Grippe aviaire H5N8 : cinq minutes pour comprendre l’infection d’humains en Russie

Ces infections d’humains au virus H5N8, en contact étroit avec des volailles, seraient les premières du genre. Mais les autorités sanitaires le rappellent : les cas d’infection vers les humains sont rares, et on ne connaît, pas, à ce stade, de cas de transmission inter-humaine.

Le virus H5N8 sévit depuis le début de l'hiver dans des élevages de volailles en Europe. (Illustration)
Le virus H5N8 sévit depuis le début de l'hiver dans des élevages de volailles en Europe. (Illustration) AFP / Olaf Kraak

Alors qu’elles restent mobilisées sur le front de la pandémie de Covid-19, les autorités sanitaires mondiales surveillent désormais de près un autre virus : le H5N8. Ce samedi, la Russie a annoncé avoir détecté le premier cas de transmission de ce virus de la grippe aviaire à l’humain, virus qui sévit également dans des élevages en France depuis le début de l’hiver. Une découverte si « importante » que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en a immédiatement été avertie, et lancé une étude sur l’impact sur la santé publique. Quel est ce virus ? Quels sont les risques ? Explications.

C’est quoi le virus H5N8 ?

Le virus H5N8 appartient à la famille des virus de la grippe A, qui causent la grippe aviaire et qu’on retrouve donc principalement chez les oiseaux. Ces virus sont des sous-types dénommés par les antigènes qui les composent, avec les lettres « H » et « N ». Selon l’Institut Pasteur, ceux qui causent la grippe aviaire sont surtout les sous-types H5, H7 et H9. « Cette infection peut toucher presque toutes les espèces d’oiseaux, sauvages ou domestiques. Elle est généralement asymptomatique chez les oiseaux sauvages, mais peut devenir fortement contagieuse et entraîner une mortalité extrêmement élevée dans les élevages industriels de poulets et de dindes, d’où son nom de « peste aviaire » ou d’« Ebola du poulet ». », détaille l’institut.

La grippe aviaire, dans des cas plus rares, peut toucher « d’autres espèces animales comme le porc et d’autres mammifères, dont l’homme ». Selon l’OMS, l’homme peut notamment déjà être infecté par les virus de la grippe aviaire des sous-types H5N1, H7N9 et H9N2. Cependant, jusqu’à l’annonce, samedi, d’une contamination vers l’humain en Russie, le sous-type H5N8 n’était pas considéré comme transmissible à l’Homme, comme l’indique une note du ministère de l’Agriculture.

Comment ce virus H5N8 s’est-il transmis à l’être humain ?

Les cas de grippe aviaire surviennent après un contact direct avec des volailles infectées, toujours selon l’Institut Pasteur. Dans le cas du H5N8 en Russie, les sept personnes contaminées l’ont été dans une usine de volailles du sud du pays, où une épidémie de grippe aviaire a touché les animaux en décembre 2020, selon l’agence sanitaire russe Rospotrebnadzor. L’agence précise que les malades « se sentent bien » et n’ont pas de complications.

Ces contaminations d’humains sont-elles fréquentes ?

Si cette infection est confirmée, « ce serait la première fois que le H5N8 infecte des humains », assure l’OMS, qui rappelle que, généralement, la transmission de la grippe aviaire à l’homme est un fait rare. Cependant, ce virus « doit être surveillé » car il a un potentiel de mutation, prévient l’organisation.

Gwenaël Vourc’h, directrice de recherche à l’INRAE, précise que ces types de virus de grippe aviaire « sont connus pour évoluer assez rapidement ». « Pour le H5N8, il n’y avait pas à ce jour de transmission à l’homme, mais c’est dans l’ordre du possible de l’évolution virale », a-t-elle ajouté. « Il y a peut-être eu d’autres cas que l’on n’a pas vus, surtout s’il fait peu de symptômes », ajoute l’experte, pour qui les sept cas découverts en Russie ne pourraient être que « la pointe de l’iceberg ».

Ce virus peut-il se transmettre d’humain à humain ?

En principe, non. Si la souche H5N8 a « franchi la barrière interespèce » en se transmettant de l’oiseau à l’homme, « ce variant du virus ne se transmet pas d’une personne à l’autre à l’heure actuelle », a assuré Anna Popova, directrice de l’agence sanitaire russe Rospotrebnadzor, qui a relevé les premiers cas de virus H5N8 chez des humains.

Quel lien avec les cas de grippe aviaire signalés en France ?

La souche H5N8 de la grippe aviaire sévit actuellement dans plusieurs élevages dans des pays européens, dont la France : 466 foyers ont été détectés à ce jour, et plus de trois millions de volailles ont été abattues, ce qui a entraîné « un net ralentissement » de l’épidémie depuis plusieurs semaines. La stratégie d’abattage sera maintenue pour limiter la progression du virus, selon le ministère de l’Agriculture.

A ce stade, le virus de la grippe aviaire H5N8 présent sur des volailles en France ne présente « pas de risque de transmission à l’Homme », assure le gouvernement, qui indique tout de même que des comparaisons sont en cours avec le virus ayant contaminé des personnes en Russie. « A ce jour, 130 séquences virales complètes ont ainsi été obtenues. Aucune des analyses réalisées par l’Anses (NDLR : agence de sécurité sanitaire) n’a montré de propriétés laissant craindre un risque de transmission à l’Homme du virus de l’influenza aviaire présent sur des volailles en France », selon un communiqué des ministères français de l’Agriculture et de la Santé. « Les résultats de la comparaison des séquences du virus russe et des virus circulants sur notre territoire seront communiqués dès que possible », ont ajouté les ministères.

L’agence Santé Publique France et le Centre National de Référence des virus respiratoires, observatoire qui centralise les informations à l’échelle nationale, « ont également été saisis pour conduire conjointement cette analyse de risque », indique le communiqué.

Y a-t-il un risque d’épidémie ?

Selon les premières données communiquées par la Russie, aucune contamination d’homme à homme n’a été détectée. Il n’y a pour l’instant pas de risque d’épidémie en termes de contaminations interhumaines. Reste le risque de contaminations de l’homme à l’animal, qui est encore à évaluer. Le laboratoire d’Etat russe Vektor, à l’origine de la découverte, a estimé qu’il faut « aujourd’hui commencer à développer un système de test qui permettra de détecter rapidement les cas de cette maladie chez l’homme » et de « commencer le travail » en vue d’un vaccin.

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De son côté, l’Organisation mondiale de la santé affirme « être en discussion avec les autorités (russes) pour recueillir plus d’informations et évaluer l’impact de cet événement sur la santé publique ». Pour l’organisation, la circulation de certains variants de la grippe aviaire chez les volailles dans le monde est « préoccupante pour la santé publique », car ils sont en mesure de « provoquer des maladies graves chez les humains » qui ont « peu ou pas d’immunité contre le virus ».