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Le couvre-feu, la nouvelle mesure contre le Covid qui va bouleverser notre intimité

C’est un nouveau quotidien qui commence. La stratégie gouvernementale consiste à limiter les contacts sociaux et donc les sorties de 18 millions de Français, avec l’instauration d’un couvre-feu nocturne à partir de minuit ce vendredi dans 9 métropoles.

 Les rues vides et chacun chez soi à la nuit tombée. Voilà ce qui nous attend les quatre à six prochaines semaines.
Les rues vides et chacun chez soi à la nuit tombée. Voilà ce qui nous attend les quatre à six prochaines semaines. LP/Olivier Boitet

L'annonce du couvre-feu lui a fait « l'effet d'une petite claque ». Alors, c'est décidé, William, la vingtaine, adepte des soirées clandestines, n'ira plus, « au moins pendant quelque temps », aux rave parties dans les bois d'Ile-de-France. « Ne plus sortir, c'est un sacrifice, mais je n'ai pas envie de faire partie de ces gens qui crient à l'atteinte aux libertés individuelles, il y a une limite entre faire la révolution et prendre le risque de voir ses parents mourir. »

Comme lui, chacun va vite devoir s'adapter à cette nouvelle vie. A compter de ce vendredi soir, minuit, le vacarme des foules va laisser place au silence des rues en région francilienne et dans huit autres métropoles entre 21 heures et 6 heures du matin durant six semaines.

Seules quelques exceptions sont prévues. Les restaurants, les commerces vont tirer le rideau comme les salles de sport. Le couvre-feu, déjà appliqué au printemps en Guyane où il a fait ses preuves, va ainsi permettre de contrer l'épidémie en folle progression depuis dix jours. Le record a été franchi hier avec plus de 30 000 cas positifs en 24 heures. Du jamais-vu depuis le déconfinement.

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Ce jeudi, le Premier ministre a ainsi détaillé le mode d'emploi des semaines à venir après le coup de massue des annonces présidentielles. Le couvre-feu lié à l'état de guerre, dans notre histoire, est désormais associé à l'état d'urgence sanitaire. Celui-ci sera également décrété ce vendredi soir à minuit, avec des mesures étendues à toute la France. Et elles vont bousculer le quotidien et l'économie. Interdiction des fêtes comme celles des mariages, pas plus de 6 à table dans les restaurants, un siège sur deux dans les lieux où l'on est assis et nombre limité de personnes dans les magasins… Aux gestes barrière s'ajoute donc la nécessité de limiter ses contacts.

« La fermeture des bars n'a pas suffi »

C'est la priorité du gouvernement. Et elle touche notre intime. « Il faut réduire le nombre de personnes que l'on rencontre dans un cercle convivial, chez soi, où l'on est rapproché, sans masque et où l'on perd le réflexe des gestes barrière, là, le risque est élevé », a averti Jean Castex. Certes, dès cet été, les regroupements étaient déjà dans le viseur « mais ils ne se sont pas transformés en grands clusters, tant les chiffres de contamination étaient bas après un confinement long et efficace », analyse Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie à l'université de Montpellier. Aujourd'hui, on n'en est plus là. « Nos extrapolations ont montré que si on ne faisait rien d'ici à la mi-octobre, on se retrouverait plus tard avec 5 000 malades du Covid en réanimation. La fermeture des bars n'a pas suffi, donc le frein supplémentaire, c'est la sphère privée. »

Et quid des transports bondés? A la différence des réunions à la maison, dans le métro, « on porte son masque et on ne parle pas », avance-t-il, précisant tout de même que le nombre de clusters est sous-estimé compte tenu de la difficulté à tracer les voyageurs. « Plus on parle fort, plus on émet des gouttelettes, plus on risque d'infecter ses proches et lors des dîners, on le sait, le niveau sonore monte avec le bruit des couverts et la musique. » Margot Bayart, vice-présidente du syndicat des médecins généralistes-MG France se souvient d'un jeune qui fêtait son anniversaire en famille sans savoir qu'il était positif. A table, deux ont été contaminés. Le premier, son voisin. Le second, sa maman qu'il avait embrassé. « Pas de bisous et même avec le masque », met-elle en garde.

Quant au nombre de convives, limités à 6, « pourquoi ne pas dire que ce chiffre est arbitraire au lieu de parler de la règle des six », s'agace Mircea Sofonea. Evitons, dit-il, les apéros tous les soirs même à 5, de voir ses grands-parents le temps que les contagions diminuent. « L'épidémie, c'est comme un feu de forêt, il faut éloigner les arbres les plus possible des uns des autres », encourage-t-il.

La pression sur l'hôpital n'est, à l'heure actuelle, plus soutenable. « Personne ne se doute de ce qu'on vit », souffle Jean-Michel Constantin, secrétaire général adjoint de la société d'anesthésie et de réanimation. A l'hôpital parisien de la Salpêtrière où il exerce, il ne reste que deux places Covid sur 56. Mais pas question de culpabiliser les jeunes d'autant qu'ils peuvent aussi être sévèrement touchés. « Je me souviens, raconte-t-il, d'un garçon de 21 ans, presque sans symptômes. Il a développé une forme grave du virus et il a fallu l'amputer des deux jambes ».