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«J’aime chasser, et alors ?» : Léo, 24 ans, assume sa passion

Jeune, urbain, Léo ne correspond pas au portrait-robot du chasseur. Alors que la chasse ouvre ce dimanche dans les derniers départements, ce franc-tireur revendique son goût pas toujours bien vu pour l’affût et s’offre une nuit de chasse traditionnelle dans la Somme.

 «Plus qu’un loisir, c’est une passion, qui me prend beaucoup de temps», explique Léo, 24 ans et adepte de la chasse.
«Plus qu’un loisir, c’est une passion, qui me prend beaucoup de temps», explique Léo, 24 ans et adepte de la chasse. LP/Philippe de Poulpiquet

À peine garé devant l'étang de la Barrette, Léo donne quelques consignes professionnelles au téléphone et vite, vite, échange ses baskets de ville et son pantalon slim contre des chaussures de marche et une tenue de camouflage visiblement neuve. Après les bouchons pour sortir de la capitale et 2 heures de route plein nord, l'ingénieur de 24 ans s'est offert une nuit « à la hutte ». Qu'importe le froid, qu'importe la pluie, se retrouver toute la nuit en pleine nature est « son plaisir perso ». Il a trouvé cette offre de chasse traditionnelle, très présente en Somme, sur le site spécialisé Journéedechasse.com, sorte d'Airbnb des adeptes du fusil.

Loïc, dans le civil ouvrier aéronautique et surtout président de l'association locale de chasseurs de gibiers d'eau qui l'accueille. Brouette à la main pour transporter fusil, munitions, mais aussi le délicieux dîner maison… les deux nouveaux meilleurs amis empruntent un petit chemin à fleur d'eau pour rejoindre la « hutte » en fait une construction tout confort avec lits, fenêtre pour viser, petite cuisine et même un distributeur de gel hydroalcoolique.

A 24 ans, Léo n'a pas le profil type du chasseur, 53 % ont plus de 55 ans et surtout les 16-25 ans représentent 5 % seulement selon les chiffres de la fédération nationale. Titulaire d'un permis depuis février, il sait bien que la chasse n'est pas politiquement correcte. « Plus qu'un loisir, c'est une passion, qui me prend beaucoup de temps, ça fait parfois un peu grincer ma copine » sourit- le jeune homme qui a grandi en Bretagne.

L'amour qu'il voue à son tout nouveau fusil, un Verney-Carron calibre 20, n'est pas du tout un héritage familial : « Mon père est très sportif, il fait du trail, de la randonnée extrême. Il est fan de nature et d'animaux mais il ne pourrait jamais tirer sur un chevreuil » s'amuse Léo qui lui a commencé la traque en école de commerce en suivant « des potes », chasseurs de génération en génération.

Un chasseur 2.0

Interdiction de la chasse à la glu, vidéo dans l es élevages de faisans destinés à être tirés, prise de bec avec les écolos… Léo connaît les dernières polémiques sur le bout des doigts et s'en amuse : « Dans des brunchs et dans des dîners, je me retrouve souvent à me justifier devant des copains véganes, tant que le débat est poli, c'est plutôt sympa » glisse-t-il.

Ce chasseur 2.0 qui poste ces parties de chasse sur les réseaux sociaux confie qu'il « adore » Willy Schraen, l'explosif et plus tradi patron de la fédération de chasse. Pour Léo, s'il y a eu du barouf autour du livre de son idole, « Un chasseur en campagne » (Albin Michel), « c'est à cause des formules choc de l'introduction signée du ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti », défend-il avec la foi du converti.

Pour le jeune homme, vigoureusement soutenu par Loïc, cette année on tire à vue sur leur passion parce que les lobbys antichasse sont très actifs : avec le référendum d'initiative populaire sur les animaux (qui comportent des articles contre l'utilisation de chiens courant pour les battues), les vidéos de L214…

Sa bête noire, le journaliste Hugo Clément qu'il a rebaptisé « Ego clément », parce qu'il a notamment usé de sa notoriété pour aider à financer des réserves interdites au fusil. À propos du cerf encerclé par une meute à Compiègne qui a ému l'opinion publique, Léo botte en touche : « La chasse à courre je ne connais pas ». Ce nouvel adepte a en revanche déjà chassé à la hutte, à l'affût, en approche, y compris du chevreuil… Sans Covid, cet hiver il aurait dû partir chasser au Sénégal avec des amis.

Des amoureux de la nature… mais qui tuent

Pour cette drôle de chasse Léo aide son hôte à installer « les appelants » : une chorale de canards de toutes sortes attachés à des petits radeaux pour attirer leurs congénères sauvages à portée de fusil. Volontiers lyriques, Loïc, « l'ancien » comme son « apprenti » décrivent des chasseurs amoureux de la nature. Depuis cette hutte camouflée sur un îlot, on tombe vite sous le charme de l'étang et du paysage. Le local de l'étape est une encyclopédie et imite à merveille le chant des canards chipeau ou sarcelle.

Léo pratique la chasse à la hutte sur un étang  de Corbie dans la Somme./LP / Philippe de Poulpiquet
Léo pratique la chasse à la hutte sur un étang de Corbie dans la Somme./LP / Philippe de Poulpiquet  

Soudain Loïc signale d'un geste de menton « A droite, il va droit sur lui ». Pas le temps de voir qui va droit sur qui… un grand « Bam » retenti à travers l'étang. Un volatile tombe à l'eau. Loïc va récupérer l'oiseau en barque, « Un jeune pigeon ramier, Léo pourra le faire cuire en cocotte avec des petits pois » sourit le chasseur en lustrant les plumes du petit corps sans vie.

Fusil cassé sur l'épaule, cagoule qui cache son visage, le tireur revient du poste de chasse où il planquait pour examiner sa prise. Quel effet ça fait de mettre ainsi à mort un animal ? « C'est une étape de la chasse mais ce n'est pas tout, répond Léo. Regardez en hutte, il y a énormément de mises en place. Et in fine, l'objectif est l'assiette, on mange ces animaux comme tous ceux qui mangent de la viande. Ce n'est pas un jeu vidéo, on ne cherche pas à tirer tout ce qui bouge, au contraire. »