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Gaspillage alimentaire : oubliez la date de péremption, goûtez !

Même s’ils sont toujours consommables, chaque année en France, 3 millions de tonnes d’aliments partent à la poubelle parce qu’ils ont dépassé la date. Et si on se fiait plutôt à nos sens ? C’est ce que proposent des industriels sur certains produits.

 Vous ne risquez pas de vous intoxiquer si vous utilisez ce cacao après le 22 mai 2022 : cette date de durabilité minimale (ou DDM) est indicative.
Vous ne risquez pas de vous intoxiquer si vous utilisez ce cacao après le 22 mai 2022 : cette date de durabilité minimale (ou DDM) est indicative.  LP/Aurélie Audureau

A « consommer jusqu'au » ou « consommer de préférence avant ». Ces deux types d'inscriptions cohabitent dans nos frigos sans qu'on soit toujours capables de faire la différence. La formulation très proche n'aide franchement pas à la compréhension.

C'est pour cette raison que l'entreprise Too good to go lance à l'occasion de la journée de lutte contre le gaspillage alimentaire, ce vendredi, une campagne d'affichage, radio, télé, pour bien distinguer les deux. En fait, ces dates n'ont rien n'a voir : pour notre santé, mieux vaut prendre garde à la première « consommer jusqu'au » (dans le jardon date limite de consommation). On trouvera ces mots sur des viandes poissons, œufs, plats préparés réfrigérés… et manger un de ces produits avariés peut conduire à l'intoxication alimentaire.

La seconde inscription « à consommer de préférence » (dans le jargon date de durabilité minimale ou DDM), elle, est purement indicative. C'est ce qu'on lit sur les petits gâteaux, les boîtes de conserve, les jus en brique… Lucie Basch, la présidente et fondatrice de l'entreprise cite « un flacon de clous de girofle soi-disant périmé depuis 1988 », utilisé sans souci dans sa recette. « C'est tout simplement absurde ! » conclut-elle.

Gaspillage alimentaire : oubliez la date de péremption, goûtez !

« Le sujet est important alors que ces dates sont responsables de 20% du gaspillage chez les consommateurs », indique Lucie Basch. Au total l'agence de la transition écologique Ademe estime à 29 kg et 100 euros par personne et par an les quantités d'aliments qui passent à la poubelle alors qu'on pourrait très bien les manger. « Dans les foyers, on constate qu'à partir du moment où une date est indiquée, les Français jettent les produits le jour même pour ne pas prendre de risque, pensent-ils », peste Laurence Gouthière, la spécialiste du sujet à l'Ademe.

Déjà interdite sur le sucre, le sel, le vinaigre

Et pourquoi ne pas simplement supprimer ces dates? Elles sont déjà interdites en France sur certains produits à la durée de vie très longue comme le sucre, du sel, des vinaigres, et sur les fruits et légumes frais. « On pourrait élargir encore la liste à d'autres produits comme les pâtes, le riz, les céréales, plaide le député (PS) Guillaume Garot, qui a porté la loi antigaspi en 2016, et veut créer une « police du gaspillage alimentaire ». La date de fabrication resterait mentionnée, pour informer le consommateur. »

Sur certains produits qui sans devenir dangereux, s'altèrent on peut comprendre l'idée de cette indication : « Un chocolat vieux de 4 ans, sera blanc, n'aura pas le même goût, reconnaît Lucie Basch. Alors son producteur peut avoir envie de mentionner meilleur jusqu'au mais la DDM telle quelle existe entretient le flou. »

Pour Too Good To Go, il est tout de même souhaitable d'être plus clair sur les emballages. Parce que la réglementation européenne oblige à conserver la formule « à consommer de préférence avant », l'entreprise antigaspi a convaincu les géants de l'industrie et de la distribution d'ajouter « mais toujours bon après » ou « mais aussi après ». Le tout accompagné par un pictogramme – « goûtez, sentez, observez », qui invite le consommateur à faire confiance à ses sens pour choisir si oui ou non on peut toujours manger le produit. L'entreprise essaie d'entraîner les 51 acteurs qui ont signé le Pacte sur les dates de consommation. Parmi les premiers, la boîte ronde de Vache qui rit intègre désormais des explications sur les intercalaires qui séparent les portions. D'autres produits très grand public comme la purée Mousline, le chocolat en poudre Nesquik ou les céréales Chocapic doivent suivre.