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Le rebond de l’épidémie chez les jeunes, casse-tête des autorités sanitaires

La circulation du virus chez les moins de 44 ans s’intensifie et fait craindre une poussée prochaine chez les plus âgés. Les responsables de santé cherchent les clés pour enrayer ce phénomène.

 Parmi les rassemblements qui inquiètent, une rave-party non déclarée en Lozère, sur le causse Méjean, a réuni des milliers de jeunes entre le 8 et le 12 août.
Parmi les rassemblements qui inquiètent, une rave-party non déclarée en Lozère, sur le causse Méjean, a réuni des milliers de jeunes entre le 8 et le 12 août.  AFP/Pascal Guyot

Damien hausse les épaules. S'il « chope » la maladie, au mieux, dit-il, il ne s'en rendra pas compte. Au pire, il sera « K.O. quelques jours ». « Je fais attention, mais je ne vais pas gâcher tout mon été, juste au cas où, soupèse l'étudiant de 24 ans. C'est lors du retour à la fac qu'il faudra vraiment faire gaffe. »

Voici exactement le casse-tête indémêlable du cœur de l'été. Faire comprendre à la population la plus jeune son devoir immédiat de prudence, sans être moralisateur. Et alors même qu'elle est la moins à risque de développer une forme grave du Covid-19. Parmi les 30 406 personnes décédées de la maladie, 105 (dont 35, tout de même, sans aucune comorbidité) avaient moins de 44 ans.

« L'enjeu est d'expliquer que le virus qui circule actuellement chez eux va se déplacer chez les plus âgés », résume l'infectiologue Gilles Pialoux. Comment? En créant des hashtags spéciaux sur les réseaux sociaux (par exemple #TeamCheckCoude), telle l'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine? En organisant des dépistages tard en soirée, à l'image de l'ARS Occitanie? En imposant un test PCR aux moins de 40 ans, comme le préconise dans le Parisien - Aujourd'hui en France Djillali Annane, patron d'un service de réanimation depuis 15 ans?

Le refus de servir de boucs émissaires

« Non la jeunesse n'est pas irresponsable », réfutent de leur côté, dans une tribune rendue publique ce samedi 15 août, une quinzaine d'étudiants, agrégés, infirmière… âgés de 22 à 27 ans. Ne voulant pas enfiler le costume du « bouc émissaire », ils rappellent que « la jeunesse a donné sa part à la crise actuelle » et « qu'elle s'est pliée de bonne grâce aux rigueurs du confinement ». Pour Nathanaël Travier, à l'origine de cette prise de parole, les moins de 30 ans ne sont pas − pas plus que les « vieux » − un bloc monolithe.

Lui a passé ses vacances avec des amis dans les Cévennes, en respectant les gestes barrière, une attitude majoritaire, assure-t-il. « S'il y a relâchement de la vigilance, il est collectif », ajoute ce bibliothécaire parisien. Ce samedi, le Haut Conseil français de la santé publique a d'ailleurs prôné le port « systématique » du masque dans « tous les lieux clos publics et privés collectifs » pour tenter d'endiguer le regain de l'épidémie.

En attendant, le virus poursuit tranquillement sa cure de jouvence. Car c'est parmi les 15-44 ans que Santé publique France a noté ce jeudi l'augmentation la plus importante du nombre de cas.

Le rebond de l’épidémie chez les jeunes, casse-tête des autorités sanitaires

Si l'on zoome davantage, ce sont les 25-29 ans, puis les 30-34 ans qui remportent le gros lot des contaminations. En Ile-de-France, l'incidence (le nombre de nouveaux cas rapportés à la population) chez ceux qui ne sont pas encore trentenaires (20-29 ans) flambe : jusqu'à 115 cas pour 100 000 habitants. Dans les Bouches-du-Rhône, elle explose à 136, alors que le seuil d'alerte est fixé à 50.

Se protéger pour les autres, et pour soi-même

Parmi les plus jeunes, beaucoup de personnes ne sauront pas qu'elles sont infectées : 58 % des asymptomatiques ont entre 15 et 44 ans. Mais leurs proches, si. A Saint-Malo, une soirée d'anniversaire s'est ainsi soldée par un cluster en Ille-et-Vilaine. Une soixantaine de jeunes s'étaient réunis mi-juillet dans un gîte pour célébrer deux d'entre eux. C'est dire si les inquiétudes sont grandes après la rave-party illégale en Lozère. Ou après le « festival » improvisé dans un village au sud de Reims (Marne).

« Penser que la contamination des jeunes n'est pas un problème, c'est bullshit (des « conneries », NDLR), s'émeut l'infectiologue parisien Xavier Lescure. Ils ne sont pas surpuissants face à la maladie et combien ont du mal à s'en remettre? Combien d'arrêts maladies, d'études interrompues depuis mars? » A l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), on ressort les statistiques : sur les 147 patients admis ici en réanimation, 17 avaient moins de 35 ans. « C'est beaucoup, lance François Lhote, chef de médecine interne. Ils ne doivent pas se protéger que pour les autres, mais aussi pour eux-mêmes! »