Hausse des hospitalisations et des décès liés au Covid-19 : faut-il s’inquiéter ?

Les courbes des admissions à l’hôpital et en réanimation, ainsi que celle des décès quotidiens, suivent une pente légèrement ascendante depuis quelques semaines. C’était attendu, estiment les épidémiologistes. Décryptage.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Une soignante à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis (93), le 13 août 2020.
Une soignante à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis (93), le 13 août 2020. LP/Philippe de Poulpiquet

Une remontée lente mais continue, jour après jour, depuis quelques semaines. Voici ce que l'on observe sur les courbes des nombres d'admissions à l'hôpital, en réanimation, et de décès à l'hôpital à cause du Covid-19.

Dans le détail, selon les chiffres de Santé publique France, 4 586 patients sont hospitalisés et 418 sont en réanimation ce mardi 1er septembre. Sur la semaine écoulée (afin de lisser les écarts statistiques en raison de la sous-déclaration le week-end ), 199 patients en moyenne ont été admis à l'hôpital chaque jour, et 31 l'ont été en réanimation. Soit, respectivement, 2,7 et 3,3 fois plus que le niveau le plus bas, atteint le 14 juillet.

Hausse des hospitalisations et des décès liés au Covid-19 : faut-il s’inquiéter ?

Bien sûr, on reste à des niveaux extrêmement éloignés de ceux atteints début avril (environ 3 500 admissions à l'hôpital et 700 en réanimation en moyenne hebdomadaire). Mais cela incite tout de même à la vigilance. « Le nombre de personnes hospitalisées y compris en réanimation commence à augmenter, certes à des niveaux moindres, mais ça augmente. Cassons cette dynamique ! » a d'ailleurs exhorté le ministre de la Santé, Olivier Véran, le 23 août.

Concernant les décès en milieu hospitalier, 29 ont été recensés en 24 heures lundi et 19 en 24 heures ce mardi 1 er septembre. En moyenne sur les sept derniers jours (le chiffre du lundi est toujours surestimé), on atteint près de 16. Sois près du double du seuil bas atteint le 10 août après quatre mois de baisse continue (on partait de plus de 500 début avril).

Hausse des hospitalisations et des décès liés au Covid-19 : faut-il s’inquiéter ?

Comme si le nombre de nouveaux cas, qui remonte assez fortement depuis le début du mois de juillet (la Direction générale de la santé évoque même une « dynamique de progression de l'épidémie exponentielle ») s'était ensuite légèrement répercuté sur les entrées à l'hôpital puis les décès.

« C'était tout à fait attendu »

Ce constat n'étonne pas les épidémiologistes interrogés par Le Parisien. « C'était tout à fait attendu. L'épidémie redémarre, on a jour après jour de plus en plus de cas et on sait qu'il y a, mécaniquement, un délai entre les infections et les hospitalisations puis les décès », indique Pascal Crépey, de l'École des hautes études en santé publique à Rennes.

Si les admissions à l'hôpital n'augmentent pas au même rythme que les cas quotidiens, loin de là, cela pourrait s'expliquer notamment par le fait que l'on dépiste massivement (plus de 900 000 tests par semaine désormais), avec une bonne partie d'asymptomatiques. Une autre raison possible vient du profil plus jeune (et donc moins à risque de faire une forme grave du Covid-19) des individus positifs.

Newsletter Un tour de l'actualité pour commencer la journée
L'essentiel du matin
Toutes les newsletters

Aujourd'hui, le nombre de reproduction R, que l'on peut définir schématiquement comme étant le nombre de personnes qu'un individu va contaminer en moyenne, s'élève à 1,38 au 22 août. Il était au-dessus de 3 au début du mois de mars, avant le confinement. « Le rythme de croissance de l'épidémie est beaucoup moins soutenu qu'au début de la première vague donc la remontée des nombres d'admissions et de décès va se faire selon une pente beaucoup plus douce », explique Pascal Crépey.

Capacité de 12 000 lits en réanimation

Le nombre de lits occupés en réanimation semble également entamer une légère remontée depuis le début du mois d'août, tandis que celui dans les services hospitaliers « classiques » poursuit une lente baisse, en raison des sorties qui sont nombreuses.

Gare cependant. Mircea T. Sofonea, maître de conférences en épidémiologie des maladies infectieuses à l'université de Montpellier, estime qu' « il n'y a pas de raison » que les courbes se stabilisent « car le virus ne va pas circuler seulement parmi les jeunes et il risque d'être amené dans des endroits où il ne circulait avec la fin des vacances ». Selon lui, si le R reste au niveau actuel ces prochaines semaines, « on risque d'atteindre 5 000 lits en réanimation occupés fin octobre ».

Signe que cette menace est prise très au sérieux au sommet de l'Etat, Jean Castex et Olivier Véran ont longuement détaillé des mesures déjà prises, lors d'une conférence de presse jeudi 27 août. Les hôpitaux français ont désormais une capacité de 12 000 lits en réanimation, soit « deux fois plus de patients » que le maximum atteint en avril, a garanti le ministre de la Santé. Des médicaments de réanimation ont été commandés afin d'être « en mesure d'en fournir à 29 000 malades », a-t-il ajouté.

Une « vaguelette » ?

Pour éviter d'en arriver à des besoins aussi importants, la priorité doit être de maintenir un dépistage intensif tout en réduisant au maximum les délais d'obtention des résultats. Médecins et scientifiques s'inquiètent d'ailleurs que ceux-ci se rallongent dans certains secteurs. De même, l'application des gestes barrière et notamment du port du masque, désormais obligatoire dans de plus en plus de grandes villes en extérieur ainsi qu'en entreprise, est primordiale.

Hausse des hospitalisations et des décès liés au Covid-19 : faut-il s’inquiéter ?

« On va avoir une augmentation des hospitalisations dans les jours à venir, […] ça va rediminuer grâce aux mesures qu'on a mises en place aujourd'hui », a d'ailleurs estimé l'épidémiologiste Martin Blachier vendredi sur France 5. Ce spécialiste de santé publique parle d'une « vaguelette » à venir. Et de conclure : « Ce qui me fait peur, ce serait une panique totale des politiques, médecins, gens disant que c'est la catastrophe et qu'il faut tout refermer, tout arrêter. »