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«Je m’emprisonne chez moi» : traumatisés par le Covid-19, ils redoutent une deuxième vague

Certains patients, qui subissent encore les séquelles de l’infection, plusieurs mois après avoir contracté le virus, sont particulièrement angoissés devant la reprise de l’épidémie. Témoignages.

 Paris, le 5 mai 2020. Pendant le confinement, les volontaires de la Croix-Rouge sont intervenus en renfort du Samu.
Paris, le 5 mai 2020. Pendant le confinement, les volontaires de la Croix-Rouge sont intervenus en renfort du Samu. AFP/Philippe Lopez

« A côté du Covid, la grippe H1N1 de 2009, c'était du pipi de chat. » Au printemps, Virginie, 40 ans, a « bien cru mourir du coronavirus », seule, dans sa maison en Corse. C'est donc avec inquiétude qu'elle scrute actuellement l'évolution de l'épidémie. Et les signaux ne sont pas bons. La perspective d'une deuxième vague, « je la vis très mal, je ne connais que trop bien ce virus », soupire-t-elle.

Comme pour de nombreux « Covid long », ces patients rattrapés par la maladie alors qu'ils se pensaient guéris, le traumatisme est tel que Virginie ne veut plus sortir de chez elle, de peur de tomber à nouveau malade. « Les gens qui ne portent pas de masque m'effraient. A cause d'eux, je m'emprisonne », regrette la quadragénaire corse.

Le Covid-19 l'a lourdement fragilisée. Six mois après l'infection, elle souffre encore de maux de tête « qui piquent comme des aiguilles dans le crâne », de la sensation « d'un cœur contracté » et d'une fatigue devenue chronique. « Je me sens dans la peau d'une vieille dame, je ne sais pas si je supporterais une deuxième contamination », déplore-t-elle.

La peur d'une nouvelle contamination

Peut-on attraper le Covid-19 plusieurs fois ? Et si oui, une deuxième infection sera-t-elle plus douce ? Ces interrogations sur l'immunité acquise ou non face au SARS-CoV-2 tourmentent particulièrement les « Covid long ».

Plusieurs cas de « recontamination » apparente ont été recensés. Mais les spécialistes appellent à la prudence : ces phénomènes sont très rares et d'autres hypothèses peuvent les expliquer, comme celle d'une infection de longue durée. « Au début, un individu a beaucoup de virus. Et au bout d'un certain temps, il en secréte beaucoup moins mais suffisamment pour être testé positif par PCR », nous expliquait ainsi Jean-Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Mondor, à Créteil (Val-de-Marne).

Combien de temps les anticorps restent-ils dans l'organisme et nous protègent-ils donc du virus ? Là aussi, l'incertitude demeure. « La durée de la protection, objectivement, on ne la connaît pas. Par ailleurs, certains malades ne développent quasiment pas d'anticorps. Le système immunitaire ne répond pas de la même façon chez tout le monde », détaillait le virologue Yves Gaudin, de l'Institut de biologie intégrative de la cellule (I2BC) de Paris-Saclay.

« On ne peut pas repasser par-là »

« Bref, on ne sait pas encore donc, dans le doute, je reste prudente, assène Cécilia (le prénom a été changé). On nous avait affirmé que les symptômes seraient terminés en quinze jours… Ça fait six mois que je suis malade. »

Cette mère de famille bretonne de 39 ans, grande sportive et habituée des marathons, ne veut surtout pas « repasser par ce rouleau compresseur » qui a « détruit sa vie » et l'a affectée jusque dans son travail. Chargée de communication, Cécilia nous explique avoir perdu « son job » car ses chefs lui auraient reproché de « ne pas obtenir suffisamment de résultats », alors qu'elle était souffrante.

« Le traumatisme est physique, notre corps a changé. Mais il est aussi psychique : c'est quelque chose de voir des « cosmonautes » vous transporter en unité Covid à l'hôpital. Ou de devoir se battre pour être suivis correctement sur la durée. »

Pour apaiser sa crainte d'une nouvelle infection, elle s'est mise à la méditation et a adapté sa vie au virus. « Je ne mets pas ma fille à la cantine, ni à la garderie. Avec mon conjoint, on ne prend plus le train. On se fait livrer nos courses et on évite les restaurants… Peut-être que nos mesures sont plus drastiques que la moyenne, mais on ne peut pas repasser par-là, ça a été l'enfer. »

« J'espère que les citoyens seront responsables »

Anne, une militaire de 49 ans, a contracté le virus lors d'une mission en Espagne, au mois de mars. Elle dit « avoir la chance d'être encore en vie » et ne veut « plus jamais revivre cette expérience ». Après des mois de symptômes handicapants, cette habitante de la région parisienne n'a repris le travail que lundi 28 septembre, dans un respect scrupuleux des gestes barrière.

« Je ne comprends pas les personnes qui prennent ça par-dessus la jambe. C'est peut-être difficile d'imaginer ce qu'on a vécu quand on ne l'a pas subi soi-même, mais tout de même… Il y a des témoignages de jeunes qui sont toujours malades des mois après avoir été infectés ! »

A l'heure ou certains restaurateurs marseillais doutent de l'utilité des mesures drastiques que leur impose le gouvernement et refusent de fermer, Anne s'agace : « On ne peut pas tout attendre de l'Etat. J'imagine bien que c'est difficile de fermer son commerce, mais j'espère que les citoyens seront responsables. Sinon, j'ai peur qu'on se dirige vers un reconfinement total. »