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«On ne peut pas discuter» : pourquoi «@DrGomi», médecin très suivi sur le Covid-19, a quitté Twitter

Le cas d’Yvon Le Flohic, médecin généraliste qui a gagné une certaine notoriété grâce à son suivi de l’épidémie, illustre la virulence des débats sur le réseau social, notamment au sujet du Covid-19.

 Sur Twitter, de nombreux utilisateurs se plaignent de la virulence des débats, quel que soit le sujet.
Sur Twitter, de nombreux utilisateurs se plaignent de la virulence des débats, quel que soit le sujet.  Denis Charlet/AFP

« Ça me gêne, tout ce ramdam », confie Yvon Le Flohic. Depuis mardi soir, des dizaines de commentaires de médecins et d'autres twittos s'enchaînent, déplorant la suppression du de son compte Twitter très suivi, intitulé DrGomi. Une décision prise par le médecin lui-même, après avoir été visé par de nombreux commentaires désobligeants. Et qui illustre, selon lui, la difficulté de communiquer sur l'épidémie de Covid-19, à l'heure où les voix et les opinions divergentes inondent les médias et les réseaux sociaux.

Yvon Le Flohic, médecin généraliste et ancien membre de la cellule de veille épidémiologique de la grippe H1N1, est devenu, pendant l'épidémie, un des nombreux comptes de médecins et autres scientifiques qui partagent, discutent et travaillent à la prévention du Covid en France et partout ailleurs. Un compte qui a rassemblé, en l'espace de quelques mois, près de 14 000 abonnés.

Avec cette audience est arrivée une sacrée responsabilité pour le médecin : celle de défricher les informations venant de tous bords, sur une maladie dont on ne connaissait presque rien. Port du masque, preuves de l'aérosolisation du virus, politique de tests… Les thèmes favoris du médecin sont multiples. Et il ne les défend pas seul. « Je relaie des opinions d'experts et de groupes de travail en nombre », explique le médecin, citant notamment les travaux de l'infectiologue Anne-Claude Crémieux, de Christian Drosten, l'épidémiologiste de référence en Allemagne, ou encore d'Antoine Flahault, basé en Suisse.

Raoult, masques, et extrémistes

Mais avec cette audience est aussi arrivé son lot d'inconvénients, comme les attaques virulentes, notamment sur des débats provoquant souvent des crispations au sein du public. Il y a les comptes extrémistes, les comptes partageant des fausses informations, « les pro-Raoult, les anti-Raoult, les pro-masques, les anti-masques », liste Yvon Le Flohic. « J'ai fait l'erreur de soutenir quelqu'un qui avait des positions pro-Raoult, et ça a généré des réactions violentes. […] Le professeur Raoult, je l'ai attaqué quand il a dit que le virus ne passait que par les mains, mais je suis aussi capable de dire qu'il a raison sur sa politique de tests à Marseille », ajoute-t-il pour souligner l'absence de nuance sur la plateforme.

« Depuis longtemps, je me demandais si ce compte était une bonne façon d'informer », avoue le médecin généraliste depuis son cabinet en Bretagne. « Les réseaux sociaux n'ont jamais permis de discuter. Ce ne sont que des affrontements », déplore-t-il. Ces affrontements l'ont poussé à supprimer son compte mardi.

Depuis, les commentaires de soutien s'accumulent. « C'est à cause/grâce à lui que je suis sur Twitter », avoue Claudine. « En mars, en cherchant des infos sur ce virus, ma recherche m'a amenée sur un lien de DrGomi. J'ai été « accrochée », et par lui, j'ai trouvé toutes les infos, et découvert d'autres personnes à suivre », raconte-t-elle. « Il a probablement sauvé des vies par ses messages de prévention et son analyse de l'épidémie », encense Alain de son côté.

« La communication n'a pas été optimale »

De nombreux autres médecins et scientifiques ont rassemblé, comme lui, de nombreux abonnés grâce à leur travail de sensibilisation sur le réseau social. Un travail jugé essentiel face aux messages parfois confus sur l'épidémie : « La communication n'a pas été optimale dans cette crise. On veut essayer d'améliorer cela », assure Eric Billy, un chercheur en immuno-oncologie également très présent sur le réseau social. « Certains médias ont donné beaucoup trop d'écho à une minorité, ce qui a conduit les Français à ne plus nécessairement comprendre quelle était la position scientifique et médicale qui n'est pas statique et évolue avec les données et infos », développe le scientifique basé à Strasbourg.

La communication et l'information, c'est justement ce qui préoccupe Yvon Le Flohic, au lendemain de la suppression de son compte. Ses questions sont nombreuses : comment faire parvenir l'information à un public qui a perdu confiance dans les médias ? Comment ne pas tomber dans la surmédiatisation ? Comment lutter contre la désinformation ? Pour l'instant, les réponses ne sont pas claires.

Il est cependant convaincu d'une chose : « Si je retourne sur Twitter, je le ferai différemment », dit-il. Son but, promet-il, c'est d'informer sur le Covid, rien de plus. « Plein de gens ont plein de trucs à vendre. Soit ils se vendent eux-mêmes, soit c'est de la politique… Moi, tout ce que je veux vendre, c'est la prévention. En tant que médecin, on n'a pas trop envie que l'épidémie reparte. »