Précarité étudiante : un an après avoir tenté de s’immoler par le feu, Anas prend la parole

Le jeune homme, qui est «brûlé au troisième degré sur 75 % du corps», s’exprime pour la première fois depuis son «acte désespéré», il y a un an jour pour jour.

 L’étudiant de Lyon-2 a repris ses études en distanciel.
L’étudiant de Lyon-2 a repris ses études en distanciel. AFP/Jeff Pachoud

« Des brûlures et un sourire ». Un an après avoir tenté de s' immoler par le feu devant le siège du Crous, à Lyon, pour dénoncer la précarité des étudiants, Anas Kournif n'a pas renoncé au militantisme. « #Tantquyadelalutteyadelespoir », « #Solidaires », « #CGT »… Des hashtags engagés accompagnent le texte qu'il a posté sur Facebook ce dimanche. Sa première prise de parole officielle depuis le 8 novembre 2019 et son acte désespéré.

Le jeune homme a fêté ses 23 ans fin août, depuis un centre de rééducation qu'il n'a toujours pas quitté. Entre ses séances de kinésithérapie, ergothérapie et de psychomotricité, il a pris un peu de temps pour donner de ses nouvelles et remercié « toutes les personnes qui se sont mobilisées » cette dernière année.

«Amputations aux doigts»

« Je suis brûlé au troisième degré sur 75 % du corps, avec des amputations aux doigts. Je suis resté cinq mois dans le coma au service des grands brûlés de l'hôpital Edouard-Herriot, où j'ai subi 48 opérations, avec, au départ une estimation de mes chances de survie de 24 heures », raconte l'étudiant originaire de Saint-Etienne.

S'il souffre encore aujourd'hui « de plaies ouvertes et entame de nouvelles opérations », Anas Kournif progresse de jour en jour. « Je gagne en autonomie […], je parle de nouveau depuis mai, je marche très bien et j'arrive à écrire correctement des textes malgré mes amputations », souligne-t-il.

«Cela aura au moins permis quelques avancées»

Avant de passer à l'acte ce 8 novembre 2019, l'étudiant de Lyon-2 s'était justifié sur les réseaux sociaux, évoquant ses difficultés financières et dénonçant la précarité dans laquelle sont plongés nombre de ses camarades. « Je suis conscient de la gravité de mon acte désespéré. Je traversais une période difficile sans emploi stable, sans logement étudiant et sans bourse universitaire », explique-il un an plus tard.

« Je me réveille en constatant que cela aura au moins permis quelques avancées », poursuit-il, citant « les repas des Restau U à 1 euro », « même s'ils ne s'adressent qu'aux boursiers et boursières ». La semaine suivant le drame, les étudiants s'étaient en effet mobilisés dans de nombreuses universités pour exiger une amélioration de la condition des plus démunis.

« Je tiens à dire à toutes les personnes qui me liront de lutter pour leurs droits car ce n'est pas dans la passivité qu'on arrive à défendre, et encore moins à gagner, de bonnes conditions de vie », exhorte le jeune homme, qui appelle à prendre conscience « que, c'est vivants que nous pouvons améliorer notre quotidien […] sans perdre espoir en la vie, dans le progrès de la science et dans l'action collective ».

Lui a repris ses études en distanciel, « ainsi que des activités liées au syndicalisme étudiant ».