AbonnésSociété

«On attend quoi, combien de morts ?» : ces Français qui veulent un reconfinement

Ils souhaitent aller plus loin dans les mesures sanitaires, plus vite, plus fort. Alors que l’épidémie de Covid-19 progresse dans le pays, certains Français réclament un reconfinement.

 Givors, le 5 mai 2020. Une personne note à la craie les jours passés en confinement à son domicile.
Givors, le 5 mai 2020. Une personne note à la craie les jours passés en confinement à son domicile. AFP/Jean-Philippe Ksiazek

« Honnêtement, c'est de la blague! » Jean-Charles, 47 ans, ne croit pas aux mesures sanitaires prises par le gouvernement pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. Pas même au tour de vis annoncé ce lundi par le préfet de police de Paris, avec, notamment, la fermeture des bars dans la capitale pour quinze jours. Selon lui, la solution, bien plus radicale, est ailleurs : il faut reconfiner. Et vite.

« Les autorités dansent le Madison : c'est un coup à droite, un coup à gauche. On limite, mais juste dans certaines zones, on ferme les boîtes mais pas les bars, on ferme les bars mais pas les restaurants… Si on veut mettre un frein un peu violent, tant qu'on n'a pas de traitement ou de vaccin, eh bien on s'arrête ! » estime ce directeur d'une structure associative dans la Loire.

La semaine dernière, un sondage paru dans le Journal du dimanche a indiqué que 72 % des Français seraient prêts à se reconfiner pour quinze jours au moins. A l'étranger, de grandes villes, comme New York ou Madrid, optent aujourd'hui pour des confinements locaux, par quartiers. Mi-septembre, c'est un pays entier, Israël, qui a repris un confinement généralisé.

« Se donner les moyens d'avancer »

Et en France ? Sylvie, 58 ans, juge elle aussi que le reconfinement est inévitable et souhaitable. Cette habitante de la région lyonnaise a les yeux rivés sur les courbes de suivi de l'épidémie. Et les indicateurs ne sont pas bons.

« Le durcissement des mesures ne suffit pas. Ça repousse le problème et ça l'enlise, estime-t-elle. Je ne vois pas comment on va pouvoir s'en sortir si on n'est pas plus strict. A un moment, si on veut avancer, il faut s'en donner les moyens. »

Professeure d'économie-droit dans un lycée professionnel, Sylvie plaide pour un confinement pendant lequel « tous les magasins seraient autorisés à faire du drive », « ce qui permettrait de préserver un minimum l'économie ». « Ou pourquoi pas un confinement par zone ? » propose-t-elle. Et de citer en exemple l'Australie, où les millions d'habitants de Melbourne ont vécu coupés du monde durant près de trois mois en plein hiver austral.

« Dès qu'on sort du lycée, on enlève les masques »

« Trop laxiste », « trop précipité », le déconfinement a été raté, insiste la quinquagénaire. « On a voulu avoir l'été, voilà où on en est, abonde Jean-Charles. Les personnes qui ne portent pas le masque, qui disent : ce n'est pas si grave, c'est tout le problème. » Selon ce responsable associatif, l'Etat doit « se substituer » aux citoyens qui, « seuls, ne sont pas capables d'agir dans le sens de la société ».

« C'est le paradoxe du discours ambiant. On sait que le virus est actif, qu'on ne connaît pas tout de lui, et on continue de faire les magasins ! De la même manière : tout le monde sait que fumer tue, et que boire ou conduire, il faut choisir. Et pourtant, les accidents de la route remplissent les pages des journaux et des fumeurs continuent de mourir à cause du tabac. »

Chiara, 15 ans, le constate tous les jours à la sortie du lycée : « Dès qu'on met le pied dehors, on enlève les masques. On mange à 15, très serrés, sans les masques… » Avec la hausse constante du nombre de cas, les mesures qui se durcissent, la jeune Cannoise se dit « qu'il ne reste plus que les écoles à fermer ». « Autant se reconfiner tout de suite, ça forcera les gens à respecter les normes. »

« Mes amis me disent que je suis parano »

Leurs prises de position ne font pas l'unanimité autour d'eux. Il suffit de jeter un œil sur les réseaux sociaux pour voir que le débat est houleux. « Mais quand j'explique à mes amis que ce serait mieux pour protéger ma mère, qui a un problème cardiaque, ils comprennent », affirme Chiara. Toute la famille de son petit ami a attrapé le Covid-19 il y a plus de deux semaines. « On a eu très peur. Lui commence à peine à s'en remettre. Son père est toujours très fatigué. »

Jean-Charles a vu, lui aussi, les dégâts que pouvait causer la maladie. « Ma famille a été touchée par le Covid-19, de façon violente, explique-t-il. Ma sœur a été durablement et fortement impactée, ma meilleure amie a failli y rester. On attend quoi, combien de morts, pour appuyer sur le frein ? »

Sylvie craint d'attraper le virus dans les transports en commun, ou par son fils qui va au lycée. « Mes amis disent que je suis parano, qu'un autre confinement causerait trop de dégâts économiques. Mais avec d'autres confrères, on pense que les conséquences sanitaires et économiques sur le long terme seront les mêmes ou pires si on ne reconfine pas. »

L'enjeu de Noël

« Si nous laissons les choses évoluer sans reconfinement, les contaminations seront exponentielles et il y aura des milliers de morts, estime un médecin parisien. Il ne s'agit pas là que du virus, mais aussi des conséquences pour les autres patients : les AVC, infarctus, cancers qui ne sont plus pris en charge correctement faute de place et de ressource », rappelle-t-il.

Pour lui, « le confinement est une fatalité ». « Même si la population respectait les mesures sanitaires de la façon la plus stricte, elle n'éviterait pas un confinement généralisé, elle le repousserait. » Seule l'obtention d'un vaccin efficace changerait cette perspective, explique-t-il.

Pour « limiter la casse, protéger les plus fragiles à court terme, le système de santé, les soignants, se donner une bouffée d'air en attendant le vaccin », pourquoi ne pas reconfiner? demandait sur Twitter Le Doc, un radiologue et médecin légiste qui exerce en Normandie, très suivi sur les réseaux sociaux. « Si on anticipait pour une fois? » avançait-il.

Et puis, il y a Noël, les fêtes de fin d'année. « Encore des occasions de nouvelles contaminations si l'épidémie n'est pas domptée d'ici là », note Sylvie. Dans une tribune publiée dans Le Monde le 26 septembre, deux prix Nobel d'économie ont proposé de « décréter un confinement » du 1er au 20 décembre afin de maximiser les chances que les gens puissent profiter des fêtes de fin d'année.

« Décembre, c'est déjà trop tard, juge la professeure de la région lyonnaise. Si les magasins ferment à cette période, ça serait catastrophique pour leur chiffre d'affaires. Il faudrait confiner avant. »