Le nageur quadri-amputé Théo Curin à la conquête du lac Titicaca !

Aux côtés de deux valides, l’athlète âgé de 20 ans ambitionne de traverser le plus haut lac navigable de la planète dans sa partie péruvienne, en novembre 2021. Plus de 120 km en autonomie durant une dizaine de jours.

 Théo Curin (à gauche) va s’attaquer à la traversée du lac Titicaca avec l’ex-championne de natation Malia Metella et l’éco-aventurier Matthieu Witvoet, en novembre 2021.
Théo Curin (à gauche) va s’attaquer à la traversée du lac Titicaca avec l’ex-championne de natation Malia Metella et l’éco-aventurier Matthieu Witvoet, en novembre 2021. Eugenie Vincent

Les bassins sont désormais trop petits pour lui permettre d'accomplir ses rêves. Le jeune nageur handisport Théo Curin, amputé des quatre membres à la suite d'une méningite foudroyante contractée à l'âge de 6 ans, quitte, provisoirement, les piscines pour prendre de la hauteur et braver le mythique lac Titicaca en Amérique du Sud. Un défi à son image, hors normes, dévoilé ce jeudi et que nous présentons en avant-première.

Dans un peu plus d'un an, en novembre 2021 , celui qui est aussi mannequin et chroniqueur télé pour « le Magazine de la santé » ambitionne de collectionner les longueurs dans la partie péruvienne de la vaste étendue d'eau, soit une épopée de 8 et 10 jours et 122 « bornes »… sur le papier. « Comme on ne nage pas droit, on sait très bien que ça sera plus », sourit le beau gosse âgé de 20 ans.

Il ne s'évade pas seul dans cette galère. Pour l'accompagner, deux valides expérimentés : l'ex-championne de natation Malia Metella, 38 ans, médaille d'argent sur le 50 m nage libre aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004, et l'éco-aventurier Matthieu Witvoet, 26 ans, qui a réalisé un tour du monde à vélo et une traversée du détroit de Gibraltar à la nage pour sensibiliser sur la pollution plastique en Méditerranée.

Des températures qui oscillent entre 0 et 20°C

Le trio n'a pas choisi la facilité en mettant le cap vers la cordillère des Andes. Titicaca, plus haut lac navigable de la planète, berceau des Incas, culmine à 3800 m d'altitude. L'air y est appauvri en oxygène, pas simple donc de reprendre son souffle en plein effort. La température de l'eau, plus que frisquette, oscille entre 10 et 12 °C. Gare aux accès de chair de poule même si ces sportifs de l'extrême seront vêtus d'une vitale combinaison en néoprène!

L'expédition s'effectuera en totale autonomie, au beau milieu de la « flotte », loin des rives. Tout en nageant, le trio tractera un mini-trimaran en matériaux recyclés et recyclables. À son bord, nourriture lyophilisée, filtre à eau, habits de rechange, sacs de couchage, batteries solaires étanches, petite éolienne… Une seule couchette est possible sur la coque centrale. Mais de part et d'autre de celle-ci, un filet sur lequel sera dressée une tente pour la nuit accueillera les forçats du lac sacré. « On sera à l'abri de la pluie pour dormir », précise l'apprenti-baroudeur.

Si le mercure peut grimper « jusqu'à 20 °C » en journée à cette époque-là de l'année, il chute autour de « 0 à 5°C » la nuit. « Ce qui va être compliqué, c'est de se réchauffer quand on sortira de l'eau. Là, on ne va pas se retrouver dans un appartement ! Et l'accumulation de la fatigue au fil des jours ne va pas nous aider », redoute-t-il.

Stage de survie et immersion en altitude au programme

Le quadri-amputé mise sur la solidarité de ses coéquipiers pour relever le challenge. « Sans mauvais jeux de mots, on va devoir se serrer les coudes ! On se débrouillera tous les trois et s'entraidera partout, dans la flotte et hors de la flotte. Moi, par exemple, ma combinaison, je n'arrive pas à l'enfiler tout seul », explique-t-il. Quand ses deux compères avanceront équipés de palmes aux pieds, lui aura ce qu'on appelle des « plaquettes de nage » en haut des bras, des « mini-palmes pour davantage de poussée ».

Les entraînements démarrent dès ce vendredi, avec une virée en eau libre (et sans combinaison) dans l'Oise. Au programme également d'ici un an, une immersion en altitude dans les Pyrénées à Font-Romeu, un stage de survie en forêt, l'apprentissage d'une méthode d'un surhomme hollandais pour apprendre à plonger dans une eau glaciale ou encore des nuits en tente hypoxique avec faible taux de dioxygène pour mieux dompter les conséquences de l'altitude.

Installé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) et licencié au Lagardère Paris Racing, Théo Curin a décidé de faire l'impasse sur les Jeux paralympiques de Tokyo, repoussés d'un an et qui devraient avoir lieu l'été prochain si la pandémie de Covid-19 recule. Double vice-champion du monde sur 100 m et 200 m nage libre en 2017, il est confronté depuis plus d'un an à des « problématiques de classification dans sa catégorie de handicap » qui le font concourir avec des athlètes handisports « ayant leurs bras ou leurs jambes », ce qui le prive de toute chance de podium. « J'espère que ça va changer », confie celui qui garde « en ligne de mire » les Olympiades à Paris en 2024.