«Les évaluations deviendront une habitude comme la photo de classe»

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, répond aux questions que se posent élèves et parents à la veille de la rentrée scolaire.

 Jean-Michel Blanquer nous a reçus dans les jardins du ministère.
Jean-Michel Blanquer nous a reçus dans les jardins du ministère.  LP/Jean Nicholas Guillo

C'est dans les jardins du ministère que Jean-Michel Blanquer nous reçoit. Il fait beau. Le ministre, le teint encore hâlé après un déplacement à Mayotte et la Réunion, paraît bien plus décontracté que lors de sa conférence de presse de rentrée trois jours plus tôt, au lendemain de la démission fracassante de Nicolas Hulot. Pour le Parisien, il a accepté de répondre aux angoisses et questions, nombreuses en cette rentrée chargée en nouveautés, des élèves et de leurs parents.

LA RÉFORME DU LYCÉE. «Je propose que l'épreuve orale terminale s'appelle le grand entretien»

La génération qui entre en seconde aura connu les nouveaux rythmes scolaires au primaire, la réforme du collège et maintenant celle du lycée. N'est-ce pas trop ?

JEAN-MICHEL BLANQUER. Il ne faut pas exagérer les conséquences des dernières réformes sur la vie des élèves. Le changement des rythmes scolaires n'a pas bouleversé leur quotidien et la réforme du collège a eu une portée limitée pour eux. Quant au nouveau lycée, c'est une chance, perçue comme telle par les lycéens qui ont d'ailleurs été consultés pour sa conception.

Pour l'instant, il y a beaucoup d'incertitudes sur ce qui va se mettre en place concrètement. Les familles et les enseignants n'en savent presque rien…

Il est normal que le sujet soulève des interrogations mais les réponses sont là. Les choses se font progressivement. La classe de seconde ne connaît pas beaucoup de modifications en cette rentrée. Les changements majeurs auront lieu en première, à la rentrée 2019. Les élèves seront amenés à choisir trois disciplines de spécialité, au lieu des séries L, ES et S qui les plaçaient jusqu'ici dans un couloir obligé. De plus, le contrôle continu aura plus d'importance, ainsi que la compétence orale.

Comment va se dérouler le choix de ces spécialités ?

Elles sont au nombre de douze. Nous allons faire en sorte que les élèves aient un large choix, autour de sept spécialités dans leur établissement ou à proximité. Les cinq spécialités restantes seront implantées de manière à rendre plus attractifs les établissements qui en ont besoin.

Quand en connaîtra-t-on le contenu ?

Début novembre, le Conseil supérieur des programmes publiera des premiers projets. Ils seront mis en consultation pendant un mois auprès des professeurs. Tout un chacun pourra y avoir accès. Les programmes seront parachevés en décembre.

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Comment s'appellera la classe de terminale ? Et le grand oral prévu dans la réforme du bac ?

Je propose que l'épreuve orale terminale s'appelle le « grand entretien ». En revanche, la « maturité », mot que l'on avait envisagé pour la dernière année de lycée, soulève plutôt du scepticisme. On reste donc pour l'instant sur le nom de terminale, mais nous allons consulter les lycéens et voir si une meilleure idée émerge.

VIDÉO. Nouveau bac : ce qui va changer pour les élèves

LES ÉVALUATIONS. «Un nouveau service public, gratuit»

Quelle est la finalité des tests de niveau que vont passer dans les prochaines semaines les enfants de CP, CE1, 6e et seconde ?

L'évaluation a un seul but : aider l'élève. Elle n'a aucune visée de sélection et encore moins de stigmatisation. En seconde, il y aura un test de positionnement en début d'année permettant de déclencher une aide personnalisée en français et en mathématiques. Les évaluations de 6e existent, elles, depuis longtemps dans un certain nombre d'établissements, mais cela se faisait de façon éparse. Nous voulons en faire un outil plus utile pour les professeurs et les élèves et quelque chose d'intéressant aussi pour les parents.

Les parents recevront-ils les résultats des évaluations de leur enfant ?

Oui, ils les auront. Les parents d'un élève de CP recevront en début et en milieu d'année un état des lieux de ce que leur enfant arrive à faire et des domaines d'amélioration. Les familles les plus aisées payent ce genre de services auprès de structures privées. Nous créons là un nouveau service public, gratuit. Cela deviendra une habitude de recevoir le bilan de son enfant, comme c'en est une de faire la photo de classe.

Une instance d'évaluation des établissements scolaires doit être créée en 2019. Les parents pourront-ils consulter les résultats ?

Le but fondamental de cette instance est surtout de créer des outils d'appréciation utiles aux établissements. Dans quelle mesure communiquera-t-on les résultats, à quel public ? Les discussions seront ouvertes, je n'ai pas de dogme là-dessus.

Pourrait-on se diriger vers un système à l'anglo-saxonne, où l'on peut comparer les performances de chaque école ?

Nous devons inventer un modèle à la française, qui permet d'être lucide, efficace et solide dans notre travail dans les établissements, et qui donne aux parents la meilleure information possible.

LES ENSEIGNANTS. «Être professeur toute sa vie, ce n'est pas une obligation»

Une réforme de la formation et de la gestion de carrière des enseignants est sur la table. Quels profils voudriez-vous attirer ?

Dans le passé, la profession était un palier de l'ascenseur social. Nous devons retrouver cela avec davantage de professeurs issus de milieux modestes. Notre capacité à recruter demain dépend aussi de notre capacité à diversifier les profils et à accompagner les vocations des jeunes étudiants. C'est pourquoi il nous faut moderniser nos voies d'accès, ouvrir les fenêtres en permettant à des personnes qui ont déjà eu un autre métier d'accéder à la carrière de professeur.

Et que fera-t-on pour les enseignants qui manifestement ne sont plus à leur place dans une salle de classe ?

La gestion des ressources humaines de proximité, que nous développons, devra être capable de mieux accompagner un professeur quand il a des difficultés, ce qui arrive à tout le monde, dans tous les métiers. Il faut aussi une formation continue plus systématique et ciblée, ainsi que des perspectives d'évolution, y compris en dehors de l'Éducation nationale. Être professeur toute sa vie, ce n'est pas une obligation ? même si c'est merveilleux quand on est heureux dans son métier jusqu'à sa retraite.

LA POLITIQUE. «Une majorité de Français sait que des réformes sont nécessaires»

Les turbulences dans le gouvernement et le remaniement peuvent-ils perturber votre calendrier des réformes ?

Les choses arrivent dans l'ordre conformément aux engagements. Il faut maintenir un rythme cohérent. Le président a été élu sur le principe d'une transformation de l'action publique et une majorité de Français sait que des réformes sont nécessaires. Le gouvernement est là pour accomplir ce qui a été annoncé.

Vous louez les bienfaits de l'évaluation. En tant que ministre, sur quel dossier serez-vous évalué ?

Le niveau des enfants à la sortie de l'école primaire dans les années à venir sera un indicateur de la réussite des politiques que l'on engage. Mais celles-ci se lisent dans un temps long. La diminution du taux d'échec en licence sera aussi un indicateur de l'impact positif de la réforme du lycée.