Isolement et suicides : dans l’Eure, les agriculteurs se serrent les coudes

Fondée en 1992, l’association Solidarité Paysans s’implante dans le département de l’Eure. Elle peut venir en aide aux agriculteurs au fond du gouffre, à leur demande. Et tente encore d’étoffer son réseau d’entraide, comme l’explique son président local, Thierry Mangeart.

 Les agriculteurs peuvent faire appel à Solidarité Paysans quand les difficultés sur l'exploitation apparaissent.
Les agriculteurs peuvent faire appel à Solidarité Paysans quand les difficultés sur l'exploitation apparaissent. #PRESSE30

C'est le film d'Édouard Bergeon avec Guillaume Canet, « Au nom de la terre », qui a redonné un coup de projecteur à Solidarité Paysans. Alors que le générique rappelle « qu'en France, un agriculteur se suicide par jour », avec ses 1 000 bénévoles et 80 salariés, l'association fondée en 1992 vient en aide à 3 000 familles d'agriculteurs par an. Présente dans toutes les régions, Solidarité Paysans vient de s'installer au Neubourg pour couvrir l'Eure, un département caractérisé par sa ruralité.

À la suite de différentes crises agricoles, la mise en place en 1962 de la Politique Agricole Commune (PAC) européenne, visant à encadrer les prix et à moderniser l'agriculture, a rebattu les cartes. « Si cela en a conforté certains, d'autres se sont retrouvés fragilisés. Au début les petits, puis des gros. La crise est encore plus forte depuis le dérèglement du libre-échange et des prix agricoles. Alors, ceux qui ont investi beaucoup en matériels, bâtiments et mises aux normes sont autant pénalisés que ceux qui n'ont rien fait. Comme les prix n'ont jamais suivi, c'est une course en avant pour survivre. Ils doivent être au top techniquement, administrativement et financièrement. Certains ne tiennent pas ! » Ainsi dépeint le tableau local le président, Thierry Mangeart.

L'association intervient à la demande des exploitants

Il insiste aussi sur l'isolement des professionnels « de moins en moins présents dans les villages. Avant, on ne se disait pas tout, mais on discutait. Il y avait comme un soutien psychologique. Aujourd'hui, ça reste à l'intérieur et ça explose ». Alors, que ce soit pour des problèmes financiers, de gestion, de maladie ou de divorce, c'est là que Solidarité Paysans intervient « pour aider à surmonter les écueils de la vie ». Mais toujours à la demande des agricultrices ou agriculteurs qui en ressentent le besoin, « c'est indispensable, car comme les addictions, il faut une volonté d'agir. Ils restent maîtres de la situation », rappelle Thierry Mangeart.

Thierry Mangeart (à droite) et les bénévoles de Solidarité Paysans viennent en aide aux agricultrices et agriculteurs en difficulté dans l’Eure. #PRESSE30
Thierry Mangeart (à droite) et les bénévoles de Solidarité Paysans viennent en aide aux agricultrices et agriculteurs en difficulté dans l’Eure. #PRESSE30  

« Parce que des agriculteurs en activité et à la retraite ont voulu agir », les bénévoles de SP27 peuvent intervenir depuis deux ans maintenant. Une première rencontre en duo est organisée « pour se confronter à la situation et prendre les décisions nécessaires. À la sortie, avec des regards différents, les accompagnateurs échangent et mettent en place les actions nécessaires. Tout cela doit se faire dans la confiance ».

On recherche des bénévoles et un salarié

À ce jour, SP27 gère quatorze dossiers. En comité, les membres décryptent les éléments et peuvent intervenir « toujours avec l'accord de l'agricultrice ou l'agriculteur » auprès des fournisseurs, des banques ou autres services administratifs. « Nous pouvons nous présenter avec eux devant les tribunaux pour voir les solutions. Nous sommes reconnus comme une garantie morale. Notre boulot est de créer des liens. » Indispensables, les bénévoles « formés et suivis » dans l'Eure se comptent au nombre de douze pour le moment, mais le président compte bien « en trouver un par canton, soit 23. Ce serait pas mal ! ».

Solidarité Paysans 27 recherche donc d'abord « des bénévoles avec une capacité d'écoute sans prendre la place des agriculteurs. Ils doivent pouvoir analyser l'humain et la technique. Mais, surtout avoir une grande discrétion », détaille Thierry Mangeart. Mais, pour passer un cap et notamment devant des compétences juridiques de plus en plus pointues, l'association recherche un salarié : « il faudrait un ingénieur agricole pour apporter la technicité et la disponibilité. S'il a des aptitudes juridiques, c'est un plus, sinon il apprendra. Il faut surtout qu'il ait le sens associatif. Notre milieu n'est pas comme une entreprise. Le recrutement est lancé. On attend la perle rare ! ».

Solidarité Paysans 27, 6B rue de Verdun 27 110 Le Neubourg - 06.52.75.74.25 - [email protected]