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Le bamlanivimab, nouvel espoir contre le Covid-19

L’Agence américaine des médicaments a accordé lundi une autorisation temporaire à un traitement d’un nouveau genre contre le Covid-19, à base d’anticorps de synthèse. Le président Trump avait reçu en octobre un traitement similaire.

 Le bamlanivimab se donne en une seule injection par voie intraveineuse.
Le bamlanivimab se donne en une seule injection par voie intraveineuse. AFP/Lionel Bonaventure

Un traitement pour permettre aux Etats-Unis de « tenir jusqu'à la distribution de vaccins sûrs et efficaces », selon les mots d'Alex Azar, secrétaire à la Santé américain. Ce nouvel outil dans la lutte contre l'épidémie de Covid-19 s'appelle le bamlanivimab. Développé par le groupe pharmaceutique américain Eli Lilly, il a reçu lundi une autorisation temporaire de l'Agence américaine des médicaments (FDA).

Olivier Schwartz, responsable de l'unité Virus et immunité à l'Institut Pasteur, salue « une option thérapeutique très intéressante », voire « un espoir », « si le traitement est administré tôt, avant l'aggravation des signes ».

Créé spécifiquement contre le nouveau coronavirus, ce traitement à base d'anticorps de synthèse peut désormais être administré outre-Atlantique aux malades légers et modérés. Donald Trump avait lui-même bénéficié en octobre d'un produit similaire, fabriqué par la société américaine Regeneron. « J'appelle ça un remède », avait-il vanté après son rétablissement.

Bloquer la multiplication du virus

Le bamlanivimab est jusqu'à présent « le seul traitement spécifique antiviral » autorisé, note Olivier Schwartz. L'objectif ici n'est pas de soigner les signes cliniques, mais de « diminuer la multiplication du virus précocement ».

Il se donne en une seule injection par voie intraveineuse. « C'est un anticorps généré à partir de globules blancs de patients convalescents qui a été cloné », explique le virologue. Cet anticorps monoclonal « se fixe sur la protéine spicule du coronavirus » -ou protéine Spike-, la partie externe du SARS-CoV-2 qui permet au virus d'infecter une cellule. Ainsi recouverte, « la protéine spicule ne peut plus se lier aux cellules » et le virus ne se multiplie pas.

Le bamlanivimab, nouvel espoir contre le Covid-19

Le bamlanivimab peut être administré aux Etats-Unis aux patients de plus de 12 ans, d'au moins 40 kg, qui ont « un risque élevé de progresser vers un Covid-19 sévère et/ou une hospitalisation », indique la FDA. L'autorisation délivrée pour ce traitement ne dure que pendant l'urgence de la pandémie et pourra être révoquée ensuite.

Pas de bénéfice chez les formes sévères

Mené sur 465 adultes non hospitalisés, l'essai clinique montre que le bamlanivimab a réduit la proportion de patients hospitalisés ou se rendant aux urgences dans les 28 jours suivant l'injection : 3 % dans le groupe de malades traités, contre 10 % dans le groupe de patients ayant reçu un placebo. « Il y a donc un avantage sur l'évolution de la maladie chez les personnes qui ont une forme modérée du Covid-19 », résume Olivier Schwartz.

En revanche, « aucun bénéfice n'a été constaté pour les patients qui font déjà une forme sévère de la maladie ». Le traitement est ainsi considéré comme plus efficace pendant la phase initiale de l'infection, quand les anticorps ont encore une chance de maîtriser l'envahisseur, et non pendant la deuxième phase, lorsque le danger n'est plus le virus lui-même mais la surréaction du système immunitaire qui s'attaque aux poumons et à d'autres organes.

« C'est une stratégie très intéressante en traitement administré tôt après le diagnostic, chez les personnes les plus à risque », conclut le virologue de l'Institut Pasteur, qui rappelle néanmoins que le bamlanivimab a été testé « chez un nombre restreint de patients ».

« Ce n'est qu'une phase 2, sur 500 malades. Il faut voir ce que donnera la phase 3, qui nécessite plusieurs milliers de personnes, afin de vérifier les effets secondaires et les effets du traitement sur une population plus grande. » Pour le moment, les effets secondaires recensés « relèvent de signes classiques tels que des allergies, des diarrhées et des nausées », note Olivier Schwartz.

Une étude en phase expérimentale en France

Qu'en est-il en France ? Des scientifiques de l'Institut Pasteur « explorent le même type de stratégie et cherchent à mettre au point les mêmes traitements », indique le virologue.

Une équipe « va isoler des lymphocytes B mémoires spécifiques du virus à partir du sang de patients en rémission, puis les utiliser pour permettre la production d'anticorps monoclonaux qu'elle étudiera au cas par cas, écrivait l'organisme sur son site en avril. L'équipe espère ainsi rapidement proposer des anticorps monoclonaux potentiellement thérapeutiques, et contribuer au développement d'un vaccin. »

Aucun essai clinique n'a encore été lancé, « l'étude est toujours en phase expérimentale », précise Olivier Schwartz. Mais des anticorps ont bien été identifiés et « sont en cours de caractérisation » : « Il faut maintenant comprendre comment ils se fixent sur la protéine Spike du virus, s'ils sont actifs et à quelles doses. »