L’assouplissement du protocole sanitaire dans les écoles, «une trahison» qui inquiète profs et parents

Désormais, la découverte d’un cas du variant britannique chez un élève ou un enseignant n’entraînera plus forcément la fermeture d’une classe. Un allègement du protocole sanitaire qui déconcerte aussi bien les professeurs que les parents d’élèves.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
Deux élèves de CP sur le chemin de l'école, le 2 novembre 2020, à Paris (illustration).
Deux élèves de CP sur le chemin de l'école, le 2 novembre 2020, à Paris (illustration). Olivier ARANDEL

Prenant de court parents et professeurs, le ministère de l’Education nationale a annoncé vendredi soir, en toute discrétion, un assouplissement du protocole sanitaire dans les écoles dès ce lundi, malgré la progression du Covid-19 et de ses variants sur le territoire. Désormais, la découverte d’un cas du variant britannique chez un élève ou un enseignant n’entraînera plus forcément la fermeture d’une classe, comme cela était le cas jusqu’à présent. De même, un professeur ne sera plus forcément considéré comme un cas contact si trois de ses élèves sont infectés. Seule une « étude approfondie des contacts déterminera si les personnels de la classe » doivent être considérés comme tel, précise le ministère sur son site. Autant de mesures qui surprennent, voire inquiètent nombre de professeurs et de parents d’élèves.

« Lorsqu’on entend ce qui se passe à côté de chez nous en Moselle, et qu’en parallèle, on nous demande de ne pas fermer les classes… évidemment cela ne peut que nous inquiéter », explique au téléphone Abderrahim Belghiti, professeur de mathématiques à Tomblaine (Meurthe-et-Moselle) et secrétaire général de SGEN-CFDT pour la Lorraine. « On n’a jamais défendu les fermetures de classes car on connaît trop bien leurs conséquences, mais on ne peut pas fermer les yeux si les contaminations progressent », ajoute l’enseignant. Après trois protocoles sanitaires annoncés en quelques mois et des adaptations « toujours mises en place dans l’urgence », l’enseignant pointe du doigt l’état de fragilité de ses collègues.

« En salle des profs, on se rend bien compte de la morosité ambiante : on a tous l’impression d’être dans l’obscurité, de ne pas avoir d’infos et d’être tout le temps pris de court comme aujourd’hui », ajoute-t-il. Un manque de transparence qui va de pair avec un déficit de moyens criant, estime le professeur : « On voit des élèves qui, par souci d’économie, portent le même masque toute la semaine. Le stock fourni par le rectorat n’est pas suffisant. Comment voulez-vous freiner l’épidémie si la classe reste ouverte, mais sans moyens supplémentaires ? »

« Une trahison vis-à-vis des familles et des enseignants »

De la même façon, les annonces du ministère peinent à rassurer les parents. « Ces changements d’avis en deux semaines font brouillon. On en vient à se demander ce que cherche vraiment le gouvernement », souligne Jean-Yves Guéant, président de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE) du Nord. Pour d’autres, ces « effets d’annonce » n’ont pour but que celui de « cacher la contamination dans les écoles ». « En tant que parents, on arrive à peine à y croire : alors que les variants progressent, on décide discrètement et sans aucune communication officielle, d’alléger le protocole et de garder les classes ouvertes. C’est une trahison vis-à-vis des familles et des enseignants », s’énerve Elisa* membre du collectif Ecole et Familles oubliées.

Conscient des nombreux décrochages scolaires observés lors du premier confinement, l’exécutif a répété vouloir éviter à tout prix les fermetures d’établissements. A ce jour, 1599 classes et 103 structures scolaires n’accueillent plus d’élèves en raison de cas de Covid-19, selon le ministère de l’Education nationale. « Et combien d’autres devraient fermer ? », s’interroge Elisa. « Beaucoup avancent, et à juste titre, qu’il faut maintenir les classes par souci d’égalité. C’est un enjeu extrêmement important, il est vrai. Mais regardons la vérité en face : dans certains départements où la situation se montre critique, les familles qui peuvent ne pas envoyer leurs enfants à l’école le font déjà, et celles qui n’ont pas le choix les emmènent », glisse cette mère de famille.

Ainsi, le maire de la ville de Dunkerque, Patrice Vergriete a assuré lundi à France Bleu Nord, s’attendre à ce qu’un « certain nombre de familles ne mettent pas (leurs enfants) » à l’école du fait de la progression du variant anglais dans la commune. La situation s’est « dégradée brutalement ces derniers jours » dans la ville du Nord avec « un taux d’incidence de 515 cas pour 100 000 habitants contre 384 il y a une semaine », selon la préfecture, qui maintient néanmoins les établissements ouverts. « Qu’on soit dans une région sous tension ou non, en tant que parents, on se pose forcément la question : fait-on courir un risque à notre famille en laissant le petit aller en classe ? Vivre avec cette crainte tous les jours n’est pas simple », insiste Elisa.

« Il ne suffit pas de casser le thermomètre pour faire baisser la fièvre »

L’appréhension gagne également Aude Touzain, professeure des écoles en maternelle à Salons-de-Provence (Bouches-du-Rhône) et membre du syndicat SNUIpp-FSU. Si cette quadragénaire ne craint pas la fermeture de sa classe, elle s’inquiète de voir le virus circuler entre les (très) jeunes enfants. « Le dépistage n’est pas recommandé pour les moins de 11 ans, même si la situation devrait changer avec les tests salivaires. Le virus peut donc circuler en maternelle sans qu’on le sache. D’autant que les gestes barrière ne peuvent pas se mettre en place chez les touts petits ». Lorsqu’elle a un doute sur certains élèves, Aude suggère alors aux parents d’effectuer un test. « On ne peut toutefois contraindre personne », ajoute-t-elle.

LIRE AUSSI > Covid-19 : des tests salivaires pour les enfants dès la rentrée des vacances d’hiver

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Dans ce contexte, l’institutrice s’interroge sur les motivations d’un tel assouplissement : « Veut-on alléger le protocole car le risque de contamination est moindre ou… pour faire baisser les chiffres de fermeture d’établissements ? La prolifération du virus semble pourtant s’accélérer. Pour moi, le gouvernement refuse de voir la contamination dans les écoles. C’est dommage, car il ne suffit pas de casser le thermomètre pour faire baisser la fièvre », conclut-elle.

* Le prénom a été changé