«On ne veut pas lâcher les élèves» : en France, les écoles restent ouvertes coûte que coûte

Alors que des classes sont fermées depuis presque un an aux Etats-Unis à cause du Covid-19, la France a décidé de garder les siennes ouvertes. Au prix parfois d’un exercice d’équilibriste compliqué.

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 Les écoles continuent d’accueillir les élèves, un soulagement pour beaucoup d’enfants, de parents, mais aussi d’enseignants.
Les écoles continuent d’accueillir les élèves, un soulagement pour beaucoup d’enfants, de parents, mais aussi d’enseignants.  LP/Olivier Arandel

« On est fonctionnaires. Alors, on fonctionne. » Alice, professeure des écoles dans les Hauts-de-Seine, n'a pas l'habitude de se regarder le nombril. « Le Covid-19 me pourrit la vie, c'est sûr! Mais on ne veut pas lâcher les élèves, il faut tenir, confie-t-elle. Notre vocation, c'est de porter les gamins… coûte que coûte! »

De ce point de vue, la France fait figure d'exception. Aux Etats-Unis, beaucoup d'établissements sont vides depuis bientôt un an : la moitié des 55 millions d'élèves n'ont jamais remis les pieds en classe depuis mars. Au Royaume-Uni et en Allemagne aussi, les écoles sont fermées.

« Tenir », c'est le mot d'ordre de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education. Il le martèle : la fermeture généralisée, il n'en veut pas, même en cas de reconfinement. C'est la position qu'il défend auprès d'Emmanuel Macron, avec le soutien de la Société française de pédiatrie, opposée à la fermeture par crainte de l'impact psychique sur les jeunes, mais contre l'avis de spécialistes comme l'épidémiologiste Renaud Piarroux ou l'infectiologue Jean-François Delfraissy.

Continuer d'enseigner tient parfois du numéro d'équilibriste, avec des protocoles sanitaires qui changent tous les 15 jours. « On fait comme on peut pour pas mal de choses. Les récrés sont échelonnées et quand la cour est grande, les classes sont réparties dans plusieurs secteurs. Les enfants jouent le jeu, c'est incroyable. Pour le lavage des mains aussi, même si on utilise parfois du gel hydroalcoolique pour gagner du temps, surtout dans les petites écoles où il n'y a qu'un robinet », égrène Fabrice, remplaçant dans l'Yonne.

«Je n'ai plus le même regard sur les instits depuis le début de la crise»

« Le lavage des mains, cela me bouffe 40 minutes sur une journée de 6 heures, c'est très compliqué ! » renchérit Alice. Et pourtant, le personnel a fait avec. « Je sens les collègues que je croise contents de venir bosser. Oui, c'est chiant d'avoir le masque toute la journée, de faire gaffe à tout, de penser à ces protocoles qui s'ajoutent au fur et à mesure. Tout le monde en ras-le-bol, mais je ne sens pas de déprime », analyse encore Fabrice.

Mieux : certains ont resserré les liens avec les élèves. « Tous les jours, j'ai un ado qui me dit : On veut faire cours avec vous, on veut pas être reconfinés et travailler en distanciel, se félicite Tiphaine, prof en Seine-et-Marne. J'ai le sentiment d'être bien plus une personne-ressource qu'avant. » Côté parents, on applaudit, aussi. « C'est un vrai soulagement que l'école reste ouverte contrairement au printemps dernier, parce que ça nous permet de travailler, ce qui est impossible à la maison avec un enfant de trois ans », explique un père de famille des Yvelines. Même son de cloche chez Erwann, papa d'un CP de Seine-et-Marne. « Je n'ai plus le même regard sur les instits depuis le début de la crise. Les voir prendre nos gamins avec autant de contraintes, il y a un côté sacrifice pour le reste du pays. »