Merck et Pasteur hors-jeu : 5 minutes pour comprendre les abandons dans la course au vaccin

Lundi, deux projets de vaccin contre le Covid-19 ont été abandonnés par l’Institut Pasteur et le laboratoire Merck. Ces abandons, qui sont tout à fait compréhensibles, devraient se répéter dans les prochains mois sans gêner pour autant la campagne de vaccination.

 Les pays prévoient des marges de sécurité lors de leurs commandes de vaccin afin de se prémunir face aux abandons.
Les pays prévoient des marges de sécurité lors de leurs commandes de vaccin afin de se prémunir face aux abandons. LP/Arnaud Journois

La course aux vaccins est un marathon qui, comme toutes les courses de fond, est ponctué de forfaits et d'abandons. L'Institut Pasteur a ainsi annoncé, lundi, l'arrêt d'un des projets de vaccins contre le Covid-19 sur lequel il travaillait. Le laboratoire américain Merck, qui travaillait avec l'Institut Pasteur sur ce projet, a annoncé le même jour l'abandon d'un autre projet de vaccin qu'il menait seul. En décembre, en Australie, c'est l'Université du Queensland, avec le laboratoire CSL, qui s'était avoué vaincu. C'était alors le premier vaccin contre le coronavirus abandonné dans le monde.

Combien y a-t-il de projets de vaccins dans le monde ?

La liste est sans fin. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dans un document mis à jour le 22 janvier, 237 projets de vaccins étaient enregistrés dans le monde entier. Parmi eux, 64 étaient au stade du développement clinique – c'est-à-dire que le projet est déjà bien abouti et que des tests sur les humains sont en cours – et 167 sont en développement préclinique – c'est-à-dire que des tests sont réalisés, notamment sur des animaux, pour vérifier l'efficacité du sérum.

De ces vaccins, la Commission européenne, qui s'occupe pour les pays de l'Union européenne de commander et répartir les doses, a autorisé la mise sur le marché des vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna. D'autres vaccins, dans d'autres pays du monde, ont été autorisés : le vaccin d'AstraZeneca et l'Université d'Oxford en Grande-Bretagne – dont la mise sur le marché européen devrait bientôt être autorisée malgré des doutes sur son efficacité sur les plus âgés –, Spoutnik V de l'Institut Gamaleya en Russie, trois autres vaccins en Chine…

Pourquoi certains vaccins sont abandonnés ?

C'est le but des essais cliniques : vérifier que le vaccin fonctionne. C'est lors de ces tests, qu'en décembre, l'Université du Queensland et CSL avaient décidé de jeter l'éponge. Fabriqué à partir d'une faible quantité de protéine du VIH, leur vaccin – s'il ne transmettait évidemment pas le sida – laissait montrer sur les tests à ceux qui se l'étaient fait administrer qu'ils avaient le VIH. La décision avait donc été prise de l'abandonner.

C'est aussi sur la base de résultats que l'Institut Pasteur, avec Merck, a décidé d'abandonner leur projet commun, basé sur le vaccin de la rougeole. « Nos essais cliniques ont montré que les anticorps produits l'étaient à des niveaux inférieurs de ceux que l'on peut observer chez des convalescents du Covid-19 ou avec d'autres vaccins », explique au Parisien, Christophe d'Enfert, directeur scientifique de l'Institut Pasteur. En bref? « Ce vaccin n'avait aucune chance de conférer une production contre le Covid-19. »

Merck a expliqué, dans un communiqué, la même chose. Le laboratoire américain, contrairement à l'Institut Pasteur qui continue de travailler sur deux autres projets de vaccin, abandonne, lui, définitivement la course aux vaccins après l'arrêt de ses deux projets. Merck se concentre désormais sur les traitements face au Covid-19, afin d'atténuer les effets notamment.

Est-ce que c'est inquiétant ?

Il serait plus inquiétant qu'aucun vaccin ne soit abandonné dans le monde. Les tests des vaccins se font graduellement, avec, au fil de leur avancée, de plus en plus de personnes testées dès que les tests cliniques débutent. Le but est d'en vérifier la toxicité, l'efficacité, les éventuels effets secondaires, etc. C'est donc à ce moment-là que s'arrête généralement un projet : quand le vaccin est inefficace, comme c'est le cas pour les projets de l'Institut Pasteur et de Merck, ou plus dangereux qu'efficace, comme pour le vaccin australien avorté.

Jean Castex, le Premier ministre, début décembre, n'avait d'ailleurs pas dit autre chose, évoquant « des projets qui n'aboutiront évidemment pas ». La rapidité avec laquelle les différents vaccins ont été conçus – moins d'un an contre d'habitude plusieurs années – pourrait aussi pousser certains laboratoires à abandonner tout simplement leur projet et éviter de dépenser de l'argent pour rien. Des 64 vaccins en phase de développement cliniques, listés le 22 janvier par l'OMS, 16 seulement se situent en phase 3, le niveau le plus élevé.

Enfin, les différents acteurs ne sont pas tous partis sur la même piste pour faire front face au Covid-19, ce qui peut expliquer leurs différentes fortunes. Pfizer/BioNTech et Moderna, les plus avancés, ont parié sur l'ARN. Mais ça aurait aussi pu échouer, et il fallait donc miser sur tous les tableaux. « Des stratégies pouvaient être gagnantes, d'autres perdantes, mais il fallait tout tenter », explique Christophe d'Enfert.

Y a-t-il des risques sur la campagne de vaccinations ?

Les abandons de certains de projets de vaccin, aujourd'hui, ou demain, ne devraient pas impacter la campagne de vaccinations. Lors de leurs prises de commandes, les Etats prévoient ces abandons et réservent donc davantage de doses que nécessaire.

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Ainsi, la Commission européenne, a prévu l'achat de 600 millions de doses Pfizer/BioNTech, 160 millions de doses Moderna – les deux vaccins aujourd'hui approuvés –, mais a aussi précommandé, sous réserve que le vaccin aboutisse et soit validé par les autorités sanitaires, 400 millions de doses AstraZeneca, 300 millions de doses Sanofi-GSK, 400 millions de doses Johnson & Johson et 405 millions de doses CureVac. 260 millions de doses supplémentaires pourraient être commandées auprès de Novavax et Valneva.

Au total, c'est plus de deux milliards de doses qui ont été précommandées en Union européenne, où l'on estime la population à moins de 500 millions de personnes. La France, elle, disposera de 200 millions de doses pour vacciner 100 millions de personnes, quand on estime à près de 70 millions le nombre d'habitants.

« Nous avons précommandé, avec nos voisins européens, tous les vaccins les plus prometteurs, avait justifié Jean Castex, début janvier. Nous en avons commandé beaucoup plus que nécessaire car il est possible que certains de ces vaccins n'obtiennent pas les autorisations, ou les obtiennent plus tard qu'annoncé. Nous avons donc pris une marge de sécurité pour ne pas être en pénurie. » « Il y a une part de hasard, de risque, dans la recherche », rappelle auprès de l'AFP Nathalie Coutinet, enseignante-chercheuse à l'Université Sorbonne-Paris-Nord.

Personne n'avait à ce stade commandé les vaccins à l'étude de Merck et de l'Institut Pasteur. L'Australie avait en revanche commandé plus de 50 millions de doses du vaccin de l'Université de Queensland avant son abandon. La commande annulée, le gouvernement avait donc redéployé le budget auprès d'AstraZeneca et Novavax. Il y a bien un avantage à avoir plusieurs acteurs dans la course aux vaccins…