Néonicotinoïdes : l’Assemblée nationale valide le retour de l’insecticide controversé

Malgré l’opposition des défenseurs de l’environnement, les députés ont approuvé le projet de loi réintroduisant l’insecticide.

 Le texte prévoit des dérogations pour les cultures de betteraves, touchées par le virus de la jaunisse.
Le texte prévoit des dérogations pour les cultures de betteraves, touchées par le virus de la jaunisse. LP/Valentin Cebron

Les députés ont donné leur feu vert ce mardi pour la réintroduction temporaire néonicotinoïdes afin de sauver la filière betteraves.

L'Assemblée nationale a adopté le « projet de loi relatif aux conditions de mise sur le marché de certains produits phytopharmaceutiques en cas de danger sanitaire pour les betteraves sucrière », lors d'un vote solennel par 313 voix pour et 158 contre.

Parmi ces votants, un nombre record de députés LREM ont voté contre, ou se sont abstenus : 32 députés LREM ont voté contre et 36 se sont abstenus.

En raison de la prolifération d'un puceron vert vecteur de la maladie qui affaiblit les plantes dans de nombreuses régions, les betteraves issues de semences non enrobées d'insecticide sont atteintes de « jaunisse ». La réintroduction de semences enrobées avec des néonicotinoïdes doit permettre de protéger les rendements sucriers.

Le hic est que ce type de pesticide, réputé tueurs d'abeilles, a été interdit en 2018. Et voilà le gouvernement obligé de rétropédaler, en s'appuyant sur le règlement européen sur les phytosanitaires permettant de déroger à l'interdiction, potentiellement jusqu'en 2023.

En s'appuyant sur la réglementation européenne sur les phytosanitaires, l'article 1er, amendé à la marge, permet de déroger à l'interdiction de certains produits lorsqu'il existe un « danger qui ne peut être maîtrisé par d'autres moyens raisonnables ».

Une filière en difficulté

Les betteraviers réclamaient le retour des néonicotinoïdes face au danger de la « jaunisse de la betterave ». La baisse des rendements induite menace la pérennité de la filière sucrière française, qui emploie 46 000 personnes, dont une bonne partie dans des usines de transformation, estime la profession.

Dénoncé comme « un renoncement » ou une faute par la gauche et les écologistes, le retour des néonicotinoïdes est la seule « alternative », selon le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie qui fait de la survie de la filière betteraves, un enjeu de « souveraineté » agroalimentaire.

Voix discordantes dans la majorité

Soutenu par LR, le projet de loi arrive au mauvais moment pour le gouvernement et LREM qui souhaitaient engager un virage écologique symbolisé par la convention citoyenne pour le climat. « C'est un texte difficile, important qui ne veut pas opposer économie et écologie », a relevé Julien Denormandie.

Certaines voix chez LREM ont manqué lors du vote solennel sur l'ensemble du projet de loi, comme celles des députés Jean-Charles Colas-Roy, Yves Daniel ou Sandrine Le Feur qui avaient annoncé leur opposition au texte et ont donc joint les actes à la parole.

L'article 1er du projet de loi prévoit en outre la création d'un conseil de surveillance et l'interdiction, sur des parcelles où ont été utilisés des néonicotinoïdes, d'implanter des cultures attirant les abeilles afin de ne pas les exposer.