, dont l'existence a débuté en 1904. Depuis son lit de l'Ehpad Sainte-Catherine Labouré de Toulon, où elle est entrée en 2009, la religieuse a accepté de nous répondre par téléphone ce mardi 9 février, à l'avant-veille de son anniversaire. « Oh, je suis patraque, vous savez, on n'arrive pas à 117 ans, sans être fatiguée », attaque d'emblée Lucile Randon, de son vrai nom, deuxième personne la plus âgée au monde. Derrière le combiné, la voix est lasse mais le débit étonnement alerte.

Il faut dire qu'en plus d'être une centenaire aguerrie, sœur André vient de mettre KO le Covid. En janvier, le virus s'est introduit dans l'Ehpad, contaminant 81 des 88 résidents et faisant dix morts. Le 16, la fervente catholique est aussi testée positive au virus. Sans ressentir aucun symptôme. Miracle du corps ou de la religion? « Je n'ai pas su que je l'avais, je n'ai rien senti et j'ai dormi. » Comme les autres résidents infectés, elle est isolée dans sa chambre de 12 m2 au troisième étage, donnant sur la rue. Seul un soignant est autorisé à y pénétrer. Aveugle depuis plusieurs années, en fauteuil roulant, elle a besoin, comme elle le dit, contrariée, « d'une assistance permanente ».

«J'ai prié pour la jeunesse et j'ai patienté»

Qu'a-t-elle fait durant toutes ces journées ? « J'ai prié pour la jeunesse et j'ai patienté », lâche-t-elle, sobrement. « C'est son grand message, la patience », rappelle le chargé de communication David Tavella, à ses côtés pour faciliter l'échange. « Enfin, elle a ses limites, seule dans sa chambre, ce n'est pas drôle », le coupe la vieille dame. A tous ceux qui sont victimes de cette épidémie, sœur André leur lance un message : « Qu'ils gardent espoir, se bagarrent, luttent pour guérir et donnent l'exemple », enjoint-elle.

Depuis une semaine, la religieuse peut à nouveau « sortir » et déjeuner en communauté dans la salle à manger. Ses habitudes n'ont pas changé : lever entre 7 heures et 8 heures, coucher vers 18h30 et sieste l'après-midi. Lorsqu'elle ne se repose pas, la doyenne écoute des prières et apprécie les balades dans le jardin. « On discute énormément, elle aime beaucoup parler, confie David Tavella. C'est une personne très attachante ». sœur André lui raconte sa très longue vie de la Grippe espagnole aux deux guerres mondiales. « Echanger avec elle, c'est comme feuilleter un Almanach, commencé en 1904 ».

Son dessert préféré : l'omelette norvégienne

Née à Alès dans le Gard, dans une famille protestante non pratiquante, Lucile Randon devient très jeune gouvernante à Marseille et préceptrice dans de riches maisons à Paris, comme chez les Peugeot. Puis elle se convertit au catholicisme, rentre dans les ordres et s'occupera d'orphelins durant 28 ans, à l'hôpital de Vichy, dès 1945.

Qu'est-ce que ça lui fait d'avoir 117 ans ? « Je vais encore être un poids de plus pour celle qui s'occupe de moi, ça ne me plaît pas », lâche-t-elle. Mais la fête que lui prépare le personnel devrait la ravir. Au programme, une visioconférence avec ses petits neveux et arrière-petits-neveux puis une messe et un déjeuner. Au menu, son dessert préféré, la fameuse omelette norvégienne. Mais aussi une petite envie, confiée à David. La vice-doyenne de l'humanité aimerait déguster « des petits pois bien frais ». En attendant, sœur André doit se reposer. Elle proteste. « Mais je ne fais que ça ».