«Pas là pour faire la police !» : l’interdiction des masques artisanaux agace profs et parents

Ce lundi, l’obligation de porter un masque de catégorie 1 - le plus filtrant - pour lutter contre le Covid-19 et ses variants est entrée en vigueur dans les écoles. Une mesure « trop compliquée à appliquer », de l’avis de tous.

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 Depuis le lundi 8 février, les écoliers doivent se doter des masques dits de catégorie 1.
Depuis le lundi 8 février, les écoliers doivent se doter des masques dits de catégorie 1. LP/Olivier Arandel

« Comme si on n'avait que ça à faire de contrôler l'étiquette des masques des centaines de gamins qui franchissent le portail de l'école chaque jour… » Parole amère d'une directrice d'école de Charente-Maritime. Ce lundi matin, l'obligation de porter un masque de catégorie 1 est entrée en vigueur dans les écoles, collèges, et lycées. Objectif : limiter les contaminations au Covid-19, alors que le variant britannique, plus contagieux, se propage dans le pays. Mais la mesure, annoncée tout début février dans le protocole sanitaire renforcé, fait débat auprès des profs, des parents, et des chefs d'établissement, lassés « du cumul de dispositifs contraignants annoncés au tout dernier moment ».

Les élèves doivent désormais se doter des masques de catégorie 1. Il s'agit des masques chirurgicaux de type 1, 2 et 2R, à usage unique, à changer toutes les 4 heures et protégeant entre 95 % et 98 % des projections de gouttelettes. Cette catégorie contient également les masques en tissu réutilisables de catégorie 1, d'une durée de vie de 5 à 50 lavages selon les modèles, bénéficiant d'une efficacité de 90 %. Concrètement, cette nouvelle restriction prohibe les masques artisanaux.

«Pas là pour faire la police !» :  l’interdiction des masques artisanaux agace profs et parents

Ce qui agace Émilie, une maman de 35 ans habitant en Savoie, dont le fils est en CP. Elle refuse d'acheter de nouveaux masques. « Depuis le début de la crise, on s'est mis à coudre, en respectant scrupuleusement les consignes des autorités sur la référence du tissu et le patron, pour fabriquer des masques efficaces. Et là, on nous demande de les jeter à la poubelle ? C'est du grand n'importe quoi ! » Émilie est allée toquer à la porte du directeur. « Je lui ai dit que je refusais tout bonnement de changer de masque. Il a accepté : il ne dira rien aux enfants qui ont un masque fait-maison. »

Un coût élevé pour les familles

Les consignes du ministère sont pourtant de demander à chaque famille de « s'organiser » pour se doter en masques aux normes, un « délai » ayant été accordé entre le 2 février, date du nouveau protocole, et le 8, jour de son entrée en vigueur. À ce jour, selon les chiffres de l'Education nationale, 934 classes sont fermées en France à cause du Covid-19. Un nombre faible, 0,17 % du total des classes, mais plus de deux fois supérieur à celui de la semaine précédente.

Autre souci mis en avant : le coût. Keziah, une mère de famille d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), déplore une « décision coûteuse pour les familles ». « À 2 euros le masque chirurgical qu'il faut changer toutes les quatre heures, la facture grimpe vite, surtout que j'ai trois enfants », soupire-t-elle, assurant qu'elle ferait l'effort « puisqu'il s'agit de santé des enfants ».

Certaines collectivités devraient, comme l'an dernier, fournir des masques aux familles les plus en difficulté. Le département de Seine-Saint-Denis, avait, début janvier, fourni 2 masques de catégorie 1 aux collégiens, en plus des quatre déjà provisionnés en septembre. « Ce n'est pas normal que l'Education nationale ne fournisse pas ces masques, compte tenu de leur coût et du fait que l'école est censée être gratuite », tonne-t-on dans l'entourage de Stéphane Troussel, le président PS du conseil départemental. Dans les quartiers populaires, des chaînes de solidarité s'étaient d'ailleurs mises en branle pour fabriquer, en grande quantité, ces masques artisanaux.

L'école peut en fournir un

En théorie, les élèves qui entrent à l'école avec le mauvais masque doivent s'en voir donner un par l'établissement. Le ministère indique ainsi avoir un stock de masques de catégorie 1 « pour tous les personnels », ainsi qu'une petite réserve pour les élèves qui n'en auraient pas. Car, si des écoles disposent d'un stock, « il n'est pas extensible », assure Guislaine David, déléguée nationale du Snuipp-FSU, syndicat majoritaire chez les enseignants du premier degré.

Elle va donc demander à Jean-Michel Blanquer « de fournir les masques aux établissements ». « Car on ne peut pas demander aux personnels de faire la police pour voir si le matériel est aux normes », souligne-t-elle. Ce que confirme Hélène, prof en Seine-et-Marne : « Aujourd'hui, j'ai un peu fermé les yeux sur qui portait quel type de masque… C'est intenable, même si on se doute bien que ce n'est pas juste pour nous embêter ! »

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Même son de cloche chez Philippe Vincent, proviseur à Marseille et délégué du SNPDEN, syndicat majoritaire des chefs d'établissement, qui confirme que la mesure est « difficile à faire respecter ». « Ce n'est pas notre travail, surtout en ce moment, s'agace-t-il. Il n'y a pas le personnel suffisant, et les délais pour s'organiser étaient trop courts. »