Plus de 80 000 morts du Covid-19 en France : radiographie d’un très lourd bilan

Il y a un an jour pour jour, le 14 février 2020, la France recensait le premier mort du Covid-19 sur son sol. 81 647 personnes ont depuis succombé, mais ce bilan déjà très lourd est sans doute encore incomplet. Sexe, âge, région, période… Une année meurtrière passée au crible.

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 Des soignants s’occupent du corps d’un défunt, à l’hôpital Claude Bichat (Paris), le 29 janvier 2021.
Des soignants s’occupent du corps d’un défunt, à l’hôpital Claude Bichat (Paris), le 29 janvier 2021. AFP/Joël Saget

Qui se rappelle que le premier décès dû au SARS-CoV-2 recensé en dehors de l'Asie l'a été en France? Il y a un an jour pour jour, le 14 février 2020, un touriste chinois âgé de 80 ans hospitalisé à Paris succombait d'une maladie que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) venait tout juste de baptiser Covid-19. « On a fait tout ce que nous avons pu, mais son état était particulièrement grave. Nous estimions à 70 % les risques pour ce patient de décéder », expliquait alors au Parisien le professeur Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses à l'hôpital Bichat.

Douze mois plus tard, 81 647 décès ont été recensés à l'hôpital ou en Ehpad. Ce nombre a même été atteint en onze mois et demi, puisque le compteur a démarré précisément le 1 er mars, le temps que le système de dépistage et de remontée des informations soit mis en place.

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A l'hôpital, tous les patients diagnostiqués Covid-19 qui décèdent sont pris en compte, pas seulement ceux qui meurent à cause de cette maladie. Ceux-ci formeraient néanmoins « une très grande majorité » de l'ensemble, selon Santé publique France. A l'inverse, en Ehpad, certaines personnes catégorisées « décédées du Covid-19 » faisaient simplement l'objet d'une forte suspicion de contamination, par exemple si elles avaient des symptômes et que d'autres résidents avaient été testés positifs.

Ce bilan, dramatique, permet de dresser le portrait type de tous ceux qui ont succombé et qui ont mis dans la peine des milliers de familles sur notre territoire.

Les plus âgés largement les plus vulnérables. Oui, c'est une certitude, les anciens payent un lourd tribut. 94 % de ces morts recensés du Covid-19 sont âgées d'au moins 65 ans, indique Santé publique France dans son point épidémiologique hebdomadaire paru ce jeudi. A l'hôpital, plus de 85 % des 57 648 patients décédés avaient au moins 70 ans. D'où l'importance de faire très attention à eux lorsqu'on rencontre nos grands-parents par exemple et de respecter, avant leurs deux doses de vaccin, les gestes barrière.

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L'hypertension ou le diabète facteurs largement aggravants. Une grande majorité des patients décédés présentaient des comorbidités. C'est le cas de 65 % ce ceux pour lesquels Santé publique France a reçu - par voie électronique - un certificat de décès mentionnant le Covid-19 parmi les causes. Les facteurs aggravants qui reviennent le plus souvent sont les pathologies cardiaques, l'hypertension artérielle, le diabète, et les pathologies respiratoires.

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Ces certificats de décès proviennent de l'Inserm, et plus précisément de son Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de Décès (CépiDC). Celui-ci travaille à recenser les morts selon leur « cause initiale », où qu'ils aient eu lieu. Au 31 octobre, 44 365 certificats de décès avec mention de Covid-19 ont été reçus, par voie électronique ou papier. « 30 % des certificats sont reçus par Internet, les 70 % autres par papier mais avec trois mois de retard », indique Grégoire Rey, le directeur du CépiDC. Il faudra encore plusieurs mois de travail pour établir là où le Covid-19 a été la « cause initiale » du décès et pas seulement où il y a contribué.

Les hommes davantage touchés. 58 % des patients décédés à l'hôpital et 54 % de ceux pour lesquels un certificat de décès a été transmis par voie électronique sont de sexe masculin. Les femmes seraient-elles plus résistantes? Les hommes affichent un profil plus à risque, puisqu'ils fument davantage, par exemple. Des scientifiques jugent aussi possible que l'immunité chez les femmes soit facilitée par les œstrogènes, des hormones sexuelles. Cet écart est d'autant plus frappant que 61 % de la population française âgée d'au moins 75 ans est de sexe féminin, d'après l'Insee.

Le Grand Est en tête. L'Ile-de-France, l'Auvergne Rhône-Alpes et le Grand Est sont les trois régions qui recensent le plus de décès à l'hôpital sur l'année (respectivement 14 092, 8556 et 7652). L'est de la France a pris de plein fouet la première vague, accélérée par le rassemblement évangélique de Mulhouse devenu un méga cluster.

Lorsque l'on rapporte ces chiffres à la population, le Grand Est arrive d'ailleurs en tête, devant la Bourgogne Franche-Comté. Celle-ci a surtout souffert lors de la deuxième vague, puisque les deux tiers des décès y ont été recensés depuis le mois de novembre. La mortalité confirme aussi que le littoral de l'ouest de la France a été bien moins impacté par la pandémie que le reste du pays. En métropole, trois régions recensent au maximum 0,4 décès à l'hôpital pour 1000 habitants : la Bretagne, la Nouvelle-Aquitaine, et la Corse.

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Les trois derniers mois parmi les pires. Bien sûr, l'année n'a pas été uniforme. Une fois la « première vague » de l'épidémie passée, l'été a été plus calme avec « seulement » 3154 décès de juin à septembre compris. A l'inverse, novembre, décembre et janvier sont trois des quatre mois les plus meurtriers de l'année, avec plus de 10 000 morts déclarés à chaque fois. Seul le mois d'avril affiche un pire bilan, avec plus de 20 000 décès.

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Ceci s'explique surtout par le fait que le pic quotidien de décès (en moyenne sur la semaine écoulée) a atteint des niveaux extrêmement élevés mi-avril 2020, à savoir plus de 500 à l'hôpital et près de 1000 en comptant aussi les Ehpad. De tels chiffres n'ont plus été atteints depuis, sans doute en partie grâce à une meilleure prise en charge les malades graves.

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Une forte proportion des décès sur l'année. Ce bilan de 81 647 décès Covid-19 à l'hôpital ou en Ehpad représente environ 13 % des décès intervenus sur la même période. Du 1er mars 2020 au 1 er février dernier, l'Insee affiche en effet 626 701 morts toutes causes confondues en France. Un an plus tôt, du 1er mars 2019 au 1 er février 2020, 556 281 décès avaient été recensés. Il est cependant impossible d'associer l'écart entre ces deux nombres à la mortalité directement liée au Covid-19 depuis près d'un an.

D'une année à l'autre, de nombreux autres événements et paramètres sont en effet à prendre en compte (plus ou moins d'accidents de la route, épidémie de grippe plus ou moins virulente, épisodes de canicule, etc.) « Le problème des décès toutes causes confondues, c'est que l'on mélange un peu tout : les effets directs du Covid-19, ses effets indirects si d'autres maladies sont moins prises en charge ou, à l'inverse, s'il y a moins d'accidents, et les autres causes », nous indiquait récemment France Meslé, directrice de recherche à l'Institut national d'études démographiques (Ined).

A noter enfin que ce bilan des décès à l'hôpital et en Ehpad ne prend pas en compte les décès à domicile. Le nombre total pourrait être connu plus finement dans les prochains mois grâce aux travaux du CépiDC.