La Catalogne se souvient de l’Aiguat, la pire inondation de l’histoire

C’était il y a 80 ans, du 16 au 19 octobre 1940 : de part et d’autres des Pyrénées, un déluge avait tué 400 personnes, dont 53 côté français, et ravagé le paysage.

 Quatre jours de déluge sur la Catalogne et le Languedoc Roussillon en octobre 1940 ont fait 320 morts côté espagnol et 50 en France dont 23 sur la seule commune d’Amélie les Bains.
Quatre jours de déluge sur la Catalogne et le Languedoc Roussillon en octobre 1940 ont fait 320 morts côté espagnol et 50 en France dont 23 sur la seule commune d’Amélie les Bains.  DR

Bien pire encore que le désastre des vallées de La Vésubie et de la Roya au-dessus de Nice (Alpes-Maritimes), l'Aiguat. C'était il y a tout juste quatre-vingts ans, quatre jours d'un déluge de légende, du 16 au 19 octobre 1940, qui avaient ravagé la Catalogne, de part et d'autre des Pyrénées. Les météorologues estiment qu'il est tombé alors 2000 millimètres de pluie au m2, soit quatre fois les précipitations qui se sont abattues sur les Alpes-Maritimes. A titre d'exemple, l'instituteur de Saint-Laurent de Cerdans, tout près de la frontière, a relevé entre 840 et 900 millimètres de pluie dans son pluviomètre…

Le brutal déchaînement de toutes les rivières a tué près de 400 personnes, dont 53 côté français, notamment dans la vallée de la Tech. « La ville la plus durement touchée, c'est Amélie-les-Bains, avec vingt-quatre morts, le casino et de nombreuses villas emportés puis détruites par le courant du Tech », raconte Bernard Rieu, écrivain, ancien journaliste à L'Indépendant dans un podcast.

En Catalogne espagnole, un désastre encore plus cruel

Des tonnes de rocher sont arrachées à la montagne, les ponts et les routes sont emportés alors que la Méditerranée, poussée par un fort vent d'est freine le déversement des fleuves et de leurs affluents. Prats de Mollo et la station thermale d'altitude de La Preste, Vernet-les-bains, Prades et Perpignan ont également été touchées par la crue. Mais, de l'autre côté des Pyrénées, en Catalogne espagnole, le désastre est encore plus cruel.

On comptabilise environ 380 morts ou disparus dans ce recoin républicain de l'Espagne franquiste, qui sort à peine de trois années de guerre civile. Les villes de Campredon et de Ripoll sont défigurées, Vich et Gérone inondées. Outre Pyrénées, on recense 900 édifices gravement touchés, dont 130 ont totalement disparu. A commencer par les locaux de 5oo entreprises, dont des fleurons de l'industrie régionale implantés en bordure de rivières ou du fleuve Ter. Des dizaines d'années ont été nécessaires pour tout reconstruire.