Haute-Loire : un membre de la famille d’accueil d’un jeune Malien hospitalisé en pleine grève de la faim

Eric Durupt, qui accueille depuis deux ans Madama Diawara avec sa compagne, est en grève de la faim depuis 17 jours. Il a été conduit ce lundi aux urgences après un malaise survenu à la préfecture.

Illustration. Les pompiers ont reçu pour consigne d'un médecin du Centre hospitalier Émile-Roux de conduire Eric Durupt aux urgences.
Illustration. Les pompiers ont reçu pour consigne d'un médecin du Centre hospitalier Émile-Roux de conduire Eric Durupt aux urgences. LP/Olivier Boitet

Un enseignant en grève de la faim depuis 17 jours, qui abrite à son domicile un jeune Malien menacé d’expulsion, a été hospitalisé après un malaise, lundi, au Puy-en-Velay Haute-Loire), selon son comité de soutien. Eric Durupt était venu dans la matinée avec sa compagne Véronique de Marconnay, également enseignante, accompagner Madama Diawara à la préfecture de la Haute-Loire. Le couple héberge le jeune homme depuis deux ans.

Après avoir été refoulé de la réunion prévue avec les services de préfecture, Eric Durupt se serait alors indigné avant de se sentir mal, et d’être conduit aux urgences, toujours selon le comité de soutien. Lors de l’entrevue à la préfecture, Madama Diawara s’est vu notifier un refus de titre de séjour et de titre de travail et une prochaine obligation de quitter le territoire français. « On lui a précisé que le dossier était clos et qu’il ne serait pas régularisé », a indiqué son épouse, indiquant avoir consulté une avocate pour porter l’affaire sur le terrain judiciaire.

Sur décision du préfet de la Haute-Loire, Éric Etienne, un cordon de police avait été mis en place pour empêcher le couple d’accompagner le jeune homme. Dans un communiqué, le représentant de l’Etat justifiait cette interdiction par les « propos indignes et révoltants à l’endroit de l’Etat et de ses représentants » tenus par le couple.

Des excuses publiques réclamées par le préfet

Le préfet visait, notamment, des propos tenus par Eric Durupt sur le site Internet d’un quotidien régional, affirmant que « le refus de délivrance d’une carte de séjour, sur présentation de fausses pièces d’état-civil, est du racisme de l’Etat ». Il visait aussi les déclarations de sa compagne qui, sur une radio locale, selon le préfet, « établissait clairement un parallèle entre le jeune Malien en situation irrégulière et le martyr des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale qui fuyaient la logique implacable de déportation et de mort du régime nazi ».

En conséquence, le préfet réclamait « des excuses publiques et le retrait pur et simple de ces allégations infondées ». Dans l’attente, il annonçait vouloir recevoir « le jeune Diawara » accompagné seulement d’un interprète. Interrogée par l’AFP, Véronique de Marconnay a indiqué ne pas avoir eu connaissance de la demande du préfet avant la rencontre prévue.

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« Sous l’accès du choc psychologique, de la colère, Eric a crié devant la préfecture qu’il allait poursuivre sa grève de la faim et qu’il allait arrêter de boire », a indiqué l’enseignante. « Depuis, je n’ai pas eu la possibilité d’en parler avec lui. On peut dire avec certitude qu’il ne va pas arrêter sa grève de la faim. Pour l’eau, peut-être se laissera-t-il convaincre, ne serait-ce que pour tenir ».

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Une nouvelle mobilisation du comité de soutien est prévue mercredi matin dans le centre-ville du Puy-en-Velay, avec le soutien de Sud Éducation et le Réseau éducation sans frontières (RESF). Une pétition lancée par le couple a recueilli plus de 32 000 signatures.

Interrogée, la préfecture n’a pas souhaité commenter le fond de l’affaire.