Les atteintes à la laïcité à l’école restent stables, selon le ministère

Port de signes religieux, contestations des enseignements… Selon les chiffres communiqués mardi par l’Education nationale, 935 cas d’atteinte à la laïcité ont été recensés entre septembre 2019 et mars 2020. Le collège concentre le plus grand nombre de cas, devant le primaire.

 « J’ai le sentiment qu’on est plutôt sur une stagnation », analysait ce mardi le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer (illustration).
« J’ai le sentiment qu’on est plutôt sur une stagnation », analysait ce mardi le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer (illustration). LP/Adeline DABOVAL

A regarder les chiffres, c'est une baisse : 935 cas « d'atteinte à la laïcité » ont été recensés dans les écoles, collèges et lycées, entre septembre 2019 et mars 2020, d'après les chiffres communiqués ce mardi 13 octobre dans la matinée par l'Education nationale à l'occasion de son séminaire annuel des « coordonnateurs des équipes académiques Valeurs de la République ». Le dernier rapport faisait état de 900 cas sur une période deux fois plus courte, de trois mois, entre avril et juillet 2019.

« J'ai le sentiment qu'on est plutôt sur une stagnation », analysait cependant ce mardi le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, en marge du séminaire organisé dans le grand amphi de la Sorbonne, à Paris, dans le contexte d'une année scolaire tronquée par la crise sanitaire du Covid-19.

Une remontée des cas en hausse dans le primaire

Comme l'an dernier, c'est au collège que le nombre d'atteintes est le plus élevé (45 % des faits recensés), mais il augmente en proportion au niveau du primaire (37 %). Un phénomène lié à « l'augmentation des remontées des cas dans le premier degré, qui auparavant étaient moins signalés », relève l'inspecteur et référent laïcité de l'académie d'Amiens, Jérôme Damblant.

Tous niveaux confondus, les équipes de « référents laïcité » créées il y a trois ans sont aussi plus sollicités, signe d'une « confiance accrue » dans le dispositif, se félicite le ministre de l'Education. Alors que les deux tiers des faits étaient gérés « en interne » auparavant, la proportion s'est inversée et sur les 935 faits signalés entre 2019-2020, « 630 ont fait l'objet d'une intervention de l'équipe académique ».

Parmi les faits recensés, très variés, les référents laïcité ont eu à connaître des contestations d'enseignement, particulièrement en cours de sciences ou d'histoire, « l'évitement des cours de natation » pour des jeunes filles, le port de signes religieux ainsi que des « suspicions de prosélytisme », entre élèves notamment, ou des « bagarres sur des arguments religieux ».

53 % des signalements dans six académies

Confinement oblige, ces contestations ont aussi pris un tour virtuel, pendant la période de confinement : le chahut lors des classes virtuelles a aussi entraîné des « diffusions de chants religieux » en plein cours, par exemple. Dans son académie de Grenoble, la référente laïcité Nathalie Reveyraz a eu à traiter de « la diffusion de discours hitlériens et de croix gammées en cours d'histoire » par un petit groupe d'élèves résolus à « choquer, déstabiliser ».

Devant les grilles des écoles élémentaires, les contestations des valeurs républicaines sont le fait d'élèves, « mais aussi de parents, note Jérôme Damblant. J'ai, par exemple, eu le cas d'une famille qui refusait que son enfant apprenne une poésie sur les sorcières, une qui s'opposait à l'apprentissage de chants de Noël. »

Au total, les faits recensés par l'institution, qui émanent de jeunes ou de parents faisant valoir des confessions diverses − musulmanes, mais aussi évangéliques, ou Témoins de Jéhovah, par exemple − restent limités à certains territoires. Ainsi, « six académies regroupent 53 % des signalements », précise l'Education nationale, avec par ordre décroissant des problèmes signalés, les académies de Créteil, Grenoble, Normandie, Toulouse, Versailles et Nice.