Le vieil orgue de l’hôpital de Vire rejoindra-t-il l’Allemagne ?

L’instrument hors d’usage du XIXe siècle qui trône dans une chapelle, propriété de l’hôpital de Vire (Calvados), est l’objet d’une bataille.

 L’orgue Cavaillé-Col de la chapelle Saint-Louis à Vire a été construit en 1864. Muet depuis 70 ans et très détérioré, il pourrait être cédé en Allemagne, où il serait réparé et remonté. Mais des opposants entendent garder l’instrument à Vire.
L’orgue Cavaillé-Col de la chapelle Saint-Louis à Vire a été construit en 1864. Muet depuis 70 ans et très détérioré, il pourrait être cédé en Allemagne, où il serait réparé et remonté. Mais des opposants entendent garder l’instrument à Vire. LP/Esteban Pinel

Il domine toujours avec majesté la chapelle Saint-Louis, à Vire. « Un orgue construit par Aristide Cavaillé-Coll, construit en 1864 spécialement pour ce lieu », s'enthousiasme le docteur Pascal Martin, membre du conseil de surveillance de l'hôpital et conseiller municipal d'opposition. Hélas, l'instrument a perdu de son lustre depuis longtemps déjà et son propriétaire, le Groupement hospitalier de territoire (GHT) « Les collines de Normandie » (qui regroupe les hôpitaux de Vire, Flers, Domfront, La Ferté-Macé) voit son avenir ailleurs.

« Cela fait 70 ans que l'orgue ne joue plus. Il est très délabré. Et la chapelle dans laquelle il se trouve est interdite au public à cause de sa vétusté », replace David Trouchaud, directeur général du GHT. La chapelle fait partie d'un ancien couvent des Ursulines, devenu hospice puis Ehpad. C'est d'ailleurs par une porte du service que l'on accède au clavier décrépit de l'orgue ».

« Quand je suis arrivé en 2018, je me suis penché sur l'avenir de ce bâtiment, attenant à l'hôpital de Vire, poursuit le responsable. « On estime les travaux dans la chapelle compris entre 300 000 et 500 000 €. Et pour l'orgue, entre 100 000 € et 250 000 €. Or, les crédits de la santé n'ont pas vocation à financer la rénovation d'un orgue. »

« Un vrai projet »

Aussi la direction du groupement hospitalier s'est elle mise en quête d'une porte de sortie pour l'instrument. Quelques communes françaises ont manifesté leur intérêt avant de renoncer, face aux coûts induits. Et puis, à l'été 2020, l'évêché de Mayence, en Allemagne, a fait une offre « documentée, financée, avec un vrai projet pour réparer l'orgue et le remonter dans une chapelle adossée à un Ehpad, comme à Vire ».

David Trouchaud, soutenu par la ville, a engagé les démarches administratives pour céder l'imposante pièce à titre gracieux. L'avenir du vieil orgue semblait scellé.

Mais début décembre, le projet agite la conseil de surveillance de l'hôpital. Le docteur Martin, entre autres, s'indigne du départ « d'un élément du patrimoine virois d'avant-guerre, alors que la ville a perdu beaucoup pendant les bombardements de la Seconde guerre mondiale. Il faut préserver ce qui a été épargné ».

Les opposants ont obtenu un délai pour monter un projet alternatif et garder « ce joyau, ce bijou » dans le bocage, en vue de futurs concerts et projets culturels. La clé : le financement. « La chapelle est classée monument historique. Et l'orgue en est un élément immobilier », note Pascal Martin. Il espère, si l'instrument intégrait le classement, que d'importantes subventions publiques pourraient garnir la cagnotte. « Si c'est le cas, nous pourrions compter sur 80 % des 200 000 € nécessaires à la réparation du Cavaillé-Coll ». Un dossier a été déposé auprès des autorités.

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Un scénario auquel ne croit pas la direction du GHT : « C'est le propriétaire qui peut demander un pareil classement. Et puis les subventions sont partielles et le mécénat faible en France ».

« Qu'a fait cette association pour le sauver ? »

David Trouchaud s'agace du réveil soudain des défenseurs de l'orgue. « Une association de sauvegarde de la chapelle existe. Elle est en sommeil depuis plusieurs années. Qu'a fait cette association pour sauver l'orgue ? Il n'y a pas eu un euro de mis pour sa restauration ».

Surpris par l'ampleur de la polémique, il espère que l'affaire trouvera vite son issue. Le prochain conseil de surveillance est programmé le 12 mars. Si le transfert vers Mayence est confirmé, l'imposant démontage commencera au printemps ou à l'été prochain.