Maltraitance animale : toujours pas de caméras dans les abattoirs

Jeudi s’ouvre le procès de l’abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques) dont les images, tournées par L214, avaient choqué l’opinion. A quand la vidéosurveillance, pourtant votée à l’Assemblée il y a plus d’un an, et réclamée par les associations ?

 Les images de l’abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques) ont choqué l’opinion publique.
Les images de l’abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques) ont choqué l’opinion publique. L214 - Éthique & animaux

Des animaux mal ou pas étourdis, découpés à vifs, un agneau dont on fracasse le crâne contre le mur en dépit de toutes les règles… Les images tournées par l'association L214 dans l'abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques) en 2016 avaient choqué l'opinion publique et mené au projet de loi « Falorni », avec sa mesure phare installer des caméras aux postes clés, notamment là où l'on tue les bêtes.

Ce jeudi s'ouvre à Pau le procès de cet établissement de Mauléon. « Ne soyons pas hypocrites, dans le monde opaque des abattoirs, seules les vidéos obtenues illégalement ont permis d'aboutir à des poursuites », pointe le député Olivier Falorni (PRG). Mais près d'un an après le vote à l'Assemblée de « sa » loi… Il n'y a pas de vidéosurveillance dans les abattoirs.

« Le lobby de la viande fait barrage »

« Parce que le lobby de la viande fait barrage, estime l'élu. Les industriels se tirent d'ailleurs une balle dans le pied. S'ils ne deviennent pas plus transparents ils vont encore augmenter le nombre de véganes ». Et que font les pouvoirs publics ? La proposition de loi n'a pas fini la navette législative en raison d'un « calendrier très défavorable », répond Olivier Falorni avec les élections présidentielles, législatives et sénatoriales…

En janvier, le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert a répondu « il n'est pas question de mettre des agents derrière des écrans de télé - qui ne donnent d'ailleurs pas toute la réalité de ce qu'est la vie d'un abattoir - en permanence ». Pour lui, des contrôles inopinés valent plus que des caméras.

Ce qui hérisse le poil des défenseurs des animaux, c'est la « reculade » du gouvernement qui a supprimé cette disposition dans le projet de loi alimentation « alors que, rappelle Agathe Gignoux de CIWF France (Organisation internationale dédiée au bien-être des animaux d'élevage), le contrôle vidéo devait être testé en 2017 et obligatoire au 1er janvier 2018 ». Or seul l'article 13 de ce projet de loi évoque la question du bien-être animal, en prévoyant un renforcement des sanctions et la possibilité pour les associations de se porter partie civile en cas de maltraitance.

85 % des Français sont favorables aux caméras dans les abattoirs

« Des mesures largement en deçà de ce que nous attendions » regrette Caroline Brousseau à l'AFAAD (l'association en faveur de l'abattage des animaux dans la dignité). « C'est un peu comme si le gouvernement promettait de renforcer la lutte contre les excès de vitesse tout en retirant tous les radars. C'est absurde! » s'emporte de son côté Olivier Falorni. L'AFAAD a lancé une action sur Internet pour réclamer cette mesure de transparence. L'association ne doute pas que cette initiative sera un succès, 85 % des Français étant favorables aux caméras dans les abattoirs.

Interrogé par le collectif Animal Politique au moment des présidentielles, le candidat Macron avait promis que « La vidéosurveillance dans les abattoirs, selon des modalités inspirées de la proposition de loi Falorni, sera mise en place ». Le président Macron « proche des chasseurs, est hyperdécevant » estime Lucille Peget de la Fondation SNDA (Société nationale pour la défense des animaux), pour qui « il y a plus de voix à perdre du côté de la protection animale ». Les défenseurs des bêtes montrent les crocs.

L214 sème la zizanie dans les abattoirs