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Port du masque à l’extérieur : que cherche l’association qui attaque à tout-va ?

Lancée pendant le confinement, Victimes Coronavirus France entend contester l’ensemble des arrêtés obligeant la population à porter un masque à l’air libre. Et mène plusieurs autres combats.

 L’association Victimes Coronavirus France compte attaquer tous les arrêtés imposant le masque à l’extérieur (illustration).
L’association Victimes Coronavirus France compte attaquer tous les arrêtés imposant le masque à l’extérieur (illustration).  LP/Arnaud Journois

Ils le jurent : ils ne sont pas anti-masque. Ce sont pourtant eux, les membres de l'association Victimes Coronavirus France, qui s'inscrivent aujourd'hui en première ligne dans le combat contre l'obligation de porter un masque à l'air libre, qui s'étend sur le territoire. « Nous comptons contester tous les arrêtés de ce genre en France, en priorité dans les grandes villes ou les départements urbains », prévient Me Fabrice Di Vizio, l'avocat de l'association. Après avoir déposé des recours à Paris, Orléans, Dijon, Lyon, Marseille, Toulouse et Nice, l'avocat spécialisé dans le droit de la santé assure qu'il s'attaquera « dès lundi » au Val-de-Marne, aux Hauts-de-Seine, aux Deux-Sèvres, à la Réunion et à la Guadeloupe.

Officiellement créée le 9 mai dernier, Victimes Coronavirus France se présente comme une structure « citoyenne, apolitique et indépendante financièrement ». Son objet : « défendre, informer et soutenir les victimes du Covid-19 », déroule Elisa (prénom d'emprunt), une « adhérente active » qui souhaite garder l'anonymat pour ne « pas s'exposer ». L'association revendique « entre 150 et 170 membres actifs », qui, « choqués par la gestion de la crise sanitaire », ont décidé de « s'unir pour mieux se défendre ». « Nous sommes des victimes du Covid-19 - directes ou indirectes - qui se sentent un peu seules face à des décisions contradictoires », résume-t-elle.

« L'hystérie ne protège pas contre le Covid »

Pourquoi des victimes du Covid-19 s'attaquent-elle à la généralisation du port du masque ? « Nous demandons des décisions qui protègent efficacement contre le Covid-19 tout en protégeant nos libertés fondamentales. Nous voulons le bon masque, au bon moment et bon endroit », avance Elisa. « L'association considère aujourd'hui que le port obligatoire du masque en extérieur est une mesure politique et non pas sanitaire. L'hystérie ne protège pas contre le Covid, il faut des mesures de bon sens et proportionnées », abonde Fabrice Di Vizio.

Lundi, l'avocat compte également déposer une plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui, toujours pour le compte de l'association, après la tenue de l'événement Toulouse à table dans la Ville rose, ce week-end. « Nous avons un virus qui circule activement et on transforme la place du Capitole en un banquet du cassoulet géant, avec 2500 convives sans masques ni distanciation. Le tout alors que le masque est obligatoire dans toutes les rues de la ville », déplore-t-il.

Autre combat porté par Victimes Coronavirus France : faire émerger un véritable statut de victime du Covid-19 - comme il en existe un pour celles de l'amiante - et faire engager la responsabilité de l'Etat. « Il y a beaucoup de personnes qui ont été infectées par le virus, pour qui monter un escalier est devenu très compliqué. Mais ces gens-là ne bénéficient d'aucune considération », développe Fabrice Di Vizio. À ce jour, l'avocat assure avoir lancé une vingtaine de procédures individuelles en indemnisation.

Une pluie de procédures

Parmi les autres actions en justice que mène l'avocat au nom de l'association, le dépôt d'une plainte en lien avec la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement. Elle vise Édouard Philippe, Agnès Buzyn et Olivier Véran pour « abstention volontaire de prendre ou de provoquer les mesures permettant de combattre un sinistre de nature à créer un danger pour la sécurité des personnes » ( article 223-7 du Code pénal ). La procédure est toujours entre les mains de la commission des requêtes de la Cour de justice de la République (CJR) - seule instance habilitée à juger des ministres pour des faits commis dans l'exercice de leurs missions - qui doit apprécier sa recevabilité.

Une seconde plainte contre Olivier Véran a été déposée devant la CJR, toujours sur la base de l'article 223-7 du Code pénal. L'association y demande notamment l'audition du professeur Christian Perronne après ses propos sur l'hydroxychloroquine et l'azithromycine, qui auraient selon lui pu permettre d'« éviter 20 000 voire 25 000 morts ». « Si ce qu'il dit est vrai, alors ça veut dire qu'on a laissé mourir autant de monde, et que le ministre est responsable. Si ce qu'il dit est faux, alors ce médecin doit être empêché de parler et devra prendre ses responsabilités devant l'Ordre national des médecins », justifie l'avocat. « Nous ne sommes ni pro ni anti-chloroquine, nous estimons simplement que la liberté de prescrire a été violée », insiste Elisa.

Les Gilets jaunes du coronavirus ?

Enfin, Victimes Coronavirus France a mandaté l'avocat pour déposer plainte, début juillet, contre l'Ordre des pharmaciens pour complicité d'abstention volontaire de prendre des mesures propres à lutter contre l'épidémie. Elle reproche à l'Ordre d'avoir soutenu, à plusieurs reprises, que les pharmaciens n'avaient pas le droit de vendre des masques au grand public au début de la crise sanitaire. « Les pharmaciens avaient pourtant parfaitement le droit de vendre des masques importés, comme l'a reconnu le Conseil d'Etat », déplore Fabrice Di Vizio.

Pour mener à bien ses nombreux combats, l'association assure qu'elle « s'autofinance à 100 % ». « Dons et adhésions uniquement. Nous tenons à notre indépendance », assure la bénévole. Pour financer l'ensemble des procédures, l'association demande aux victimes du Covid-19 qui voudraient s'y associer une participation financière de 90 euros. « Et notre avocat est très conciliant », concède Elisa. « À ce jour, je n'ai pas pris un rond », confirme Fabrice Di Vizio, qui dit pouvoir se reposer sur un « cabinet qui tourne bien ».

Hyperactive, Victimes Coronavirus France se défend toutefois de tirer sur tout ce qui bouge. « Nous ne sommes pas des va-t-en guerre, ni des anti. Nous sommes juste des victimes, de simples citoyens qui nous défendent et qui ne laisseront rien passer : nous parlons de décès qui auraient pu être évités », cogne Elisa. Se revendique-t-elle d'un certain esprit Gilet jaune ? « Sur le principe, oui : de simples citoyens qui subissent des injustices décident de se regrouper. Mais nous restons neutres, nous n'avons pas de case », soutient Elisa. Hors de question pour la frondeuse d'aller manifester sur des ronds-points. « Nous sommes dans une démarche citoyenne qui passe par la justice, car nous savons que cela marche comme ça. »