Numerus clausus : la fin de «l’enfer» en première année de médecine ?

Le gouvernement devrait annoncer la disparition du numerus clausus. Et soulager des milliers de potentiels futurs médecins dont la première année de fac se solde par un concours très difficile.

 Les rapports entre primants et redoublants sont parfois tendus dans les amphis de médecine. (Illustration)
Les rapports entre primants et redoublants sont parfois tendus dans les amphis de médecine. (Illustration) LP/Olivier Corsan

« Je pleurais tout le temps, je me mettais une pression dingue. J'ai redoublé, j'ai pris 10 kg. Mon matelas avait pris la forme de mon corps tellement je passais du temps à réviser dessus. Je relativise parce que je m'en suis sortie, mais c'était vraiment difficile. » Aujourd'hui, Olivia exerce comme médecin généraliste dans le Nord. Un quotidien ponctué de rencontres avec les patients et de prescription d'ordonnances. Bien loin de l'intensité de la compétition pour s'extraire de la jungle de la première année de ses études de médecine.

Une épreuve dont le gouvernement veut atténuer l'intensité puisqu'il envisage de supprimer le numerus clausus. Ce dernier, publié chaque année dans le Journal officiel, fixe le nombre d'étudiants admis en deuxième année.

En 2018, ils étaient 59 753 sur la ligne de départ en Paces (Première année commune aux études de santé), pour seulement 8 205 places en médecine. Pour les départager ? Un concours au terme d'une année très très chargée.

Numerus clausus : la fin de «l’enfer» en première année de médecine ?

« On ne prend pas les étudiants qui sont susceptibles d'être les meilleurs »

« C'est du bachotage bête et méchant où l'on départage les étudiants par des QCM. Ceux qui savent le mieux apprendre par cœur sont avantagés, s'agace le député LREM et neurologue Olivier Véran. On ne prend pas les étudiants qui sont susceptibles d'être les meilleurs médecins mais ceux qui savent faire appel à leur instinct reptilien. »

« On a énormément de cours par rapport au temps dont on dispose, poursuit Manon, 19 ans, qui redouble sa première année à la fac de médecine de Lyon (Rhône). La masse de connaissances à assimiler est très importante, c'est ce qui permet de sélectionner qui passe ou non. »

Pendant un an, les prétendants au port du stéthoscope s'astreignent à une vie monacale, portée à l'écran par le film « Première année » qui sort le 12 septembre. Une obsession : ne pas être distancé par la concurrence.

« Dans certains cours, les redoublants gênent les nouveaux pour les pénaliser, raconte Olivia. Ils crient pendant que le prof parle ou effacent le tableau à la fin du cours pour nous empêcher de prendre des notes. Rien que d'entrer dans l'amphi, c'est compliqué. Il y a des tensions, des bousculades. »

« Je sais que je vais vivre une année horrible »

À 17 ans, Clara s'apprête à découvrir ce monde à l'université Pierre-et-Marie Curie à Paris (UPMC). « Je sais que je vais vivre une année horrible, prévoit la jeune bachelière de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Mais je travaillerai de chez moi. On m'a conseillé de ne pas me rendre à la fac, rien que pour éviter de perdre du temps dans les transports. »

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Comme 75 % des autres étudiants, elle s'est inscrite dans une classe préparatoire où elle a passé trois semaines du mois d'août à déjà réviser le programme. « Avant, c'était un bonus, glisse-t-elle. Maintenant, c'est presque impossible d'y arriver sans… »

La jeune fille n'aura qu'une seule chance pour y parvenir. Sa fac fait partie des cinq établissements à interdire le redoublement. Objectif : réorienter les étudiants pour les empêcher de se noyer dans une nouvelle première année. Et de se heurter de nouveau au mur du numerus clausus.