«On ne fait plus de sport !» : en colère, les profs d’EPS vont être reçus ce mardi à l’Elysée

Interdits de gymnases pour éviter les contaminations, les professeurs d’éducation physique et sportive en sont souvent réduits à donner des cours théoriques, météo oblige ou faute d’infrastructures. « Intenable », disent-ils.

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 Les profs d’EPS, privés de gymnase, s’inquiètent : la météo hivernale oblige souvent les classes à délaisser la pratique sportive. (Illustration)
Les profs d’EPS, privés de gymnase, s’inquiètent : la météo hivernale oblige souvent les classes à délaisser la pratique sportive. (Illustration) LP/Arnaud Journois

Chaque matin, le premier réflexe des professeurs d'éducation physique et sportive (EPS) n'est plus d'enfiler un survêtement, mais de… regarder par la fenêtre. « C'est la météo qui dicte notre programme », grince Fanny, 46 ans, prof de sport dans le Morbihan. Comme ses 35 000 collègues, elle n'a plus le droit d'enseigner autrement que dehors. Dans le cadre du renforcement des mesures sanitaires contre le Covid-19, Jean Castex a en effet annoncé le 14 janvier la « suspension des activités sportives scolaires et extrascolaires en intérieur ».

Problème, la météo hivernale oblige souvent les classes à délaisser la pratique sportive et se calfeutrer dans une salle de classe, sans compter que nombre de disciplines ne peuvent se tenir hors d'un gymnase. Résultat : les profs de sport tirent la sonnette d'alarme. Une délégation de représentants sera reçue ce mardi 9 février à l'Elysée par la conseillère éducation d'Emmanuel Macron.

«Le sentiment de ne plus faire notre métier»

« On a le sentiment de ne plus faire notre métier : plus de pratique sportive, l'abandon des programmes et nos heures se terminent souvent dans les salles de classe pour des cours théoriques », résume Benoit Hubert, délégué Snep-FSU, un syndicat de profs d'EPS. Le quotidien de ses collègues est devenu « intenable ».

Ainsi, les collégiens de Fanny étaient censés suivre un cycle « sports collectifs ». Las : « J'ai dû tout annuler dès l'annonce du Premier ministre, car on ne peut plus utiliser de gymnase », explique-t-elle. L'enseignante s'est alors rabattue sur un cycle « ultimate », une sorte de base-ball sans contact, qui se joue en extérieur. Et encore : « Quand c'est possible. Car souvent, il pleut le matin. Alors on démarre en classe, masque sur le nez, on fait un cours théorique sur les règles de l'ultimate, tout en guettant la fenêtre, raconte encore Fanny. Dès qu'il s'arrête de pleuvoir, on envoie les élèves se changer en quatrième vitesse, et on sort pratiquer pour de vrai. Au final, ils ont fait un quart d'heure de sport ! »

Alors, évidemment, le programme établi par les autorités éducatives en début d'année, « on n'en parle même plus », juge-t-elle. Ainsi, des collègues de l'enseignante bretonne ont mis en place des séances de… randonnée. « Avec un ciré, ils se disent que c'est jouable », s'amuse-t-elle. De son côté, elle s'est essayée à des ateliers de ramassage de déchets. « Mais on a abandonné, trop compliqué d'obtenir les autorisations. Et puis, on n'est plus du tout dans l'EPS ! » Résultat : retour dans… les salles de classe. Où, selon les établissements, les jeunes ont droit à des cours théoriques, des sessions histoire du sport, voire parfois… des films.

Une situation qu'on retrouve partout. « Le grand Est a été soumis à d'importantes chutes de neige ces dernières semaines, donc impossible de mettre le nez dehors », rappelle Benoît Hubert. Pas simple à Paris, non plus, où le syndicaliste assure que « certains gamins n'ont pas eu de vrai cours de sport depuis 15 jours, vu la météo, et aussi parce que les grandes villes voient leurs installations sportives d'extérieur saturées ».

Du reste, l'interdiction de faire du sport en intérieur n'est que « le coup de massue » d'une série de désillusions depuis la fin de l'année dernière. « Déjà, les mesures de l'automne dernier nous avaient contraints à travailler en demi-groupe en intérieur. Pendant que des demi-classes pratiquaient dans le gymnase, les autres… s'entassaient dans des salles de permanence », se souvient une enseignante, s'interrogeant sur le fait que « les cantines scolaires, elles, restent ouvertes, alors qu'on y tombe le masque ».

Une «soupape» en moins pour les élèves

Pourtant, des chefs d'établissement valident la stratégie du gouvernement. Sandrine (son prénom a été changé), directrice d'école en région Centre, avait annulé les cours de sport dans les gymnases avant la décision du gouvernement, arguant que « les petits établissements » comme le sien « ont des gymnases minuscules où il est dangereux d'entasser des élèves sans masque ».

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Mais certains pointent « l'effet psychologique » sur des élèves complètement privés de pratique physique. « Les cours de sport, c'est leur soupape, interdire le sport en intérieur à cette saison, dans la réalité, c'est interdire l'activité physique », se désole, par exemple, Marie-Annick Richard, de la Snep-FSU de l'académie de Nancy-Metz.

Hasard du calendrier, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer vient de faire la promotion du dispositif « 30 minutes d'activité physique par jour » dans les écoles. Il s'est d'ailleurs illustré le 2 février par une séance de sport en compagnie des enfants. Pas convaincant pour Fanny : « Sur le fond pourquoi pas, le sport est essentiel. Mais au lieu d'une belle opération de communication, il faut donner aux professeurs de sport les moyens de pratiquer leur métier. »