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«Je suis Samuel» : après Conflans, des dizaines de milliers de Français réunis contre la barbarie

Deux jours après l’attentat, de nombreux rassemblements ont eu lieu dimanche partout en France, malgré la crise sanitaire, pour rendre hommage à Samuel Paty, l’enseignant assassiné, et dire non aux atteintes contre la liberté d’expression.

 Dans la foule massée dimanche place de la République à Paris, deux jours après la mort de Samuel Paty, de nombreux enseignants.
Dans la foule massée dimanche place de la République à Paris, deux jours après la mort de Samuel Paty, de nombreux enseignants. LP/Valentin Cebron

Certains étaient déjà là il y a cinq ans, neuf mois et sept jours. Le 11 janvier 2015, ils brandissaient des pancartes républicaines pour affirmer, après la tuerie dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo, « Je suis Charlie ». D'autres, plus jeunes, manifestent ce dimanche pour la première fois. Cette fois, ils viennent dire « Je suis Samuel », « Je suis prof », « Je suis enseignante ».

Ce dimanche 18 octobre, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui se sont réunies dans toute la France, comme un acte de résistance après l'attaque terroriste qui a coûté la vie ce vendredi à Samuel Paty. Ce père de famille de 47 ans, qui enseignait l'histoire-géographie au collège du Bois d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) a été tué et décapité par un jeune de 18 ans d'origine tchétchène, qui a été ensuite abattu par la police. Quelques jours plus tôt, le professeur avait donné un cours sur la liberté d'expression et montré des caricatures de Mahomet.

VIDÉO. Hommage à Samuel Paty : « On est là pour montrer qu'on n'a pas peur »

A Lyon, où Samuel avait fait ses études et passé son diplôme pour devenir professeur. A Paris. A Marseille, Brest, Grenoble, Bordeaux, Lille, Strasbourg. Et même à Bruxelles, devant le consulat de France, partout la Marseillaise a résonné, des minutes de silence ont été observées, des fleurs ont été déposées. Le Premier ministre Jean Castex, des membres du gouvernement, des responsables de partis étaient là. Et une foule, venue en famille, entre amis, entre collègues, comme si le temps était suspendu, que l'épidémie de Covid-19 n'avait plus − pendant quelques heures − voix au chapitre.

«Un désir de faire front commun contre le danger»

Ce moment, les Français en avaient besoin. « Déjà, parce que la tristesse, lorsqu'elle est partagée, s'allège, pointe la psycho-sociologue Dominique Picard, spécialiste des rituels sociaux. Et surtout parce que face à un événement aussi révoltant, chacun a le désir de manifester sa solidarité, son indignation et de faire front commun contre le danger. » Ici, le danger, c'est l'atteinte meurtrière à la laïcité, à la liberté d'expression, à la liberté d'apprendre, d'enseigner. « Ce n'est pas un problème individuel mais un problème de société. L'attaque a été portée contre un homme, mais aussi contre l'institution éducative et les valeurs culturelles de la France », reprend la professeure émérite, qui a grandi à Conflans-Sainte-Honorine.

A Toulouse, sur la place du Capitole, une foule compacte en mémoire de Samuel Paty./AFP/Georges Gobet
A Toulouse, sur la place du Capitole, une foule compacte en mémoire de Samuel Paty./AFP/Georges Gobet  

Faire corps, s'épauler, se serrer les coudes… symboliquement car les gestes barrière restent de mise. Et ce dimanche, ce n'est pas parce que les bouches sont scrupuleusement masquées, qu'elles sont bâillonnées. A Lille ou Lyon, on entend même sur les chaînes d'infos en continu, les langues se délier, témoignant des extrémismes qui s'invitent à l'école. Des enseignantes révèlent les remontrances de parents sur leur jupe ou leur chemisier « pas assez » boutonné. Une autre, en banlieue parisienne, explique qu'un élève a menacé de lui « envoyer Daech », après un cours sur l'islam.

Cela n'étonne en rien Najwa El Haïté. Récemment, cette docteure en droit, adjointe SE (sans étiquette) dans la ville d'Evry (Essonne) posait en « une » du Figaro magazine contre l'islamisme, aux côtés de quatre autres femmes. Ce dimanche, elle manifestait à Paris sa colère. Et sa détermination. « On ne lâchera rien, prévient-elle. Face à l'islam politique qui gagne du terrain dans l'école publique, l'armée, la police, les services publics, nous opposons notre unité et notre défense absolue des valeurs de notre république. » L'élue marque une pause, secouée par l'émotion. Elle a perdu son père, immigré marocain, dans la nuit de vendredi à samedi. « Malgré cela, je suis quand même venue, parce qu'il soutenait ardemment mon combat contre le communautarisme. Je le fais pour lui, pour nous tous. »

Place de la République à Paris./LP/Valentin Cebron
Place de la République à Paris./LP/Valentin Cebron  

Déjà, avant l'hommage national prévu mercredi, d'autres rassemblements sont annoncés, notamment dans les établissements où Samuel Paty avait enseigné ces 23 dernières années. En attendant, chacun a repris le chemin de son domicile. Une cruelle réalité en chasse une autre, ce virus qui pour le deuxième soir imposait un couvre-feu à 21 heures.