Origine du Covid-19 : ce qu’il faut retenir de l’enquête de l’OMS en Chine

Première apparition du virus, mode de transmission, propagation.... L’équipe internationale de scientifiques envoyée par l’Organisation mondiale de la santé envoyée à Wuhan pendant un mois, dont deux semaines en quarantaine, a tenu une conférence ce mardi pour faire état de leurs observations.

Bien sûr, on ne pouvait décemment s’attendre à des réponses claires et nettes. Mais après deux semaines sur le terrain à Wuhan, en Chine, l’équipe internationale d’experts chinois et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) s’est contentée de vagues hypothèses pour expliquer l’origine de la pandémie de Covid-19.

Un animal sûrement, mais lequel ? Une transmission du coronavirus depuis un premier animal puis un deuxième avant une contamination à l’homme est l’hypothèse « la plus probable », a indiqué Peter Ben Embarek, le chef de la délégation de l’OMS, spécialiste de la sécurité alimentaire et des maladies transmises par les animaux aux hommes. Cet animal, qui pourrait être un rongeur, une chauve-souris ou un pangolin, « n’a pas encore été identifié », a ajouté Liang Wannian, universitaire à Pékin et chef de la délégation de scientifiques chinois. De même, les experts n’ont pas pu déterminer si l’animal transmetteur était vivant, fraîchement mort ou mort et congelé.

Face à la concorde entre les experts chinois et les experts internationaux, de nombreuses questions ont été posées et reposées par les journalistes présents. Pourrait-on donner des pourcentages selon qu’une hypothèse est plus probable que l’autre ? Non, a répondu Marion Koopmans, responsable du département de viroscience au Centre médical Érasme à Rotterdam (Pays-Bas). « Nous pouvons dire si une hypothèse est probable ou non probable, mais nous ne pouvons pas donner un ordre de pourcentage entre les hypothèses ».

Le marché d’Huanan a-t-il été l’incubateur de l’épidémie ? Ce marché animalier de Wuhan, visité par l’équipe d’experts peu après la fin de leur quarantaine, a pu être le point de départ de la contamination ou l’un des lieux précocement touchés. « Les premiers cas de pneumonie imputable au SARS-CoV2 pourraient être liés au marché dans la première quinzaine de décembre, ce qui signifie qu’ils ont été infectés début décembre ou fin novembre », a assuré Peter Ben Embarek, ajoutant que le virus avait pu être introduit dans le marché « par un visiteur, un fournisseur ou un produit vivant ou surgelé ». Bref, par n’importe qui.

Quid de la fuite d’un laboratoire ? En tout état de cause, l’hypothèse de la fuite du coronavirus d’un laboratoire est « hautement improbable » compte tenu de l’état du laboratoire mis en cause, que la délégation a pu visiter à l’Institut de virologie. « Les accidents, ça arrive », a affirmé le spécialiste.

« Les accidents, ça arrive »

Quand le virus a-t-il commencé à se propager ? De même, « il n’y a pas assez de preuves […] pour déterminer si le Sars-Cov-2 s’est propagé à Wuhan avant décembre 2019 », a indiqué Liang Wannian. « Nous n’avons pas trouvé de trace du virus avant décembre 2019 à Wuhan ou ailleurs », a enchéri Peter Ben Embarek, assurant avoir une « cartographie assez claire » des premiers cas, avant que quatre cas liés au marché d’Huanan ne conduisent les autorités à le fermer. Et « même si la mémoire fait défaut, si les gens et le matériel clinique sont moins disponibles à mesure que le temps passe, nous voulons continuer à travailler pour tirer les enseignements des premiers cas de décembre 2019 », a-t-il insisté.

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En conclusion de cet étonnant moment de diplomatie sanitaire, Peter Ben Embarek a affirmé qu’avant de commencer la mission, il s’était beaucoup interrogé sur ce qu’il allait rencontrer « sur le terrain », si les premiers patients atteints du coronavirus « ne détenaient pas des indices très excitants ». Il leur avait, a-t-il dit, imaginé une vie très différente de la sienne, décrivant étrangement des personnes qui « ont l’habitude d’arpenter des montagnes ». Mais il n’a rien rencontré de tout cela, et a semblé satisfait des conditions dans lesquelles les experts avaient mené leur travail. « Il faut avancer », a-t-il résumé.