Isère : six ans après, la ZAD de Roybon évacuée

Le terrain, occupé pour contester un projet touristique du groupe Pierre et Vacances récemment abandonné.

 L’entrée de la ZAD où quelques zadistes sont retranchés dans une vieille maison forestière de la forêt des Chambarans, site qui devait accueillir le Center Parcs de Roybon.
L’entrée de la ZAD où quelques zadistes sont retranchés dans une vieille maison forestière de la forêt des Chambarans, site qui devait accueillir le Center Parcs de Roybon. LP/Serge PUEYO

Les gendarmes ont procédé mardi à l'évacuation de la ZAD de Roybon (Isère), toujours occupée trois mois après l'abandon par le groupe Pierre et Vacances d'un projet touristique contesté. Ce sont 250 gendarmes qui ont investi au matin ces lieux devenus, depuis six ans, une « zone à défendre » (ZAD) contre le projet de Center Parcs.

En appui des huissiers et accompagnés des services de secours, ils ont évacué « dans le calme » les différentes habitations, dont la principale, une maison forestière baptisée « Marquizad », a indiqué le général Yann Tréhin. Il y avait « 22 occupants sans droits ni titre », indique le préfet de l'Isère Lionel Beffre sur France Bleu Isère. Des personnes ont été ramenées en bus à Grenoble tandis que d'autres sont parties par leurs propres moyens.

Un mandat de recherche mis à exécution

Trois ont été placées en garde à vue selon le parquet : deux - toujours en cours - pour usage de stupéfiants et détention de munitions, une troisième pour refus de prise d'empreintes sanctionnée par une amende de 300 euros.

L'opération a par ailleurs permis la mise à exécution d'un mandat de recherche émis dans le cadre d'une procédure ouverte pour viol par un juge extérieur au ressort grenoblois, a précisé le procureur Eric Vaillant. Sur place, les travaux de démolition et de remise en état des lieux ont commencé et pourraient prendre plusieurs jours sous la surveillance des gendarmes. Une trentaine de carcasses de véhicules doivent aussi être évacuées.

Une ordonnance d'expulsion avait été sollicitée par les différents propriétaires (État et propriétaires privés) et le juge avait donné son accord le 5 octobre. L'abandon du projet par Pierre et Vacances, annoncé le 8 juillet, a laissé sur leur faim les collectivités locales qui ont longtemps vu là une opportunité de développement économique et d'emplois locaux.

« Retrouver une certaine sérénité »

D'un montant de 390 millions d'euros, il prévoyait la construction dans la forêt de Chambaran de mille cottages, de commerces et de restaurants autour d'un espace aquatique - une bulle transparente maintenue à 29 degrés avec piscines, toboggans et jacuzzis.

Le groupe a justifié sa décision par les multiples recours d'opposants, l'enlisement des procédures judiciaires, l'occupation illégale du site et la caducité de l'autorisation de défrichement indispensable à la réalisation du projet.

Pour le maire de Roybon, Serge Perraud (UDI), « c'est une bonne chose que l'évacuation soit réalisée […] c'était important que l'on retrouve une certaine sérénité ». « Mais pourquoi ça n'a pas été fait il y a 6 ans ? », a-t-il ajouté, regrettant que l'Etat de droit fonctionne « quand ça n'intéresse plus personne ».

L'avenir du site ? « On verra ce qu'il est possible de faire », dit le maire. Le terrain appartient toujours à Pierre et Vacances, qui a récemment mandaté la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer) de l'Isère pour étudier les différentes options de cession.

Le maire a indiqué qu'il souhaitait que la vente se fasse pour un euro symbolique, « compte tenu des dommages collatéraux de cette affaire ». « Nous n'étions pas informés de cette demande », indique-t-on chez Pierre et Vacances. Après cette « débandade », Roybon veut « passer à autre chose » : la commune a été certifiée « station verte » en juillet et les élus entendent « redonner un attrait » à ce village « lové dans le triangle des Bermudes Lyon-Grenoble-Valence ».