«Pour 50 euros, pas de pic à brochette dans l’zen» : sur Snapchat, des faux dépistages au Covid-19 à portée de clic

Via les réseaux sociaux, et notamment Snapchat, des faussaires revendent des faux certificats de dépistage au Covid-19 pour plusieurs dizaines d’euros, à utiliser pour des voyages (s’ils sont négatifs), ou pour ne pas aller travailler (s’ils sont positifs).

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 L’application Snapchat a un avantage : celui de faire disparaître automatiquement ses messages après lecture, ce qui permet de laisser le moins de traces possible. (Illustration)
L’application Snapchat a un avantage : celui de faire disparaître automatiquement ses messages après lecture, ce qui permet de laisser le moins de traces possible. (Illustration) AFP/Lionel Bonaventure

Comment dégoter un certificat de dépistage au Covid-19 sans mettre les pieds dans un laboratoire? Des utilisateurs de Snapchat, l'application aux photos et aux messages temporaires, ont la réponse. « Test officiel, juste non authentique car vous ne vous présentez pas, et pas de prélèvement avec un pic à brochette dans l'zen », propose, par exemple, un compte vendant pour 50 euros des faux certificats de dépistage négatif au virus. Sur l'application, ce sont des dizaines de comptes qui proposent les mêmes services - illégaux - à distance, évidemment monnayés.

Pour en trouver, il suffit de taper quelques mots-clés sur le réseau social, comme « Test covid », ou « Test corona ». S'affichent alors des dizaines de comptes, à qui on s'adresse directement pour obtenir le fameux document, en échange de vingt à cinquante euros par fichier.

Des messages éphémères

« Il me faudra ton nom, ton prénom, ta date de naissance, ton adresse postale et ton adresse e-mail », nous disent tous les faussaires, que nous avons contactés en prétendant vouloir un de ces documents. Certains proposent un rendez-vous pour le récupérer en mains propres, d'autres font tout à distance, sans quitter Snapchat. L'application a un avantage : ses messages s'effacent automatiquement après lecture, ce qui permet de laisser le moins de traces possible.

Un exemple de document falsifié à partir d’un véritable certificat de dépistage, associé à un laboratoire en Seine-Saint-Denis. /DR
Un exemple de document falsifié à partir d’un véritable certificat de dépistage, associé à un laboratoire en Seine-Saint-Denis. /DR  

Pour nous convaincre d'acquérir un de ses faux documents, un compte nous a envoyé un « exemple » de document falsifié, attribué à un centre de dépistage basé à Saint-Denis. À première vue, il ressemble à tout autre document médical : on y trouve le résultat du test PCR, l'adresse d'un laboratoire existant en Seine-Saint-Denis, ainsi que les informations personnelles de la personne testée.

Contacté, le laboratoire concerné confirme que le document en question est un faux, et avoue n'avoir, à ce jour, reçu aucun signalement sur des documents falsifiés issus de son service. Il s'avoue impuissant. « Il suffit de prendre un compte rendu, de le scanner, de le modifier, et nous, on ne peut rien y faire », déplore son responsable. N'importe quelle personne dotée de compétences basiques en photomontage peut en effet fabriquer ces faux en se procurant le fichier du certificat d'une personne qui s'est fait dépister, et en modifier ses informations personnelles à sa guise.

Des documents difficiles à authentifier

Grâce à ces faux tests, pas besoin de subir un prélèvement nasal désagréable. Les acheteurs s'épargnent, aussi, l'angoisse d'annuler leur voyage au dernier moment à cause d'un dépistage positif. Et ils peuvent compter sur le fait que les forces de l'ordre n'ont pas pour fonction d'authentifier les documents : ils ne font que vérifier si les passagers possèdent bien ce certificat avant d'embarquer. « Si on devait contrôler l'authenticité de chaque test, il faudrait 8 heures pour débarquer un avion », glisse-t-on du côté de la police.

C'est grâce à un faux document que Sarah, une influenceuse française sous l'identifiant @rasaxxtaytay, prétend, sur Snapchat, être parvenue à partir en voyage au Mexique il y a quelques jours. « Merci à @radarflash19, ton test il est passé crème wallah, tu m'as sauvé la vie », écrit-elle sur le réseau social. En fond du message, une photo du hublot de son avion à destination du Mexique. Le compte dont elle a fait la publicité par plusieurs captures d'écrans se vante de fournir des faux certificats PCR, mais aussi des fausses attestations pour le couvre-feu, ou encore des faux documents pour récupérer des points sur son permis.

«Pour 50 euros, pas de pic à brochette dans l’zen» : sur Snapchat, des faux dépistages au Covid-19 à portée de clic

Depuis, l'influenceuse aux 144 000 abonnés sur Instagram s'affiche en train de faire librement la fête et de profiter de la plage et du soleil de Cancún. Jointe par plusieurs canaux, elle n'a pas répondu à nos demandes d'interview. Son agence confirme seulement qu'elle est bien en voyage au Mexique jusqu'au 14 février.

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Le fournisseur de son faux certificat, lui, l'assure pour faire sa promo : « Sarah est partie à Cancún grâce à moi », nous promet-il. Après deux jours de discussion, et une demande de faux certificat, il finit par lâcher l'affaire. « Je n'en fais plus, y'a eu des problèmes, désolé, y'a des fdp qui m'ont balancé », explique-t-il par message.

Des tests positifs pour échapper au travail

Difficile de quantifier le nombre de faux utilisés au départ de la France et à l'étranger, faute de capacités d'authentification et de contrôle accru des autorités. Sur sa page, le fournisseur de tests de l'influenceuse @rasaaxxtaytay assure qu'ils sont valables « au départ de la France ou des Emirats Arabes Unis, 100 % safe » et « utilisés plus d'une centaine de fois sur toutes les destinations (Oujda, Alger, Tunis, Le Caire, Dakar, Bamako, Abidjan, Lagos) ». De quoi laisser entendre que peu de ces fichiers sont véritablement signalés aux autorités.

Il n'y a pas qu'aux frontières que ces faux documents peuvent servir. Certains comptes Snapchat proposent, en plus de tests négatifs, des faux résultats de tests positifs. « C'est très utile pour déplacer des rendez-vous judiciaires ou pour le boulot », nous explique l'un d'entre eux, qui affiche en story une « grille tarifaire » de 25 euros pour un test positif, contre 20 euros pour un négatif.

La conception, la revente et/ou l'utilisation de ces faux documents est illégale, et constitue un délit passible de 3 ans de prison et de 45 000 euros d'amende. En novembre, sept personnes ont notamment été interpellées pour avoir mis en place un trafic de faux certificats de tests négatifs à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, vendus entre 150 et 300 euros.

Europol a d'ailleurs lancé une alerte ce lundi, recommandant aux voyageurs de se méfier de la revente de tels documents dans les aéroports, après de nombreuses arrestations de trafiquants un peu partout en Europe. « Étant donné l'étendue des moyens technologiques disponibles avec des imprimantes de haute qualité et divers logiciels, les faussaires sont capables de produire des documents faux ou contrefaits de haute qualité », constate l'office européen de la police sur son site.

L'agence le reconnaît, la pandémie a beaucoup inspiré les faussaires en herbe : « Il est très probable que des criminels saisiront l'occasion de produire et vendre de faux certificats de tests au Covid-19 aussi longtemps que des restrictions aux voyages seront maintenues en raison de la pandémie. »