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Ile-de-France : pourquoi vous ne trouvez pas de vaccins anti-grippe dans votre pharmacie

Face à la ruée des Franciliens sur les vaccins contre la grippe saisonnière, les pharmacies sont en rupture de stock, même pour les publics prioritaires. L’Etat assure que de nouvelles doses arriveront dans les prochaines semaines.

 Alors que la campagne vaccinale a débuté le 13 octobre, de nombreuses pharmacies sont tombées en rupture de stock dès les premiers jours. Malgré leur bon de l’’assurance maladie, même les personnes vulnérables ne parviennent pas à en trouver.
Alors que la campagne vaccinale a débuté le 13 octobre, de nombreuses pharmacies sont tombées en rupture de stock dès les premiers jours. Malgré leur bon de l’’assurance maladie, même les personnes vulnérables ne parviennent pas à en trouver. LP/Aurélie Foulon

« Je n'ai jamais vu ça en six ans, les gens deviennent fous! » lâche Erika, pharmacienne à Paris. C'est la même razzia sur les vaccins anti-grippe dans toute l'Ile-de-France. « On a vendu en trois jours ce qu'on vendait en un mois et demi l'an dernier », illustre Pierre Béguerie, président du conseil de l'ordre des pharmaciens d'officines. « Au bout d'une semaine, plus de 60 % des pharmaciens n'avaient plus de vaccins… »

Depuis le début de campagne, le 13 octobre, plus de 1,29 million de doses ont été vendues dans les pharmacies franciliennes, soit une hausse de 57 % comparé à la même période en 2019.

Ile-de-France : pourquoi vous ne trouvez pas de vaccins anti-grippe dans votre pharmacie

Guy, 60 ans, en a fait les frais. Et ce n'est pas faute d'avoir anticipé. Depuis qu'il a « une aorte en plastique », il reçoit chaque année un bon de la sécu pour l'inciter à se faire vacciner contre la grippe saisonnière. « Le médecin m'avait dit que ça pouvait attendre le 5 novembre, c'est le moment où le virus commence à circuler, pour atteindre le pic à Noël, rapporte le retraité de Seraincourt (Val-d'Oise). Donc je voulais l'acheter et le mettre au frigo. Je suis allé à ma pharmacie habituelle le vendredi 16 octobre, soit trois jours après le début de la campagne. Mais je suis tombé sur une affichette : pas de vaccin. J'ai demandé qu'on m'en mette un de côté, mais elle m'a dit : Pas la peine, on n'en a plus et pas de commande possible ! »

Il a fini par trouver une dose dans « une petite pharmacie d'un patelin de l'Eure » où le vaccin lui a été délivré après vérification de sa carte vitale pour s'assurer qu'il fait bien partie du public prioritaire. « Mais pour mon voisin, qui a des stents dans les artères, c'est cuit. Il y a une telle pénurie, il n'en trouve pas, s'inquiète Guy. Le médecin m'a dit que c'était pire que pour les masques au début de la pandémie. »

Considéré comme vulnérable à cause d’un problème cardiaque, Guy, 60 ans, a reçu un bon de la CPAM pour se faire vacciner contre la grippe. Confronté à la pénurie de vaccins, il en a finalement trouvé un par hasard dans une petite officine d’un village de l’Eure. LP/A.F.
Considéré comme vulnérable à cause d’un problème cardiaque, Guy, 60 ans, a reçu un bon de la CPAM pour se faire vacciner contre la grippe. Confronté à la pénurie de vaccins, il en a finalement trouvé un par hasard dans une petite officine d’un village de l’Eure. LP/A.F.  

Dans l'Oise, Marie-Jo, 74 ans, a fait chou blanc, elle aussi. Dès le 15 octobre, son courrier de la sécu en main, lui expliquant que c'était encore plus important cette année avec le Covid, elle a fait le tour des pharmacies… en vain. « Il n'y en a plus dans tout Beauvais. J'ai laissé mon numéro de téléphone au pharmacien, et je n'ai toujours pas de réponse », soupire-t-elle.

Le fabricant Sanofi explique que la fabrication d'un tel vaccin, c'est une course contre la montre ». « Cela prend six à sept mois », indique ce fabricant qui indique avoir produit « 250 millions de vaccins saisonniers dans le monde en 2020, et 20 % de doses en plus que l'an passé en France ». Pas encore suffisant visiblement.

