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Handicap : «Les familles ont droit à une information transparente», soutient Sophie Cluzel

La secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées nous annonce la création d’un outil qui va permettre aux usagers de connaître les délais de traitement des dossiers et peut-être, par ricochet, accélérer les procédures.

 « Sur les délais d’attente pour le traitement des dossiers, le baromètre montre des écarts difficilement supportables pour les usagers », assure Sophie Cluzel.
« Sur les délais d’attente pour le traitement des dossiers, le baromètre montre des écarts difficilement supportables pour les usagers », assure Sophie Cluzel. LP/Frédéric Dugit

Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées, nous annonce la mise en place d'un outil qui va permettre aux particuliers de consulter des données sur les 104 Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). Ces informations, notamment sur les délais pour faire valoir leurs droits, n'étaient jusque-là pas publiques.

Pourquoi créer un baromètre des Maison départementales des personnes handicapées ?

SOPHIE CLUZEL. Je reçois beaucoup de lettres de familles exprimant leurs difficultés dans l'accès à leurs droits, et qui déplorent notamment la lenteur du traitement de leurs dossiers. Le président de la République en reçoit beaucoup aussi. Or depuis 2017, je m'emploie à améliorer la politique du handicap, à simplifier la vie des gens et leur quotidien en apportant des solutions concrètes. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé, avec Dominique Bussereau, président de l'Assemblée des départements de France, de publier ce jeudi 15 octobre un baromètre des 104 Maisons départementales des personnes handicapées, afin que les Français puissent apprécier leurs performances en toute transparence.

En quoi ce baromètre va-t-il consister ?

Il est accessible en ligne pour tous (sur le site de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie ). Avec quatre thématiques différentes, les Français ont accès à des données très concrètes, département par département. Quels sont les délais de traitement des dossiers? Quel est le pourcentage d'octroi des droits à vie, notamment la carte mobilité inclusion, l'allocation adulte handicapé? Quel est le niveau d'activité de chaque MDPH? Quelle est la satisfaction de l'usager? Pour optimiser le service rendu, c'est un outil utile aussi bien aux professionnels des MDPH qu'aux usagers.

Quel est le but de votre démarche ?

Les familles ont droit à une information transparente. Jusqu'à présent, ces données n'étaient pas publiques et j'ai souhaité impulser une profonde évolution des pratiques. Car, pour moi, « améliorer » rime avec « mesurer ». Sur les délais d'attente pour le traitement des dossiers par exemple, le baromètre montre des écarts difficilement supportables pour les usagers. Dans certains territoires, ce n'est que deux mois, mais ailleurs c'est presque neuf mois. Ce n'est pas acceptable. La loi prévoit qu'un dossier doit être traité au maximum en quatre mois. L'équité territoriale est une notion très importante que je veux faire respecter.

Pourquoi avoir fait un tableau spécifique sur les différences d'octroi des « droits à vie » ?

L'obtention des « droits à vie » est un des grands marqueurs de ma politique du handicap. Pour les handicaps irréversibles, il fallait jusqu'à l'an dernier justifier régulièrement son handicap, dans le cadre de démarches administratives trop lourdes. Une personne aveugle devait régulièrement prouver qu'elle était toujours aveugle! Même chose pour le polyhandicap ou la trisomie 21. Depuis que j'ai instauré l'obtention des « droits à vie », la simplification du quotidien est au rendez-vous. Mais encore faut-il s'assurer que les MDPH les accordent rapidement de façon effective. C'est loin d'être encore le cas partout. Une des thématiques du baromètre permettra donc de connaître le pourcentage d'octroi de ces droits, département par département.

Comment expliquer ces différences d'efficacité d'une MDPH à l'autre, comme le montrent les enquêtes de satisfaction ?

Certaines sont très performantes, d'autres sont en retard, c'est une réalité. Avec la feuille de route MDPH2022, ma priorité est d'obtenir une amélioration du service rendu. Mais je ne veux jeter la pierre à personne et l'objectif est de tous ensemble améliorer l'accompagnement des personnes handicapées et de leurs aidants. Par exemple, certaines MDPH ont été pénalisées pendant longtemps par des systèmes d'information obsolètes qui n'avaient connu aucune évolution en quinze ans. Dorénavant, elles peuvent s'appuyer sur un outil d'information unifié. De plus, l'Etat abonde le budget global des MDPH de 25 millions d'euros supplémentaires afin que, dans dix-huit mois, à l'horizon 2022, il y ait une équité réelle de l'offre du service public sur tout le territoire. Le but est d'améliorer la vie des personnes handicapées et de leurs proches.