Colère du maire de Gennevilliers

Pour le maire de Gennevilliers, Patrice Leclerc (PCF), « il y a un manque d'anticipation flagrant et une gestion peu sérieuse en période de pandémie ». Vendredi, il s'est fendu d'un courrier au préfet des Hauts-de-Seine. « Tous les ans, nous lançons une campagne de vaccination destinée à nos employés municipaux, écrit-il. Impossible, cette année, de trouver des vaccins. Sans vaccin, on accroît le risque « de voir baisser l'offre de soin, de perturber le fonctionnement du centre municipal de santé et de voir dysfonctionner le centre Covid dédié. »

« Il fallait prévoir davantage de vaccins dès l'arrivée du Covid, gronde le Dr Guirec Loyer, patron du centre municipal de santé de la ville. On est en première ligne quand même. C'est comme aller au front sans être suffisamment armé… »

Mais les agents municipaux ne sont pas prioritaires, rétorque un agent de l'assurance maladie. Dans son avis du 20 mai, la Haute Autorité de Santé rappelait la nécessité « de veiller à ce que les doses de vaccins disponibles couvrent en priorité la population ciblée », c'est-à-dire celles souffrant de certaines pathologies chroniques, âgées de plus de 65 ans, ou les femmes enceintes. Pour l'assurance maladie, protéger les personnes à risque, c'est aussi préserver le système de santé déjà en forte tension avec le Covid.

«Prise de conscience des assurés»

Le public prioritaire, ciblé par davantage de bons (2,5 millions de Franciliens) ne s'y est pas trompé. « On voit nettement la prise de conscience des assurés qui cette année se vaccinent pour éviter la grippe et ses complications sévères qui entraînent des hospitalisations », résume Aurélie Combas-Richard, directrice générale de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) en Seine-Saint-Denis, où 29,4 % de personnes fragiles se sont fait vacciner avant novembre, contre 12,9 % l'an passé à la même date, alors même que la Seine-Saint-Denis est le département d'Ile-de-France où l'on se vaccine le moins contre la grippe (36,9 % en 2019, contre un taux régional à 43,8 %).

Crise sanitaire oblige, la caisse d'assurance maladie a même reporté sa campagne de vaccination interne, à destination des agents. Mais ce n'est pas le cas partout, comme en témoignent les vaccinations qui ont continué dans certaines entreprises, peu importe l'âge ou la santé du public. « Comme je n'ai pas pu avoir ma livraison habituelle, je fais le tour des pharmacies pour en récupérer 30 ici, 50 là… explique Claude (le prénom a été modifié), infirmière en entreprise. Notre boulot, ça reste de faire de la prévention et d'éviter les contagions. » Les pharmaciens qui acceptent de lui vendre quelques dizaines de doses, ne lui réclament même pas de carte professionnelle.

Grippe et Covid : attention à la co-infection

« Cette année, il y a plein d'autres gens qui veulent se faire vacciner, estime Emmanuel Siou, président des pharmaciens du Val-d'Oise. Des cadres ou responsables qui ne veulent pas tomber malades, ceux qui pensent que le vaccin pourra peut-être les prémunir du coronavirus … Et qui passent avant les prioritaires. Moi, c'est simple, je n'ai pas été livré. L'Etat a bloqué ma commande pour faire son stock! »

Des vaccins qui seront distribués au fil des semaines

Ce stock d'Etat est une première, indique le ministère de la Santé. « 1,45 million de doses sont déjà assurées, indique le ministère de la Santé. Ce stock permettra progressivement de mettre en circulation des doses de vaccins à compter de la mi-novembre, le volume le plus important est attendu à la mi-décembre. »

Le ministère de la Santé précise que des enquêtes sont en cours pour évaluer le besoin dans les établissements de santé et les Ehpad afin de vacciner les publics très prioritaires : 1,5 million de professionnels et 600 000 résidents. Sanofi indique avoir fait importer des doses américaines, « FluzoneHD » destiné aux plus de 65 ans, surtout, pour contribuer à ce stock national, dont les modalités de répartition restent encore à préciser. En attendant, Marie-Jo attend toujours un appel de son pharmacien…